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15 janvier 1986 – 15 janvier 2026 : Quarantième anniversaire des «fondations» du nouveau Liban

(Montréal, Rome, 15 janvier 2026). Les Libanais se souviennent des événements du 15 janvier 1986 qui avaient mis en échec le projet de Hafez Al-Assad de vassaliser le Liban et de le transformer en «province syrienne». En ce jour historique, une poignée de «grains de sable» avaient enrayé la machine à broyer syrienne et fait capoter l’accord tripartite préparé en partie par Michel Aoun pour offrir le Liban sur un plateau en or à la Syrie. Quarante ans après, le régime tyrannique syrien n’est plus, et la mollarchie iranienne vacille et l’espoir renaît.

Signé le 28 décembre 1985, l’accord tripartite devait mettre un terme au Liban souverain qu’incarnait alors le réduit chrétien. Il avait été obtenu au forceps par l’occupation syrienne en s’appuyant sur ses agents libanais et dont le volet militaire avait été rédigé par le général Michel Aoun, alors commandant en chef de l’armée libanaise.

En signant cette reddition, Elie Hobeïka avait signé aussi sa mort politique. Car la capitulation n’était en rien envisagée par les siens. Il fut alors renversé et chassé du réduit libre par une poignée d’irréductibles conduits par Samir Geagea, avec la couverture politique de l’ancien président Camile Chamoun et du Patriarcat maronite, fondateur du Liban moderne et qui en est un jaloux gardien.

Ainsi, Samir Geagea fut ce «grain de sable» qui a enrayé la machine à broyer syrienne et qui a fondé, par la même occasion, les fondations du nouveau Liban. Son soulèvement du 15 janvier 1986 fut un séisme dont les ondes de choc se propagent encore jusqu’en Iran. Car la reddition du réduit chrétien, en 1986, aurait consolidé le régime syrien, aurait empêché sa chute en décembre 2024, aurait permis à l’axe syro-iranien d’annexer le Liban et au Hezbollah de régner en maître sur le Pays du Cèdre. A posteriori, on peut considérer que le séisme du 15 janvier 1986 fut un tournant historique dans l’Histoire du Liban et de toute la région.

Samir Geagea avait en effet réussi à faire du réduit chrétien le noyau du Liban souverain. Le parti des Forces Libanaises ainsi réorganisé avait développé la Sécurité sociale à travers le Fonds de Solidarité Sociale (FSS), un organisme scindé en deux : l’un pour prendre en charge la santé de la population et ses médicaments, l’autre pour développer l’aide sociale et solidaire (colis alimentaires, coopératives agricoles et commerciales, transport en commun, parrainages d’élèves…). La population vivait alors dans l’abondance et en toute sécurité jusqu’à ce que Michel Aoun, propulsé par le régime de Damas, usurpe le pouvoir et détruit le dernier bastion de souveraineté.

En effet, après le 15 janvier 1986, le régime syrien ne s’est pas avoué vaincu et, pour détruire ce petit paradis qu’était devenu le réduit libre, Hafez Al-Assad avait promis à Michel Aoun de le faire élire à la présidence s’il parvenait à éliminer le parti des Forces libanaises, dernier obstacle contre l’annexion définitive du pays. Ce fut alors le «premier round» du 14 février 1989 entre les brigades commandées par Michel Aoun et transformées en milices, et les Forces Libanaises, suivi de la «folle guerre de Libération» décrétée par Aoun comme une «décompression» (12 mars 1989) et qui s’est soldée par les accords de Taëf (octobre 1989), puis par le suicide collectif de la «Guerre d’élimination» lancée par le même Michel Aoun contre les Forces Libanaises (31 janvier 1990) et qui s’est terminée par la chute du dernier carré du Liban libre. Si la ténacité de Samir Geagea et la justesse de la cause qu’il a toujours défendue lui ont permis de rester le sauveur du Liban, Michel Aoun a tout perdu, surtout après son retour au pouvoir et l’effondrement du Liban sous son règne et celui de son gendre, Gebran Bassil.

La trahison de Michel Aoun et sa fuite en France avaient en effet permis à la Syrie d’Assad d’occuper tout le Liban et d’y installer un pouvoir fantoche. Il a persécuté Samir Geagea et les Forces Libanaises dont plusieurs membres sont morts sous la torture. Après plus de onze années passées dans une cellule exigüe au ministère de la Défense, Samir Geagea a retrouvé la liberté en 2005, après la défaite de l’occupation, et les procès qui le visaient se sont révélés être tous des procès politiques. Les Libanais savent désormais que celui qui a créé et exploité Daech pour sa propre survie s’était entraîné au Liban durant l’occupation pour fomenter les attentats et les attribuer aux uns et aux autres en fonction de ses intérêts du moment. Ce fut le cas dans l’assassinat de Tony Frangié, des massacres de Sabra et Chatila, des massacres du Chouf, de l’assassinat de Rachid Karamé, du Mufti Hassan Khaled, de l’attentat contre l’église «Église Notre-Dame de la Délivrance»… pour en arriver à l’attentat manqué contre Marwane Hamadé et l’assassinat de Rafic Hariri et de tous les autres souverainistes.

Toutes ces épreuves ont démontré que le 15 janvier 1986 était une nécessité absolue, et les événements qui en ont découlé ont transformé les grains de sable en un rocher solide sur lequel sera bâti le Liban souverain. Car les souverainistes de toutes les confessions du pays voient désormais en Samir Geagea et son parti le dernier rempart contre l’occupation iranienne qui a remplacé l’occupation syrienne, toujours grâce au Président Michel Aoun, l’allié du Hezbollah.

Chaque Nation a une date symbolique qui commémore soit sa fondation, soit sa transformation, soit son indépendance. La souveraineté libanaise doit avoir le 15 janvier comme date symbolique. Sans aucun doute, l’affaiblissement du Hezbollah, la chute du régime de Bachar Al-Assad, et bientôt la fin de la mollarchie en Iran, vont obliger les enturbannés à «baisser la voix et le doigt». Ses menaces de guerre civile ne changeront rien, car l’esprit du 15 janvier 1986 reste intact et le Liban millénaire a toujours réussi à se relever, toujours grâce à une poignée de grains de sable. La communauté chiite libanaise sera bientôt libérée du joug du Hezbollah et de la République islamique d’Iran, et finira par se libaniser. Quarante ans ne comptent pas dans la vie des Nations millénaires.

(Par Sanaa T.)

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