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Orechnik entre en scène. Dark Eagle se profile ? La compétition hypersonique américano-russe à l’œuvre

(Rome, 11 janvier 2026). Alors que la Russie a de nouveau employé son missile hypersonique Oreshnik en Ukraine, les États-Unis accélèrent le développement du Dark Eagle pour tenter de combler leur retard technologique. Dans un contexte de blocage diplomatique et de montée des tensions stratégiques, la course aux armes hypersoniques entre Moscou et Washington entre dans une nouvelle phase

Dans la nuit du 8 janvier, une deuxième attaque au missile hypersonique Oreshnik a eu lieu sur le territoire ukrainien depuis le début de la guerre. L’utilisation de ce missile balistique russe bien connu intervient dans un contexte d’impasse des négociations de paix et rappelle à Washington l’urgence d’accélérer ses programmes hypersoniques, Davide Ragnolini dans le portail italien «Inside Over».

L’Orechnik frappe à nouveau

Dans un premier temps, certains blogs militaires ont attribué l’événement à un prétendu prototype du soi-disant Kedr, se basant sur une nomenclature non officielle et désormais obsolète, avancée par les services de renseignement ukrainiens et faisant référence à une possible évolution du missile balistique intercontinental léger RS-26 Rubezh. Par la suite, des sources russes officielles ont confirmé l’utilisation du missile Orechnik dans l’ouest de l’Ukraine, dans la région de Lviv.

Il s’agit d’un missile balistique capable d’atteindre des vitesses supérieures à 12.000 km/h et d’une portée allant jusqu’à 5.000 km, ce qui le classe dans la catégorie des missiles balistiques à portée intermédiaire (IRBM). Équipé de têtes multiples à guidage indépendant (MIRV), potentiellement dotées de sous-systèmes explosifs, l’Orechnik peut être lancé depuis un véhicule multi-essieux à haute mobilité, tel que le lanceur-transporteur (TEL) russe de type MAZ ou biélorusse de type MZKT.

Cette arme se distingue nettement des nombreux missiles de croisière et drones à longue portée utilisés par Moscou contre l’Ukraine. Non seulement par sa vitesse hypersonique (supérieure à Mach 5, soit plus de 6.125,22km/h), mais aussi par l’ambiguïté de sa charge utile : capable d’emporter des charges nucléaires, elle pourrait, selon des sources russes, atteindre en seulement 11 minutes une base aérienne en Pologne et en 17 minutes le siège de l’OTAN à Bruxelles.

Apparu pour la première fois sur le théâtre ukrainien le 21 novembre 2024, lors d’une démonstration près de Dniepr, l’Orechnik (en russe Орешник : noisetier) est entré officiellement en service au sein des forces armées russes fin décembre 2025. Le déploiement opérationnel de dix de ses unités sur le territoire biélorusse a été annoncé par Minsk le 30 décembre.

A lire : Alexandre Loukachenko : «le missile Orechnik est déjà opérationnel en Biélorussie»

Cette initiative accélère la course hypersonique américano-russe, au moment même où la capture de Maduro et la saisie du pétrolier russe Bella 1 menacent de refroidir les relations entre Washington et Moscou.

L’Aigle Noir «Dark Eagle» : la réponse américaine au «noisetier» russe ?

Le pari américain pour combler le retard technologique hypersonique avec la Chine et la Russie repose sur l’arme hypersonique à longue portée «Long-Range Hypersonic Weapon» (LRHW), également connue sous le nom d’Aigle Noir, une arme hypersonique sol-sol à portée intermédiaire.

Le 12 décembre dernier, le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, en visite à l’arsenal de Redstone en Alabama, a supervisé l’avancement de ce nouveau système de missile hypersonique, actuellement en phase finale de tests.

Le nom «Dark Eagle» désigne en réalité un système composé de plusieurs éléments intégrés : un propulseur à propergol solide à deux étages, qui fournit la poussée initiale permettant à l’engin d’atteindre son altitude maximale, et le planeur hypersonique commun (C-HGB), c’est-à-dire le planeur hypersonique (HGV) qui se sépare du propulseur pour planer à des vitesses supérieures à Mach 5, puis engager la cible jusqu’à environ 3.000 km de distance grâce à des manœuvres difficiles à intercepter.

Idéal pour une utilisation opérationnelle dans des théâtres stratégiquement disputés, tels que l’Indo-Pacifique et l’Europe de l’Est, le C-HGB du Dark Eagle offrirait une manœuvrabilité extrêmement élevée durant la phase terminale de vol, compliquant considérablement la détection et l’interception par les systèmes de défense aérienne actuels.

Cet atout est destiné à révolutionner les chaînes de destruction américaines en matière de détection et d’engagement des cibles, mais n’a pas encore démontré son efficacité opérationnelle.

Le parcours du combattant du Dark Eagle

La course à l’hypersonique place les États-Unis dans une situation de désavantage temporel par rapport à la Chine et, surtout, à la Russie : alors que l’Orechnik a déjà passé avec succès son essai en Ukraine, les États-Unis accusent un retard dans le développement du Dark Eagle, dont le premier test, selon des documents du Congrès, était initialement prévu pour mars 2023.

Ce système d’arme, contrairement à l’Orechnik, n’est pas à capacité nucléaire en raison de limitations doctrinales : «la majorité des armes hypersoniques américaines, à la différence de celles de la Russie et de la Chine, ne sont pas conçues pour être utilisées avec une ogive nucléaire», peut-on lire dans un autre rapport du Congrès américain datant d’août dernier.

Une doctrine que l’administration Trump pourrait modifier, sans toutefois pouvoir surmonter certaines limites techniques intrinsèques du Dark Eagle. Tout d’abord, sa portée d’engagement relativement courte : environ 3.000 km, ce qui place le système dans la partie inférieure de la catégorie des armes à portée intermédiaire (entre 3.000 et 5.500 km). Cet aspect est encore compliqué par le fait que l’arme américaine, contrairement à l’Orechnik capables d’opérer depuis une position stratégique en profondeur, doit être pré-positionnée sur un théâtre d’opérations hors des États-Unis (Europe ou Indo-Pacifique), avec toutes les contraintes que cela implique.

À cela s’ajoute le défi que représente le système russe «S-500 Prometheus» de dernière génération. Ce système d’interception sol-air est doté de missiles (tels que les 77N6 et 77N6-N1) capables d’atteindre des vitesses d’environ Mach 16 après leur lancement, soit dans la même gamme que l’engin planant hypersonique Dark Eagle. Théoriquement, il pourrait intercepter le Dark Eagle dans son rayon d’engagement de 60 kilomètres d’altitude, là où commence la phase de vol de plané hypersonique de son C-HGB.

Mais les analystes évoquent souvent le S-500 Prometheus comme suit :

  • S’il tient ses promesses, il pourrait réduire l’avantage du planeur hypersonique américain ;
  • Même une capacité d’interception partielle suffirait à affaiblir la valeur militaire du Dark Eagle.

«Cela renforce l’idée que le Dark Eagle est perçu davantage comme une arme de niche, coûteuse et produite en petits volumes», précise un spécialiste.

Indépendamment des capacités réelles du S-500, le Dark Eagle demeure un système complexe, dépourvu de la structure balistique plus intégrée et traditionnelle de l’Orechnik, et sa production (comme toute «solution miracle») serait en quantités très limitées et à des coûts élevés.

D’autres spécialistes rappellent que la comparaison est biaisée tant que :

  • le Dark Eagle reste strictement conventionnel ;
  • l’Oreshnik demeure ambigu, voire explicitement nuclear-capable.

Certains think tanks américains estiment que sans option nucléaire, le Dark Eagle ne joue pas dans la même catégorie stratégique, mais plutôt dans celle de la dissuasion régionale avancée.

Pour conclure, plus qu’un duel technologique entre deux missiles, l’opposition entre l’Orechnik russe et le Dark Eagle américain révèle un fossé doctrinal profond. Là où Moscou privilégie l’ambiguïté stratégique, la portée et la capacité nucléaire, Washington mise sur la précision conventionnelle et la maîtrise de l’escalade. Tant que le Dark Eagle n’aura pas démontré sa fiabilité opérationnelle et tant que les États-Unis n’assumeront pas (ou ne pourront pas) une véritable capacité hypersonique à portée stratégique, la course restera déséquilibrée. Dans cette compétition, l’avantage est non seulement une question de vitesse, mais de crédibilité stratégique.

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