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En Italie, l’OTAN prépare son exercice nucléaire annuel : ce que l’on sait de «Steadfast Noon»

(Rome, 08 octobre 2026). L’OTAN s’apprête à lancer, à partir du 13 octobre en Italie, un exercice annuel de dissuasion nucléaire. Baptisé «Steadfast Noon» et prévu de longue date, l’entraînement doit mobiliser des avions de plusieurs pays alliés afin de tester les procédures et la coordination liées à la mission nucléaire, sans recours à des armes réelles. Cet exercice intervient dans un contexte où le rapport de force nucléaire est redevenu un élément central de la sécurité européenne

L’Italie se prépare à accueillir «Steadfast Noon», le grand exercice nucléaire de l’OTAN, dans un contexte de tensions géopolitiques et d’un début de controverse concernant la transparence du gouvernement. À partir du 13 octobre, le ciel de la péninsule et de la mer Tyrrhénienne deviendra le théâtre d’une simulation à grande échelle évoquant des scénarios de guerre atomique. L’événement a suscité une réaction immédiate de l’opposition et provoqué un léger décalage de communication entre Rome et les instances dirigeantes de l’Alliance atlantique quant à la nature réelle des opérations, tel que rapporté par la chaine «Sky Tg24».

Pour l’OTAN, il s’agit d’«un exercice nucléaire à part entière»

L’armée de l’Air italienne a tenté de minimiser l’événement en le présentant d’activité «ordinaire et de routine», visant uniquement à vérifier les procédures de sécurité sans recours aux armes réelles. Toutefois, l’OTAN a partiellement contredit la ligne de Rome. Nassima Barrows, responsable de la politique nucléaire de l’Alliance, a confirmé à l’agence italienne «ANSA» que «Steadfast Noon» est, à tous égards, «un exercice nucléaire», précisant qu’il existait une parfaite coordination avec l’Italie, en dépit de la communication gouvernementale.

Aucune utilisation d’armes réelles n’est prévue durant les exercices

Le colonel David Bull (officier supérieur américain de l’US Air Force spécialisé dans les opérations nucléaires et de missiles, Ndlr) a réaffirmé le rôle crucial de cet entraînement stratégique pour la défense collective. L’exercice simule la phase la plus critique : la préparation et l’installation de bombes atomiques tactiques américaines (stockées dans les bunkers d’Aviano et de Ghedi) sur des avions de chasse supersoniques alliés. Pour des raisons de sécurité, les engins réels ne quitteront pas leurs forteresses souterraines ; Les aéronefs décollent équipés de simples simulacres.

Les bases stratégiques impliquées dans les opérations

Ce n’est pas une annonce de l’exécutif qui a déclenché la polémique en Italie, mais une note technique de l’ENAV (l’organisme national de l’aviation civile) soumettant les couloirs aériens civils aux besoins des militaires. Les flux concerneront des bases stratégiques dans l’ensemble de la péninsule : dans le nord de l’Italie, notamment à Ghedi (Brescia) et Aviano (Pordenone), avec des couloirs traversant la Lombardie, le Frioul et les Apennins toscan-émiliens. Dans le sud et dans les îles, les bases d’Amendola (Foggia), Gioia del Colle (Bari) et Trapani seront mobilisées, avec une forte concentration d’activités aériennes et navales ainsi que l’utilisation de drones au-dessus de la mer Tyrrhénienne.

L’interpellation des Verts

Habituellement, le commandement de l’OTAN informe les médias du début de l’exercice «Steadfast Noon» avec un certain préavis. Cette année, en revanche, c’est la note de l’ENAV qui a été publiée en premier, indiquant quels couloirs aériens seront réservés aux opérations militaires du 13 au 20 octobre. Cette situation a incité Angelo Bonelli, co-porte-parole d’«Europa Verde» et député de l’Alliance des Verts et de la Gauche, à annoncer le dépôt d’une question parlementaire adressée au ministre de la Défense, Guido Crosetto : «Nous n’avons pas appris l’existence de cet exercice de l’OTAN sur les armes nucléaires par le gouvernement, mais par un document technique destiné aux pilotes : il décrit un exercice multinational à grande échelle, impliquant des opérations aériennes et navales en mer Tyrrhénienne. Les avions décolleront des bases de Ghedi, Aviano, Amendola, Gioia del Colle et Trapani, et évolueront dans des couloirs traversant toute la péninsule : du Frioul et de la Lombardie en longeant les Apennins toscan-émiliens, des Pouilles vers l’ouest et depuis l’ouest de la Sicile. Une activité aérienne militaire intense, des tirs et l’utilisation de drones sont prévus, sans que ni leur type ni leur rôle ne soient précisés : les systèmes sans pilote entrent donc, eux aussi, dans le scénario d’une guerre nucléaire simulée», a déclaré Bonelli. «En pleine crise internationale poussant le monde au réarmement, l’Italie ne peut pas s’exercer à la guerre nucléaire : elle doit adhérer au Traité de l’ONU sur l’interdiction des armes nucléaires et demander le retrait des ogives de notre territoire. La sécurité se construit par le désarmement et la diplomatie, et non en simulant l’apocalypse au-dessus de nos têtes», a-t-il ajouté.

La transparence parlementaire ou l’impératif de sécurité ?

Pour un observateur italien, la polémique porte autant sur la nature de l’exercice que sur la manière dont son existence a été portée à la connaissance du public. Elle est d’autant plus sensible que «Steadfast Noon» est bien un exercice nucléaire : il vise «à entraîner les forces alliées aux procédures associées à la mission nucléaire de l’Alliance».

«Les interrogations de Bonelli peuvent se comprendre du point de vue du contrôle parlementaire. Mais elles se heurtent aussi (et surtout) à une réalité militaro-stratégique : dans un contexte de tensions accrues en Europe, les informations relatives à la préparation, aux itinéraires et aux capacités mobilisées dans le cadre d’un exercice lié à la dissuasion nucléaire ne sont pas toutes destinées à être rendues publiques», soutient un officier italien (Ret.). «Le fait que l’exercice soit annoncé ne signifie pas que chacun de ses paramètres opérationnels puisse l’être», ajoute-t-il.

L’exercice se déroule en Italie pour la septième fois

Cette activité d’entraînement annuelle et planifiée, qui s’étendra sur une semaine, vise, comme l’indique la note de l’Armée de l’air, à «maintenir la préparation des capacités et des procédures contribuant à la dissuasion et à la défense de l’Alliance». Cet exercice s’inscrit dans le cadre de la défense stratégique intégrée de l’OTAN, à laquelle l’Italie participe en tant que membre de l’Alliance depuis 1949. L’Italie a déjà accueilli cet exercice à six reprises : en 2010, 2013, 2014, 2018, 2021 et 2023.

En France, à l’inverse, la dissuasion nucléaire fait consensus face au retour de la menace

Le contraste avec la polémique italienne est frappant. En France, le mardi 6 octobre, le Président Emmanuel Macron a assisté au tir d’acceptation d’un missile balistique stratégique (version M51.3) depuis le sous-marin nucléaire lanceur d’engins «Le Vigilant». Dépourvu de charge nucléaire, certes, le missile a été tiré au large du Finistère avant de retomber dans une zone prédéfinie de l’Atlantique Nord, à plusieurs centaines de kilomètres des côtes. L’opération visait notamment à valider la capacité de ce sous-marin nucléaire à mettre en œuvre son système d’arme après sa période d’entretien.

Quand Rome débat de la transparence d’un exercice nucléaire de l’OTAN, Paris assume la démonstration de sa protection et celle de l’UE

À Rome, la publication de documents aéronautiques permettant d’identifier les contours de «Steadfast Noon» a suscité des interrogations (susmentionnées) sur l’information du Parlement. En France, à l’inverse, l’exercice d’une capacité directement liée à la dissuasion nucléaire (un tir réel de missile stratégique, certes sans charge nucléaire) est assumé publiquement au plus haut niveau de l’État. La séquence n’a pas suscité, à ce stade, de controverse politique de même nature.

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Cette différence tient aussi à l’histoire stratégique des deux pays. En France, la dissuasion nucléaire est conçue comme une responsabilité strictement nationale et demeure présentée par l’exécutif comme la «clé de voûte» de la politique de défense.

La doctrine française repose aujourd’hui sur un double principe : une force nucléaire qui reste nationale dans sa décision et sa mise en œuvre, mais dont la fonction de dissuasion contribue plus largement à la sécurité du Continent. La coopération engagée avec l’Allemagne, la Finlande et d’autres partenaires européens traduit cette évolution, sans transformer pour autant l’arme nucléaire française en une force nucléaire européenne ou en une composante de la dissuasion nucléaire de l’OTAN.

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C’est là l’une des singularités françaises : l’indépendance stratégique voulue par le général Charles De Gaulle ne signifie plus aujourd’hui un repli sur la seule défense l’hexagone. Dans le discours de Paris, elle constitue au contraire le socle à partir duquel le voisin transalpin entend contribuer à la sécurité du Continent européen.

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