(Roma, 30 octobre 2026). Quelques jours à peine après le massacre commis dans une église à Al-Karak, les autorités jordaniennes ont arrêté ses trois auteurs, puis mené des raids contre des «bases-arrière de djihadistes en Syrie», montrant la fermeté du Royaume face au terrorisme, tout en s’activant politiquement pour contenir toute tension avec Damas.
Les autorités jordaniennes sont convaincues que la cellule terroriste responsable de l’attaque contre l’église d’al-Karak, le 23 octobre, était commanditée par des dirigeants de l’État islamique (EI) qui ont pris refuge dans le sud de la Syrie, avec l’implication de Jordaniens takfiristes présents sur place. Des communications électroniques ont été détectées entre les auteurs de l’attaque, qui a fait 9 victimes, et leurs commanditaires situés à Deraa, en Syrie, croit savoir le quotidien «Al-Qods Al-Arabi». Sur la base de ces renseignements, l’armée de l’air jordanienne a mené des raids contre les repaires terroristes, au lendemain de l’arrestation des trois auteurs du carnage. Amman affirme avoir neutralisé une vingtaine de terroristes.
Les autorités jordaniennes avaient délibérément évité de mentionner tout lien extérieur avec les auteurs de l’attaque d’Al-Karak pour ne pas réveiller les soupçons de leurs commanditaires et pour choisir le moment opportun pour les frapper. L’armée de l’air jordanienne avait déjà mené plusieurs raids en Syrie, durant les dernières années, contre des trafiquants de drogue liés à l’ancien régime, et qui inondaient le Royaume de Captagon.
Aujourd’hui, le raid contre les repaires terroristes à Deraa a suscité une vive polémique sur les réseaux sociaux syriens, et le gouvernement jordanien a exprimé ses profonds regrets pour les victimes civiles collatérales. La Jordanie tente ainsi de résorber la polémique avec la Syrie. Amman affirme que ses bombardements avaient été coordonnés avec Damas, mais ce dernier les a condamnés, appelant à former un comité bilatéral pour gérer les dossiers des frontières communes, de manière à garantir les intérêts des deux peuples. Les contacts entre Amman et Damas tendent à résorber la tension. Mais la Jordanie fait savoir qu’elle poursuivra sa «guerre ouverte contre les derniers bastions des groupes djihadistes encore présents dans le sud de la Syrie» et qu’elle ne peut plus tolérer «la présence d’organisations capables de recruter, diriger et financer des extrémistes armés en Jordanie». Fidèle à lui-même, le Royaume Hachémite reste «extrêmement ferme dans le traitement des menaces, mais très flexible diplomatiquement». Cette fermeté a sauvé le trône du roi Hussein en septembre 1970 (septembre noir), et sa flexibilité politique et diplomatique en a fait l’un des plus fervents défenseurs des Palestiniens et de la paix.
Par Dario S. (Roma)