(Rome, 25 janvier 2026). MBDA a officiellement dévoilé Stratus, un nouveau missile de croisière entièrement européen destiné aux missions d’attaque terrestre et antinavire. Développé dans le cadre du programme trilatéral réunissant la France, le Royaume-Uni et l’Italie, ce système de nouvelle génération vise à remplacer plusieurs missiles actuellement en service et à répondre aux exigences des conflits de haute intensité. Décliné en deux versions complémentaires, Stratus combine vitesse, furtivité et polyvalence, et illustre la montée en puissance de la coopération industrielle européenne dans le domaine des armements
MBDA, consortium européen de premier plan dans le secteur mondial des missiles, a dévoilé la maquette de son nouveau missile de croisière d’attaque terrestre et antinavire : le Stratus. Lors du salon aéronautique DSEI 25 de Londres, qui s’est tenu en septembre, le ministre britannique des marchés publics et de l’Industrie de la Défense, Luke Pollard, et Gaël Diaz De Tuesta, de la Direction générale de l’armement (DGA), ont présenté la nouvelle appellation du programme jusqu’alors connu sous le nom de «FC/ASW» (Future Cruise/Anti-Ship Weapon), ou sous son acronyme français FMAN/FMC (Futur Missile Anti-Navires et Missile de Croisière). La présentation s’est faite à travers l’exposition d’une maquette du tout nouveau design du vecteur, baptisé «Stratus LO (Low Observable)» (anciennement TP15), et une maquette du «Stratus RS (Rapid Strike)» (anciennement RJ10), mettant en évidence les progrès significatifs du programme, écrit Paolo Mauri dans le portail italien «Inside Over».
Dans le cadre de ce programme, auquel l’Italie participe activement, MBDA développe deux missiles complémentaires, adaptables et interopérables, destinés à fournir des capacités décisives pour les frappes en profondeur, les frappes anti-navires, la suppression et la destruction des défenses aériennes ennemies, ainsi que la neutralisation d’infrastructures de grande valeur. Conçus pour être employés dans les domaines aérien, maritime et terrestre, depuis de multiples plateformes, ils sont capables d’opérer dans des zones fortement contestées. Ensemble, ils combinent les avantages en termes de survivabilité liés à une vitesse et une manœuvrabilité élevées, ainsi qu’à une faible détectabilité, conditions essentielles à la flexibilité de déploiement et à l’obtention de performances optimales sur les champs de bataille et dans les conflits de haute intensité de demain.
Eric Béranger, PDG de MBDA, a déclaré : «Ces nouvelles avancées sur le système Stratus sont le fruit du fort engagement de la France, du Royaume-Uni et de l’Italie en faveur du développement des capacités critiques actuelles et futures de l’Europe. La mise en place d’un portefeuille technologique aussi vaste en un temps record a exigé un effort considérable de la part de ces pays et a, une fois de plus, démontré la pertinence du modèle de coopération de MBDA.
MBDA restera pleinement engagée dans la prochaine phase, réunissant la France, le Royaume-Uni et l’Italie afin de répondre aux besoins des forces armées et de protéger les citoyens européens dans les années à venir».
L’entreprise, qui progresse à un rythme soutenu dans la phase suivante du programme, et la réussite de sa phase d’évaluation, a confirmé la maturité des technologies et systèmes avancés nécessaires au lancement de la phase de développement complète.
L’dhésion de l’Italie
Lancé en 2017 par Paris et Londres, le programme visait initialement à remplacer d’ici 2030 les lanceurs de missiles de croisière actuellement en service au sein des forces armées britanniques (Storm Shadow et Harpoon) et françaises (SCALP et Exocet). La nouvelle phase de coopération, marquée par l’entrée de l’Italie en juillet 2023, a accéléré le calendrier de réalisation, qui prévoyait initialement une entrée en service du nouveau vecteur d’ici 2030. L’adhésion de l’Italie a été décidée afin de répondre à un besoin émergent, à savoir la nécessité de remplacer les missiles de croisière Storm Shadow utilisés par l’armée de l’air italienne, également produits par MBDA. Dans cette optique, la demande nationale d’acquisition de cent missiles de croisière d’attaque terrestre Lockheed Martin JASSM-ER auprès des États-Unis, récemment approuvée par le département d’État américain via le bureau DSCA, constitue donc une capacité complémentaire pour l’armée de l’air et la marine italiennes, étant donné que ce missile est intégré au F-35.
Selon les informations disponibles, le Stratus serait compatible avec le F-35, mais contrairement au JASSM-ER, il dispose de performances supérieures : la version RS combine une vitesse supersonique élevée, comprise entre Mach 3 et Mach 5, avec une forte manœuvrabilité visant à déjouer les systèmes de défense aérienne avancés. Le missile américain, quant à lui, a une vitesse maximale estimée à Mach 0,9, mais possède des capacités furtives similaires à celles du Stratus.
A l’heure actuelle, peu d’informations ont été rendues publiques concernant les caractéristiques du Stratus, mais on sait toutefois que son système de guidage comprend des dispositifs de navigation GPS et inertielle améliorés, associés à un logiciel avancé de reconnaissance de cibles pour une plus grande précision. L’ogive a été conçue dans une optique de polyvalence, afin de pouvoir emporter différents types de charges utiles selon le profil de mission, qu’elles soient explosives ou pénétrantes. La portée opérationnelle n’a pas encore été communiquée, mais MBDA affirme que le missile est capable d’atteindre de longues portées opérationnelles, offrant un avantage stratégique dans divers scénarios de combat.
Comme indiqué précédemment, le missile est conçu pour être utilisé depuis diverses plateformes, aéroportées et navales. A cet égard, la Royal Navy a annoncé que ses futures frégates Type 26 seront équipées du Stratus LO afin de répondre aux exigences du programme FoSUW (Future Offensive Surface Weapon). Cette décision consolide l’engagement du Royaume-Uni au sein du programme trilatéral de développement du missile et sera probablement suivie par la Marine italienne pour ses nouveaux destroyers actuellement en phase de conception.
Selon les analystes, au-delà de ses caractéristiques techniques, le programme Stratus s’inscrit dans une dynamique stratégique plus large visant à renforcer l’autonomie de défense européenne dans un contexte de durcissement des rapports de force internationaux. La coopération trilatérale entre la France, le Royaume-Uni et l’Italie illustre une volonté partagée de préserver des compétences industrielles souveraines tout en mutualisant les coûts et les risques liés au développement de systèmes d’armes de nouvelle génération.
Aujourd’hui, le programme Stratus doit également être lu en tenant compte du tournant stratégique amorcé par les États-Unis sous Trump 1 et Trump 2, marqué par une remise en cause explicite des alliances traditionnelles. Cette évolution a agi comme un révélateur pour les États européens, contraints de se penser non seulement comme des partenaires, mais comme des acteurs responsables de leur propre sécurité.
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En ce sens, la coopération trilatérale autour de Stratus illustre une prise de conscience : face à l’incertitude du parapluie américain, l’Europe ne peut plus se permettre la fragmentation décisionnelle. La capacité de certains États (au premier rang desquels la France, le Royaume-Uni, l’Italie et l’Allemagne) à initier, financer et conduire des programmes structurants démontre que la crédibilité stratégique du Vieux Continent passe par un recentrage sur un noyau dur capable de décider et d’agir. À l’image d’une entreprise qu’aucune gouvernance ne rend viable lorsqu’elle compte vingt-sept dirigeants, la défense européenne ne saurait progresser sans une architecture politique resserrée, apte à transformer la volonté stratégique en capacités opérationnelles concrètes.