(Rome, 13 avril 2026). Face aux tensions au Moyen-Orient et aux perturbations du trafic maritime dans le détroit d’Hormuz, la France et le Royaume-Uni entendent mobiliser une coalition internationale. Objectif : sécuriser la navigation grâce à une mission défensive, tout en relançant les efforts diplomatiques pour une solution au conflit
La France et la Grande-Bretagne organiseront prochainement une conférence afin de créer une force multinationale défensive destinée à sécuriser le passage dans le détroit d’Ormuz. L’annonce, rapporte Fausta De Rossi dans «Il Tempo», a été faite par le président français Emmanuel Macron.
«Concernant le détroit d’Ormuz, nous organiserons, avec le Royaume-Uni, dans les prochains jours, une conférence avec les pays prêts à contribuer à nos côtés à une mission multinationale pacifique visant à rétablir la liberté de navigation dans le détroit», a-t-il écrit sur X.
«Cette mission, strictement défensive et indépendante des parties belligérantes, sera appelée à se déployer dès que la situation le permettra», a-t-il précisé. «Aucun effort ne doit être épargné pour parvenir rapidement, par la voie diplomatique, à une solution solide et durable au conflit au Moyen-Orient. Une solution qui offrira à la région un cadre robuste permettant à chacun de vivre en paix et en sécurité», a averti le Président Macron.
Les enjeux : nucléaire, stabilité régionale et navigation
«Pour y parvenir, toutes les questions de fond doivent être traitées en leur apportant une réponse durable, tant en ce qui concerne les activités nucléaires et balistiques de l’Iran que ses actions déstabilisatrices dans la région. Il faut également permettre la reprise, dans les plus brefs délais, d’une navigation et sans entrave dans le détroit d’Ormuz et de faire en sorte que le Liban retrouve le chemin de la paix, dans le plein respect de sa souveraineté et de son intégrité territoriale», a-t-il souligné. «La France est prête à jouer pleinement son rôle, comme elle s’y engage avec constance depuis le premier jour du conflit », a assuré le Président français.
Le rôle du Royaume-Uni et le sommet à venir
Le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a quant à lui annoncé que le sommet pourrait avoir lieu dès cette semaine. «La fermeture prolongée du détroit d’Ormuz est extrêmement préjudiciable. La reprise du transport maritime mondial est essentielle pour atténuer les pressions sur le coût de la vie», a-t-il écrit sur la plateforme X. «Le Royaume-Uni a déjà réuni plus de 40 nations partageant notre objectif de rétablir la liberté de navigation. Cette semaine, le Royaume-Uni et la France co-organiseront un sommet afin de faire avancer les travaux sur un plan coordonné, indépendant et multinational visant à protéger la le transport maritime international une fois le conflit terminé», a-t-il ajouté.
Conclusion : une mission défensive aux contours militaires et politiques délicats
- Quels moyens militaires pour sécuriser le détroit ?
Pour garantir la liberté de navigation dans le détroit d’Hormuz, la France et le Royaume-Uni pourraient déployer un éventail de moyens déjà éprouvés dans cette zone sensible. Cela inclurait probablement des frégates multi-missions, des destroyers de défense aérienne, ainsi que des patrouilleurs capables d’escorter les navires commerciaux. Des moyens aériens (avions de surveillance maritime et drones) viendraient compléter ce dispositif pour assurer une veille permanente.
Selon un expert militaire bien au fait, Paris pourrait s’appuyer sur ses bases dans le Golfe, tandis que le Royaume-Uni dispose également d’une présence navale historique dans la région. L’objectif resterait cependant strictement défensif : dissuader, surveiller et intervenir uniquement en cas de menace directe contre la navigation.
- Quels risques d’affrontement avec l’Iran ?
En cas de montée des tensions avec l’Iran, le principal risque ne viendrait pas d’un affrontement naval conventionnel, mais plutôt de tactiques asymétriques : les forces iraniennes disposent (encore) d’unités navales légères rapides, capables de mener des actions de harcèlement, de poser des mines ou de lancer des attaques de saturation. Ce type de stratégie vise à compliquer la supériorité technologique occidentale en multipliant les menaces diffuses.
Face à cela, les marines française et britannique sont bien équipées pour répondre, grâce à leurs systèmes de détection avancés et à leur puissance de feu, mais une confrontation, même limitée, comporterait toujours un risque d’escalade rapide dans une zone aussi stratégique.
- Pression politique et limites de l’action
La déclaration du Président Macron sur la nécessité pour l’Iran de cesser ses actions déstabilisatrices, (notamment son soutien au Hezbollah, Ndlr) souligne une dimension plus large que la seule sécurité maritime.
Cependant, transformer cette pression politique en action concrète reste complexe. Une mission navale, même multinationale, ne peut à elle seule contraindre Téhéran à modifier sa stratégie régionale. Toute tentative plus coercitive relèverait d’un cadre diplomatique ou de sanctions internationales, voire d’une escalade militaire que les Européens cherchent précisément à éviter.