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Iran : l’énigme enfuie «Pickaxe Mountain», la forteresse secrète qui inquiète le monde

(Rome, 18 avril 2026). Les dissensions croissantes au sein du régime des ayatollahs mettent en lumière les fractures entre modérés et ultra-conservateurs. Un compromis entre les deux factions pourrait se dessiner autour des réticences de l’Iran sur le nucléaire, réserves qui l’amèneraient à accepter les conditions d’une fin du conflit

Pickaxe Mountain, la «montagne de la pioche»

Pickaxe Mountain, la montagne de la Pioche. C’est le nom de code du site nucléaire secret, niché dans les montagnes à 320 kilomètres au sud de Téhéran et près du complexe nucléaire de Natanz. Ce site constitue le principal obstacle à un accord de paix entre l’Iran et les États-Unis, écrit Gianfranco D’Anna dans son analyse dans le portail italien «Formiche.net».

À Islamabad, la reprise imminente des négociations entre les délégations iranienne et américaine se heurte à une exigence ferme de Washington : interrompre l’enrichissement d’uranium et remettre les 450 kilogrammes déjà hautement enrichis. Cette demande se heurte à la construction d’une nouvelle installation souterraine à Kuh-e Kolang Gaz, surnommée Montagne de la Pioche par les services de renseignement américains.

Une installation souterraine quasiment invulnérable

Selon le New York Times, le gigantesque chantier de construction de Pickaxe Mountain, situé à près de 1.000 mètres sous les montagnes de granit, est invulnérable aux bombes de 13.600 kg (30.000 livres), connues sous le nom de «Massive Ordnance Penetrators» (MOP), déjà utilisées pour bombarder les installations nucléaires souterraines de Fordow, Natanz et Ispahan en juin dernier.

Un projet entouré de soupçons

Lorsque la construction de «Pickaxe Mountain» a débuté en 2020, le gouvernement iranien a informé l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) qu’il s’agissait d’une installation destinée à la construction de nouvelles centrifugeuses, capables de faire tourner l’uranium à grande vitesse afin d’accroître sa pureté, en remplacement des installations détruites par un sabotage israélien. Cependant, l’AIEA n’a jamais pu accéder à l’installation, confirmant ainsi les soupçons des experts : elle était en réalité destinée à la phase la plus avancée d’enrichissement de l’uranium jusqu’au niveau de pureté requis pour la fabrication de bombes nucléaires.

La position des experts et des responsables

Comme l’a souligné Andrea Stricker, chercheuse principale à la «Foundation for Defense of Democracies», dans le New York Times, il est essentiel que «tout accord négocié avec l’Iran visant à mettre fin au conflit doit exiger le démantèlement complet, vérifié et permanent de toutes les installations d’enrichissement». D’un point de vue militaire, selon Stricker, le démantèlement de «Pickaxe Mountain» nécessiterait le déploiement d’ingénieurs militaires pour faire sauter l’intérieur de la montagne à l’aide d’explosifs de forte puissance.

«Si le programme nucléaire iranien n’est pas totalement démantelé (c’est-à-dire sans uranium enrichi et sans installations), ce serait une occasion manquée considérable», a déclaré Michael Makovsky, président du «Jewish Institute for National Security of America», au New York Times. L’administration Trump, a-t-il ajouté, «est consciente de ce problème et sait qu’il doit être résolu».

D’autres sites inquiétants

«Pickaxe» n’est pas la seule installation souterraine iranienne qui suscite des inquiétudes : en mars 2025, Téhéran a informé l’AIEA de la construction d’une nouvelle installation d’enrichissement d’uranium à proximité de celle déjà en activité à Ispahan. Mais les inspecteurs de l’agence n’ont pas pu s’y rendre et, malgré les récentes frappes aériennes, de nombreux aspects restent inconnus.

Une paix fragile et incertaine

Compte tenu de l’évolution de la situation (avec, du côté iranien, des destructions massives et une crise économique qui menace de déclencher de nouveaux soulèvements populaires, et du côté américain, l’urgence de mettre fin au conflit pour éviter un effet domino sur les marchés), il existe un risque que le régime des ayatollahs prétende accepter toutes les conditions imposées par Washington tout en poursuivant secrètement son objectif de développer l’arme nucléaire. La paix reste suspendue à un fil très fragile. Un fil nucléaire, aux implications potentiellement apocalyptiques.

Une stratégie à haut risque et ses répercussions régionales

La posture des autorités iraniennes s’apparente de plus en plus à une stratégie du «jusqu’auboutisme», consistant à avancer au bord de l’escalade tout en testant les limites de leurs adversaires. Ce choix implique des risques considérables : isolement accru, pression économique et militaire renforcée et possibilité d’un affrontement élargi. «En cherchant à préserver coûte que coûte ses capacités stratégiques, notamment dans le domaine nucléaire, Téhéran semble accepter une logique de confrontation prolongée plutôt qu’un compromis immédiat», nous confie un analyste italien sous anonymat.

Parallèlement, les tensions dépassent largement le seul territoire iranien et s’étendent à l’ensemble du Moyen-Orient.

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Les équilibres restent extrêmement fragiles, notamment au Liban, où toute dégradation sécuritaire peut avoir des conséquences majeures pour Beyrouth et pour les forces internationales présentes sur place (FINUL). Des accusations et inquiétudes circulent quant à une possible instrumentalisation d’acteurs locaux tels que les «miliciens de Dieu» pour peser sur les dynamiques régionales et compliquer davantage les initiatives diplomatiques, y compris celles visant une stabilisation durable.

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