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Le nouveau triangle des négociations sur l’Ukraine : de Davos à Moscou, en passant par les Émirats

(Rome, 22 janvier 2026). À Davos, Volodymyr Zelensky a appelé l’Occident, et notamment l’Europe, à faire preuve de davantage de fermeté face à la Russie. Ses déclarations interviennent alors que plusieurs initiatives diplomatiques, de Washington à Moscou, en passant par les Émirats arabes unis, laissent entrevoir une reprise des négociations sur l’Ukraine

Devant le public du Forum économique mondial, Zelensky a recours à une métaphore cinématographique, celle du «jour sans fin. «Personne ne souhaite vivre ainsi», déclare le président ukrainien, «mais malheureusement, c’est la réalité que nous (les Ukrainiens) vivons actuellement», a-t-il déclaré. Poursuivant son discours, Zelensky remercie l’Europe pour son action, notamment concernant les avoirs russes, mais il a toutefois reproché aux dirigeants européens leur manque de détermination quant à l’utilisation de ces actifs au profit de l’Ukraine, «permettant ainsi à Poutine de l’emporter». Il a exhorté l’Europe à agir avec la même détermination que Washington face à la flotte fantôme russe (il n’est pas anodin que, simultanément, l’information ait été diffusée concernant la saisie par la France et le Royaume-Uni d’un pétrolier transitant en Méditerranée et lié à cette flotte). Il en va de même pour le contrôle de l’exportation de composants destinés à l’industrie militaire russe, écrit Duccio Fioretti dans le portail italien «Formiche.net».

Le dirigeant ukrainien a par ailleurs regretté l’érosion de l’attention internationale portée à la guerre en Ukraine, éclipsée selon lui par d’autres crises internationales émergentes, du Groenland à l’Iran (où il dénonce l’insuffisance du soutien aux manifestants) jusqu’au Venezuela. S’attardant sur ce dernier point, il a fait remarquer que Maduro se trouve actuellement dans une prison à New York dans l’attente de son procès, tandis que «Poutine n’y est pas, soulignant ainsi l’absence de progrès dans la mise en place d’un tribunal sur l’agression militaire russe contre son pays. Le président Zelensky a également plaidé pour une Europe dotée de forces armées propres, estimant que l’OTAN n’a jamais été engagée directement dans le conflit». En conclusion, Zelensky affirme que le président Trump «ne changera pas». «L’Amérique est en train de changer de position», poursuit-il, «mais personne ne sait exactement comment. La situation évolue rapidement ; comment l’Europe peut-elle suivre le rythme ?»

Ces déclarations interviennent alors qu’une rencontre bilatérale entre Volodymyr Zelensky et Donald Trump, s’est tenue en marge du Forum et ayant duré environ une heure, qualifiée de «constructive» par les deux parties. À son issue, le dirigeant ukrainien a annoncé l’ouverture, dès le lendemain aux Émirats arabes unis, des premières consultations trilatérales depuis le début de la guerre réunissant les États-Unis, la Russie et l’Ukraine. Dans le même temps, l’envoyé spécial américain Steve Witkoff et le gendre de Trump, Jared Kushner, se rendent à Moscou pour rencontrer directement Vladimir Poutine, afin de faire progresser les négociations en vue d’un règlement du conflit. «Si les deux parties souhaitent résoudre le problème, nous y parviendrons», a déclaré Witkoff avant son départ pour Moscou.

Après une période de ralentissement apparent, le processus diplomatique semble ainsi reprendre de l’élan, sans que l’on sache encore s’il débouchera, ou non, sur des avancées concrètes.

La relance des canaux diplomatiques autour du triangle Davos–Moscou–Émirats traduit moins une percée qu’un réajustement stratégique des acteurs impliqués. Tandis que Kiev cherche à maintenir la pression politique et médiatique sur ses alliés, Washington semble tester de nouvelles voies de dialogue, sans ligne clairement établie. Pour l’Europe, prise entre un soutien affirmé à l’Ukraine et ses propres hésitations stratégiques, l’enjeu sera désormais de transformer cette reprise des discussions en levier d’influence, au risque sinon de voir les termes d’un éventuel règlement se dessiner sans elle.

Selon plusieurs analystes, le round attendu aux Émirats arabes unis constituera moins un moment décisif qu’un test des intentions réelles de Moscou. Les attentes occidentales restent limitées : il s’agira avant tout d’évaluer si Vladimir Poutine peut être amené à infléchir sa position sous la pression combinée des sanctions, de l’isolement diplomatique et d’un front occidental plus cohérent.

Reste toutefois une zone d’ombre majeure : l’initiative diplomatique américaine pourrait aussi relever d’une séquence tactique propre à Donald Trump, destinée à occuper l’agenda international tandis que Washington préparerait un durcissement de sa politique vis-à-vis de l’Iran. Dans ce scénario, l’Ukraine redeviendrait un théâtre parmi d’autres d’une stratégie plus large de recomposition des priorités américaines au Moyen-Orient, au risque de reléguer les négociations à un rôle essentiellement instrumental.

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