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Espions dans la tempête iranienne : Téhéran pointe le Mossad et la CIA

(Rome, 12 janvier 2026). Alors que l’Iran est secoué par une vague de protestations sans précédent, le régime de Téhéran pointe du doigt une ingérence étrangère, accusant le Mossad et la CIA d’attiser la révolte. Entre messages cryptés (en persan), infiltrations présumées, répression sanglante et coupures d’Internet, la crise s’enlise et fait planer la menace d’un affrontement majeur, intérieur comme international

Le peuple iranien nie ces accusations, le régime continue de traquer et de pendre les «espions», réels ou supposés, et nombreux sont ceux qui persistent à soutenir la thèse selon laquelle les protestations qui ébranlent Téhéran et les autres villes d’Iran seraient orchestrées par des agents provocateurs du Mossad et de la CIA.

«Nous sommes avec vous, dans les rues», ont écrit en farsi, la langue persane, plusieurs comptes de réseaux sociaux liés aux services de renseignement israéliens, lequel a déclaré avoir infiltré sur le territoire iranien des centaines d’agents qui auraient à leur tour recruté des dissidents prêts à renverser la théocratie des ayatollahs, en inspirant, faisant chanter et attisant les révoltes qui frappent la capitale et les principaux centres urbains de la République islamique d’Iran. Du 29 décembre à hier, des émeutes ont été signalées à Téhéran, ainsi qu’à Tabriz, Karaj, Kermanshah, Qom, Ispahan, Ahvaz, Shiraz, Zhedan, Kerman, Zahedan et Bandar Abbas, rapporte Davide Bartoccini dans le quotidien «Il Giornale».

Ces manifestations, liées aux grèves des commerçants de Téhéran contre une inflation galopante ayant atteint 42 %, se sont étendues aux universités. De jeunes Iraniens de tout le pays sont descendus dans la rue pour protester contre le coût élevé de la vie et contre un régime répressif qui semble incapable de répondre aux besoins de la population.

Le Mossad a déjà envoyé plusieurs messages en persan, appelant les Iraniens à descendre dans la rue et affirmant ouvertement que ses agents infiltrés se trouvent parmi les manifestants. «Sortez ensemble dans la rue. Le moment est venu. Nous sommes avec vous. Non seulement à distance et par la parole. Nous sommes sur le terrain, avec vous», écrivait le profil sur X, connu sous le nom de «Mossad Farsi», le 29 décembre. Ce message a été suivi d’un message de vœux «spécial» de l’ancien directeur de la CIA, Mike Pompeo, le 2 janvier. Pompeo a évoqué un régime iranien en difficulté, a cité les villes de Machhad, Téhéran et Zahedan. Et Mike Pompeo d’ajouter : «Bonne année à tous les Iraniens qui manifestent. Et aussi à tous les agents du Mossad qui marchent à leurs côtés… ».

Mais d’autres informations, à la frontière entre l’officiel et l’officieux, confirment la présence d’au moins une centaine d’infiltrés du Mossad qui, depuis l’opération «Rising Lion», pourraient ne jamais avoir quitté le pays. Leur mission aurait non seulement consisté à sélectionner des cibles, planifier des opérations de sabotage et à agir comme des commandos pour frapper durement la chaîne de commandement et l’appareil militaire iraniens, mais aussi à «disparaître» dans la masse pour ensuite se réactiver lors de soulèvements susceptibles de conduire à un changement de régime.

Après la guerre des Douze Jours, le directeur du Mossad, David Barnea, avait publié une déclaration inhabituelle annonçant les activités de l’agence d’espionnage à Téhéran, affirmant qu’Israël continuerait «d’y être présent».

De nombreux jeunes Iraniens évoquent, de manière inattendue, le retour du Chah, brandissant le drapeau tricolore iranien orné du lion brandissant une épée face au soleil levant, emblème de la dynastie Pahlavi. Ce drapeau flottait également sur le mât de l’ambassade d’Iran à Londres, où un manifestant avait escaladé le célèbre balcon d’où les membres du «Special Air Service» avaient pris d’assaut le bâtiment pour libérer les otages détenus par six terroristes iraniens appartenant au Front démocratique révolutionnaire de libération de l’Arabistan en mai 1980.

Face à la nouvelle vague de manifestations, qui a déjà fait 2.000 morts, dont au moins 250 à Téhéran seulement, le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a qualifié les manifestants de «vandales» et de «saboteurs», annonçant une répression imminente et brutale et accusant les États-Unis, mais non Israël, d’être à l’origine des troubles. Selon le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, les soulèvements sont «alimentés et fomentés» par des éléments étrangers, et les forces de sécurité «traqueront» les responsables. Par ailleurs, la coupure d’internet à l’échelle nationale, imposée par le régime iranien, est en vigueur depuis trois jours.

Un réflexe classique des régimes en crise. Le glas semble avoir sonné ?

À mesure que la répression s’intensifie, le régime des ayatollahs révèle surtout sa fragilité. L’Histoire montre que lorsqu’un pouvoir ne survit plus que par la peur, il a déjà commencé à s’effondrer. Lorsqu’un régime se sent menacé dans sa survie, il cherche à externaliser la responsabilité de la contestation. Accuser des puissances étrangères permet d’éviter une remise en cause interne : ce ne sont plus les échecs économiques, la corruption ou la répression qui provoquent la colère populaire, mais des «ennemis de la nation».

«En Iran, le glas semble avoir sonné : la question n’est plus de savoir si le régime tombera, mais quand et à quel prix», résume un analyste italien.

Dans le même temps, le groupe de pirates informatiques «Handala», soupçonné d’être lié à l’Iran, a diffusé plusieurs vidéos «tournées devant le domicile d’un agent du Mossad», accusé d’avoir joué «un rôle majeur dans l’organisation et la direction des réseaux à l’origine des troubles en Iran», accompagnées d’une liste d’agents présumés des services de renseignement israéliens opérant dans le pays.

Selon des sources du Telegraph, le quotidien britannique réputé, le président américain Donald Trump «envisage une action militaire contre l’Iran» et qu’une «série de cibles» lui aurait été présentée, comprenant notamment des éléments des services de sécurité responsables de la répression violente contre les manifestants, ayant causé des centaines de morts dans les villes iraniennes. Toutefois, les hauts responsables militaires du commandement du Moyen-Orient auraient informé les responsables du Pentagone qu’ils avaient besoin du temps nécessaire pour «consolider les positions militaires des États-Unis et préparer les défenses» avant d’éventuelles frappes, lesquelles pourraient constituer un signal et un encouragement supplémentaire à la révolte, mais risqueraient aussi de déclencher de sévères représailles de la part de l’Iran.

Quelles que soient la réalité ou l’ampleur des ingérences étrangères, un constat s’impose : la contestation iranienne ne peut plus être réduite à un complot venu de l’extérieur. La colère est désormais endémique, enracinée dans une société exsangue, une jeunesse sans avenir et un système politique incapable de se réformer.

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