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La colère d’Israël vis-à-vis de Trump concernant l’intégration de la Turquie et du Qatar dans le Comité de Gaza

(Rome, 19 janvier 2026). La création du «Board of Peace» pour Gaza, placé sous l’égide de Donald Trump, provoque déjà de fortes tensions diplomatiques. En cause : l’intégration de la Turquie et du Qatar dans l’organe exécutif chargé d’accompagner la «phase 2» du cessez-le-feu signé en octobre à Charm el-Cheikh, un choix perçu par Israël comme une marginalisation stratégique et révélateur d’un rééquilibrage américain au Moyen-Orient

Israël se sent-il mis à l’écart ?

Les critiques ne visent pas tant les noms du Conseil exécutif annoncés hier, que ceux ajoutés au soi-disant Conseil exécutif de Gaza, le second organe du Conseil de paix, auquel viendra s’ajouter une assemblée plus large de dirigeants internationaux.

Dans ce Conseil exécutif de Gaza, qui servira de relais entre le Haut Représentant du Conseil de paix (l’ancien ministre bulgare Nickolay Mladenov) et accompagner le gouvernement technocratique de la bande de Gaza (le Comité national pour l’administration de Gaza, NCAG), Trump a en effet nommé le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, et Ali al-Thawadi, conseiller spécial du gouvernement qatari. Ce dernier, écrit Andrea Muratore dans son décryptage dans le portail «Inside Over», était présent à la Maison Blanche lorsque Donald Trump a fait pression sur Benyamin Netanyahu pour qu’il présente des excuses au Premier ministre de Doha, Mohamed al-Thani, pour les attaques israéliennes contre le Hamas dans la capitale de l’émirat en septembre dernier.

Si Tel-Aviv digère la présence d’Hassan Rashad, directeur général du renseignement égyptien, celle des deux autres représentants des pays médiateurs est moins bien accueillie. Fidan, en particulier, est l’architecte de la stratégie turque au Moyen-Orient et une figure jugée stratégique pour les manœuvres d’Ankara, notamment dans le bras de fer régional qui l’oppose à Israël. Doha a désormais basculé dans le camp des adversaires de Tel-Aviv, qui supporte mal la projection régionale des Frères musulmans et s’aligne sur les Émirats arabes unis, rivaux d’Ankara et du Qatar.

Les craintes de Tel-Aviv face à l’influence turque

«Israël n’a pas réagi de manière agressive à l’intégration du président turc Recep Tayyip Erdogan au sein du Conseil pour la paix, reconnaissant que le Comité exécutif est l’instance la plus importante», note le «Times of Israel».

Au sein de ce conseil élargi de dirigeants internationaux siégeront jusqu’à 50 personnalités venues du monde entier, du président argentin Javier Milei au Premier ministre albanais Edi Rama. Ce comité, qui comprendra Fidan et al-Thawadi, aux côtés de nombreux membres du Comité exécutif (Mladenov, l’envoyé américain Steve Witkoff, les financiers Jared Kushner et Mark Rowan, et l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair) et des représentants extérieurs tels que Sigrid Kaag, coordinatrice spéciale des Nations Unies pour le processus de paix au Moyen-Orient, est considéré comme plus important et plus opérationnel.

Le «Times of Israel» rapporte notamment que Netanyahu «avait tenté d’empêcher l’inclusion d’un représentant turc au sein de cet organe, mais il semble avoir perdu cette bataille», ce qui démontre l’utilité perçue d’Ankara aux yeux de Trump, qui a fait l’éloge d’Erdogan à plusieurs reprises». Le sentiment est que Tel-Aviv a été pris au dépourvu après que Netanyahu, au début des négociations de la «Phase 2», les a qualifiées de «largement symboliques», alors que le contexte était dominé par la crise iranienne, désormais moins tendue, avant de se retrouver confronté à l’accélération voulue par Trump.

Le Conseil de la Paix : un défi pour les États-Unis

En outre, le fait que le Conseil de la Paix soit dirigé par le président américain impose à Trump une prise de conscience du niveau d’implication directe de Washington et des risques qu’un échec du processus de paix ferait peser sur l’image de son administration.

«Il ne s’agit pas d’un choix de façade, mais d’un véritable défi, car diriger le processus de reconstruction exige un engagement considérable», a déclaré Marco Minniti, président de la Fondation italienne «MedOr», à Inside Over en décembre. Un engagement qui requiert des efforts politiques et des défis majeurs, tant aujourd’hui que dans le processus futur qui aboutira au retrait israélien et au désarmement du Hamas, permettant ainsi à la bande de Gaza d’envisager un avenir libéré de la guerre et de l’oppression. De ce point de vue, il est clair que pour Washington, s’aligner entièrement sur Tel-Aviv serait problématique. Et c’est précisément ce que Netanyahu peine à accepter : admettre que d’autres pays, comme la Turquie, jouent un rôle au Moyen-Orient aux yeux des États-Unis. Et rééquilibrer sa stratégie en conséquence.

«La controverse autour du Board of Peace révèle en réalité une recomposition plus profonde des équilibres moyen-orientaux» rapporte un analyste régional.

En intégrant la Turquie et le Qatar au cœur du dispositif opérationnel pour Gaza, Washington acte le retour de puissances régionales capables d’influencer les acteurs non étatiques et de peser sur les dynamiques post-conflits, au-delà du seul axe traditionnel Washington-Tel-Aviv. Cette inflexion traduit une lecture plus pragmatique de la région, où la gestion des crises passe par des médiateurs disposant de leviers concrets sur le terrain, même au prix de frictions avec Tel-Aviv.

En définitive, l’efficacité du «Board of Peace» reposera sur la capacité de Washington à arbitrer entre partenaires concurrents sans aliéner Israël, tout en assumant une redistribution des rôles régionaux devenue inévitable. À défaut, la tentative de stabilisation de Gaza risque de se transformer en facteur supplémentaire d’instabilité.

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