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Groenland : la colère et la fierté des habitants s’affichent sur les pancartes et les tee-shirts, «pas à vendre»

(Rome, 22 janvier 2026). Au Groenland, la colère gronde contre Donald Trump. Dans les rues de Nuuk, pancartes et t-shirts proclament «pas à vendre», tandis que l’île de glace, riche en ressources stratégiques, rejette toute velléité d’annexion américaine et réaffirme son droit à l’autodétermination

Les plaques blanches au milieu de la mer, que l’avion survole en amorçant sa descente, donnent clairement le sentiment d’arriver aux confins du monde : le Groenland, la plus grande île de glace de la planète. Un territoire six fois plus grand que l’Allemagne, avec un littoral aussi long que l’Équateur. L’atterrissage à Nuuk, capitale du Groenland, région super-autonome du Danemark, se fait sous une neige dense, rendant le paysage gris et glacial, nous explique Fausto Biloslavo dans le quotidien italien «Il Giornale».

«Pour nous», explique Sara, qui vient me chercher en pleine tempête, «c’est du beau temps». Cela peut paraître absurde, mais par temps couvert, les températures descendent en dessous de zéro, et par temps ensoleillé, elles peuvent atteindre -20 degrés Celsius avec le vent. Ce n’est pas un hasard si les couleurs nationales sont le blanc de la neige et le rouge du soleil, levant à 10h30, dans un pays où les routes en dehors des villes sont inexistantes à cause de la glace polaire.

Des drapeaux rouges et blancs flottent pour saluer le retour de la ministre des Affaires étrangères du Groenland, Vivian Motzfeldt, de sa mission au quartier général de l’OTAN. Elle est considérée comme une héroïne pour sa détermination à tenir tête à Donald Trump qui, par la persuasion ou par la force, veut transformer cette île de glace, riche en ressources encore inexploitées, en 51e État américain. «Le Groenland est à nous !», crie une foule bigarrée, des plus âgés aux plus jeunes, y compris une famille avec un nouveau-né. «Trump est comme un enfant», s’exclame Oline Petersen. «Il veut la confiture, c’est-à-dire notre terre, à tout prix !».

Le paradoxe, ajoute l’auteur dans le journal italien, est que la grande majorité des 58.000 habitants de l’île, qu’ils soient membres du parti au pouvoir ou ceux de l’opposition, aspirent à l’indépendance, même si leurs objectifs diffèrent. Or, ils doivent désormais solliciter l’aide du Danemark pour se défendre contre les visées de Trump. Le chef d’état-major, le général Peter Boysen, a débarqué sur l’île, après avoir mobilisé un millier d’hommes. Deux navires de la marine font la navette entre leur mouillage à Nuuk et la baie face à la ville pour y arborer le drapeau.

À cela s’ajoutent un petit contingent français, un seul officier envoyé par Londres, des Allemands déjà rentrés chez eux et quelques Norvégiens en tenue de camouflage : la présence militaire de l’OTAN est symbolique, voire dérisoire. Les Américains sont eux aussi peu nombreux, pour l’heure. À la base américaine de Thulé, rebaptisée base spatiale Pituffik, on compte 250 soldats, mais des avions de chasse F-35 devraient arriver pour un exercice prévu de longue date. Durant la Guerre froide, les Américains disposaient de 10.000 hommes répartis sur 17 bases, qu’ils pourraient rouvrir conformément aux accords conclus avec le Danemark au siècle dernier.

«Il me semble évident que la crainte de menaces chinoises et russes brandies comme un épouvantail sont infondées. Trump convoite nos richesses. Et si les Marines débarquaient demain, que pourrions-nous faire ? » Observe Tillie Matírtinussen, du parti au pouvoir, Demokraatit. L’île est un véritable trésor arctique d’une valeur de 4.400 milliards d’euros : environ 1.700 milliards d’euros de pétrole et de gaz et 2.700 milliards d’euros de minerais, dont de précieuses terres rares.

Le Premier ministre Jens-Frederik Nielsen, membre du même parti de centre-droit, a rencontré la presse en réaffirmant que «l’ordre mondial est en jeu. Notre position reste le respect du droit international et de l’intégrité territoriale». Dans l’unique centre commercial de Nuuk, les boutiques arborent le drapeau national, que l’on retrouve également sur des t-shirts et des casquettes. Inuk, un jeune vendeur, confirme que les t-shirts arborant une carte du Groenland et la mention «pas à vendre» se sont vendus comme des petits pains. «Nous attendons maintenant d’autres exemplaires avec le nouveau logo. Le Groenland appartient à son peuple», déclare-t-il, «mais si les Marines arrivent, nous espérons que le Danemark et l’OTAN viendront à notre secours».

Copenhague n’a jamais traité la population des glaces sur un pied d’égalité, mais soutient le Groenland à hauteur de près d’un milliard d’euros par an. Une vidéo réalisée à l’aide de l’intelligence artificielle, devenue virale sur les réseaux sociaux, elle mobilise les Inuits, peuple autochtone de l’île, contre «un géant affamé». On y voit Trump à bord d’un patrouilleur «qui convoite nos côtes et notre pétrole».

Au milieu de la banquise, se déplacent les autochtones, emmitouflés dans des fourrures et armés de fusils de précision. Des véhicules tout-terrain chenillés progressent en colonnes sur la neige. Le Groenland est prêt à se défendre, allant jusqu’à recruter des morses, armés de mitrailleuses de type Rambo, et des ours polaires.

«La focalisation de Donald Trump sur le Groenland tranche avec l’ampleur des crises internationales en cours, notamment la guerre en Ukraine», nous affirme un analyste italien. «En privilégiant une approche dominée par les intérêts économiques et stratégiques, le président américain persiste à vouloir s’imposer sur ce territoire clé de l’Arctique. Une ligne qui pourrait accentuer les tensions diplomatiques et fragiliser la relation transatlantique avec l’Europe, allié historique des États-Unis», ajoute-t-il.

Pour plusieurs experts, Donald Trump, obsédé par le Groenland, semble prêt à fermer les yeux sur les conflits qui embrasent déjà la planète, à commencer par la guerre en Ukraine. Grisé par l’idée de s’approprier un territoire aux ressources colossales, mû par l’argent et les affaires plus que par la diplomatie, il persiste dans une stratégie de prédation qui menace de bousculer les équilibres internationaux. À force de vouloir tout acheter, Trump pourrait surtout perdre ce qui ne s’achète pas : la confiance de l’allié historique américain, le Vieux Continent européen.

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