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Iran : avec l’exécution d’Erfan Soltani, les ayatollahs franchissent un point de non-retour

(Rome, 14 janvier 2026). Alors que l’Iran est secoué par une contestation sans précédent depuis 1979, le régime des ayatollahs durcit brutalement sa répression. Entre coupures totales d’Internet, arrestations massives et menaces d’exécutions, le cas d’Erfan Soltani, dont la pendaison est annoncée pour aujourd’hui, symbolise une escalade qui pourrait marquer un point de non-retour pour la République islamique des mollahs

Les manifestations se poursuivent en Iran contre le régime des ayatollahs, qui réprime violemment toute dissidence. Des organisations indépendantes estiment le nombre de victimes à plusieurs milliers, tandis que le pays entre dans son sixième jour de coupure totale d’internet. Une situation qui ne peut qu’être interprétée comme une confirmation supplémentaire du fait que la République islamique traverse la période la plus critique depuis sa fondation par le Guide Khomeiny en 1979. Ce qui avait commencé comme une série de manifestations isolées s’est transformé, en un peu plus de trois semaines, en un soulèvement populaire national mettant sérieusement en danger la survie du système théocratique dirigé par Ali Khamenei.
Alors que les rues de Téhéran et des principales villes iraniennes deviennent le théâtre de violents affrontements, la crise a également des répercussions sur la scène diplomatique internationale, provoquant un échange virulent entre Washington et Pékin, sur fond de menace d’une intervention militaire américaine devenant de plus en plus concrète, écrit Tommaso Manni dans «Il Tempo».

Parallèlement, le chef du pouvoir judiciaire iranien, Gholamhossein Mohseni-Ejei, a annoncé dans une vidéo diffusée en ligne par la télévision d’État iranienne que des procès expéditifs et des exécutions auraient lieu pour les personnes arrêtées lors des manifestations nationales, et ce malgré les avertissements du président des États-Unis, Donald Trump. «Si nous voulons agir, nous devons le faire maintenant. Si nous voulons agir, nous devons agir rapidement», a-t-il déclaré. «Si nous attendons trop longtemps, deux ou trois mois, l’effet ne sera plus le même». Ces déclarations interviennent alors que plusieurs militants ont alerté sur le fait que des pendaisons de détenus pourraient avoir lieu dans un avenir très proche.

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Dans ce contexte, l’inquiétude grandit autour du sort d’Erfan Soltani, un Iranien de 26 ans arrêté le 8 janvier lors des manifestations à Fardis, près de Téhéran, et dont l’exécution par pendaison était prévue aujourd’hui. L’organisation kurde de défense des droits humains «Hengaw» a souligné que la famille de Soltani n’avait pas été informée des accusations portées contre lui et craint l’existence d’autres cas similaires, passés sous silence notamment en raison de la coupure d’internet.

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Le président américain Donald Trump a promis d’intervenir contre l’Iran si des manifestants étaient condamnés à mort. Dans plusieurs messages publiés sur son réseau social, «Truth Social», il ne s’est pas contenté d’exprimer sa solidarité avec les protestataires, mais a également encouragé explicitement un renversement du régime : «Continuez le combat, l’aide arrive», avait déclaré le magnat, laissant délibérément le flou sur la nature du soutien (militaire, logistique ou économique) que Washington entend apporter.

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Un élément inédit de cette crise réside dans le rôle actif de Reza Pahlavi, fils du dernier Chah, qui vit en exil depuis des décennies. Dans un appel diffusé tôt ce matin, Pahlavi s’est adressé directement aux forces armées : «Vous êtes l’armée nationale de l’Iran, et non l’armée de la République islamique. Rejoignez vos compatriotes sans délai». L’appel de Pahlavi à la défection des militaires vise à fragiliser l’un des piliers fondamentaux du pouvoir des ayatollahs.
Si l’armée régulière venait à refuser de tirer sur la population, le régime ne sera protégé que par les Pasdaran (Gardes de la Révolution), ouvrant ainsi la voie à une guerre civile ou à un effondrement rapide des institutions centrales. Faisant écho aux propos de Trump, Pahlavi a réaffirmé que «le monde est en train de réagir» et que le temps du régime est désormais compté.

Les données fournies par des organisations de défense des droits humains basées aux États-Unis dressent un tableau apocalyptique : plus de 18.000 personnes ont été arrêtées le mois dernier, et la répression est devenue «brutale et systématique». La menace d’exécutions de masse semble être l’ultime recours d’une direction de plus en plus isolée et effrayée par la détermination persistante de la contestation de la rue.

«À l’heure où la contestation ne faiblit pas malgré la répression, la menace d’exécutions apparaît comme le dernier levier d’un pouvoir acculé», disent certains analystes. Le sort d’Erfan Soltani, au-delà de son cas individuel, cristallise désormais un affrontement ouvert entre un régime en quête de survie et une société iranienne déterminée à ne plus reculer, au risque d’ouvrir une séquence irréversible pour l’avenir du pays.

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Cette crise met en lumière les limites structurelles du système politique iranien face à une mobilisation durable et décentralisée. Le recours annoncé aux exécutions, loin de rétablir l’ordre, risque d’approfondir la fracture entre l’État et la société, tout en accentuant l’isolement international du pays.

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