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Des cardinaux américains s’opposent à Trump : le rôle moral de l’Amérique mise en cause sur la scène mondiale

(Rome, 20 janvier 2026). Trois cardinaux américains dénoncent la dérive morale de la politique étrangère des États-Unis sous Donald Trump, estimant que le recours croissant à la force militaire met en péril le rôle éthique de l’Amérique sur la scène internationale. Les trois cardinaux proches du pape Léon XIV affirment que les récents événements au Venezuela, en Ukraine et au Groenland soulèvent des questions fondamentales quant au recours à la force militaire

«Le rôle moral des États-Unis face au mal dans le monde» est remis en question pour la première fois depuis des décennies. La dernière salve contre Donald Trump ne vient pas de partenaires européens, de plus en plus éloignés de leur allié historique sur les grandes questions internationales, mais des archevêques de Chicago, de Newark et de Washington. Les trois cardinaux (Blase Cupich, Joseph Tobin et Robert McElroy, respectivement) ont exprimé de vives critiques à l’égard des actions de l’administration républicaine dans une déclaration inhabituelle publiée hier. Cette initiative, rapporte le New York Times, intensifie les dénonciations de l’Église catholique américaine à l’encontre des plus hauts dirigeants du pays, écrit Valerio Chiapparino dans le quotidien italien «Il Giornale».

En 2026, peut-on lire dans la déclaration rédigée par les trois plus hauts dignitaires du clergé, «les États-Unis sont entrés dans le débat le plus profond et le plus brûlant sur le fondement moral de leurs actions dans le monde depuis la fin de la Guerre froide». Le document fait fortement référence à l’actualité. Pour les trois cardinaux, les événements récents au Groenland, en Ukraine et au Venezuela «ont soulevé des questions fondamentales sur le recours à la force militaire et sur le sens de la paix».

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Bien que le président américain ne soit pas nommément cité dans la déclaration, la référence aux agissements du magnat est claire. Pour les hauts prélats, «le débat national sur les fondements de la politique américaine est gangrené par la polarisation, le sectarisme et des intérêts économiques et sociaux étroits». Après avoir formulé leurs critiques, les cardinaux appellent à une «politique étrangère authentiquement morale» dans laquelle «l’action militaire ne doit être envisagée qu’en dernier recours, dans des situations extrêmes, et non comme un instrument normal de la politique nationale».

Les commentaires des trois hauts dignitaires du clergé américain interviennent quelques jours seulement après le discours du Pape Léon XIV, prononcé début janvier. S’adressant aux ambassadeurs auprès du Saint-Siège, il déclara qu’«une diplomatie qui promeut le dialogue et recherche le consensus entre toutes les parties est en train d’être remplacée par une diplomatie fondée sur la force, exercée aussi bien par des individus que par des groupes d’alliés». «La guerre est de nouveau à la mode», avertit le Pape Léon XIV, ajoutant que le principe qui, après la Seconde Guerre mondiale, interdisait aux États d’utiliser la force pour violer les frontières d’autrui avait été «complètement bafoué».

McElroy, l’archevêque de Washington, a réaffirmé dans une interview que le recours aux armes «ne devrait pas être un instrument normal de politique étrangère» et «ne devrait pas servir à accroître la richesse d’un pays». Par ailleurs, McElroy a souligné que l’aide humanitaire constitue une obligation pour chaque nation. Il s’agissait là d’une nouvelle allusion, à peine voilée, aux coupes budgétaires dans l’aide humanitaire approuvées par la Maison Blanche.

Selon le Washington Post, les critiques formulées par le Souverain Pontife, natif de Chicago, et par les trois cardinaux qui lui sont proches pourraient être plus difficiles à ignorer pour les Américains que celles formulées par le Pape François, considéré comme un porte-parole du sentiment anti-américain. Les réserves de Léon XIV s’étendent également à la politique intérieure du magnat, notamment au traitement des migrants aux États-Unis, qu’il qualifie d’«inhumain».

Un jugement dont la Maison-Blanche devra tenir compte, d’une manière ou d’une autre, à l’année d’élections de mi-mandat, et qui vient s’ajouter aux inquiétudes suscitées par les sondages concernant les agissements des agents fédéraux à la poursuite des migrants en situation irrégulière.

«Au-delà des principes, ce sont surtout les foyers de crise concrets qui nourrissent aujourd’hui l’inquiétude. De l’Iran au Hezbollah, du dossier des Kurdes en Syrie au Conseil de la paix (nommé ONU privée), la politique de Donald Trump apparaît marquée par une gestion fragmentée et souvent lassée des conflits, oscillant entre menaces verbales et désengagement stratégique», nous confie un analyste italien.

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Le cas des Kurdes reste emblématique : alliés de longue date abandonnés sur l’autel d’arrangements diplomatiques, ils auraient été sacrifiés en échange de promesses faites à Recep Tayyip Erdogan, notamment en vue de son intégration dans un Conseil de paix pour Gaza.

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La critique sur le dossier ukrainien se fait la plus sévère 

Face à une guerre qui a déjà causé des dizaines de milliers de morts et ravagé une grande partie de l’Ukraine, Donald Trump apparaît en retrait, voire complaisant à l’égard de Vladimir Poutine. Cette attitude, perçue comme une capitulation politique, alimente l’inquiétude d’un abandon progressif de Kiev et fragilise l’ensemble du front occidental. Pour l’Union européenne en particulier, la mollesse américaine face au Kremlin remet en cause non seulement l’équilibre sécuritaire du continent, mais aussi le principe même de responsabilité morale face à une agression militaire massive. Une posture qui, plus que tout autre dossier, symbolise l’épuisement stratégique et éthique que dénoncent aujourd’hui les trois cardinaux américains.

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