(Rome, 11 avril 2026). Alors que des négociations cruciales s’ouvrent au Pakistan, le vice-président américain JD Vance et le président du Parlement iranien Mohammad Ghalibaf se retrouvent au cœur d’un face-à-face décisif. Investis d’un rôle diplomatique majeur, les deux hommes jouent non seulement l’issue du conflit, mais aussi leur propre avenir politique, chacun nourrissant l’ambition d’accéder un jour à la présidence
Deux parcours, une même ambition
D’un côté, J.D. Vance, 41 ans, ancien Marine (n’ayant pas combattu), aspire à la présidence des États-Unis, mais sans avoir encore tenté la course décisive. De l’autre, Mohammad Ghalibaf, 64 ans, ancien Pasdaran (surnommé «le Voyou» pour s’être vanté d’avoir utilisé une matraque lors de la répression de 1999), aspire lui aussi à la présidence, mais de son Iran natal, après quatre tentatives infructueuses, nous explique Gaia Cesare dans «Il Giornale».
Ce sont deux acteurs clés des deux puissances belligérantes, les «ambassadeurs» chargés de négocier la paix, mais surtout d’empêcher leurs pays respectifs de perdre la guerre. Les négociations ouvertes au Pakistan pourraient, pour le vice-président américain et le président du Parlement iranien, servir de tremplin à des objectifs encore plus ambitieux, ou aussi le prélude de leur déclin. Les enjeux nationaux sont considérables, mais les enjeux personnels le sont encore davantage.
Des lignes rouges bien définies
Vance a reçu des directives «très claires» de Donald Trump concernant ces négociations, comme il l’a lui-même déclaré aux journalistes : si les Iraniens se montrent disposés à négocier de bonne foi, les États-Unis leur tendront la main ; mais si Téhéran tente de manipuler Washington ou de gagner du temps, les opérations militaires reprendront.
Selon des sources du New York Times, Ghalibaf dispose de pleins pouvoirs décisionnels, et l’on comprend aisément pourquoi : le Guide suprême Mojtaba Khamenei est grièvement blessé depuis le 28 février, premier jour des raids, tout en restant très proche du nouveau dictateur. Sa ligne est elle aussi tracée : parvenir à un accord ou quitter la table des négociations, l’Iran étant prêt à utiliser le détroit d’Ormuz comme levier de pression international et à résister au «Grand Satan».
Deux médiateurs stratégiques
Tous deux sont les meilleurs médiateurs que leurs camps respectifs estiment pouvoir mobiliser à ce stade. Vance était la voix la plus sceptique et la plus opposée, au sein de l’administration Trump, au conflit contre la République islamique. Il redoutait les conséquences et le chaos régional qui pourrait en découler, soucieux notamment de ne pas contrarier la base MAGA, le noyau le plus fidèle et actif des partisans de Trump, qui, sous la devise «l’Amérique d’abord», cette base est hostile à l’interventionnisme militaire américaine et s’oppose aux guerres sans fin.
Ghalibaf, quant à lui, est l’un des rares dirigeants iraniens à pouvoir revendiquer à la fois expérience, réseaux d’influence et ambition nécessaire, surtout après la décimation des dirigeants de la théocratie lors des bombardements. Il jouit d’une crédibilité militaire auprès des Pasdaran, où il a dirigé l’armée de l’air dans les années 1990.
Il a également été commandant de la police iranienne et maire de Téhéran pendant douze ans, période durant laquelle il a supervisé la reconstruction après la guerre avec l’Irak. Ce profil non religieux est idéal pour assurer la liaison entre les secteurs législatif, militaire et économique iranien, et acceptable aussi pour États-Unis, qui le considèrent comme l’un des interlocuteurs les plus pragmatiques.
Des risques personnels élevés
Cependant, tous deux courent de grands risques. Vance fait face à l’épreuve diplomatique la plus importante en tant que vice-président. Le risque de prolonger un conflit qu’il n’a pas souhaité pourrait ternir son image en vue d’une candidature à la Maison Blanche.
Pour Ghalibaf également, ses ambitions personnelles pourraient être anéanties en cas d’échec, ce qui le rendrait extrêmement vulnérable face à la ligne dure des Pasdaran, déjà critique à l’égard du choix d’un conservateur pragmatique comme lui pour diriger la délégation iranienne.
Un enjeu qui dépasse la guerre
La situation est extrêmement délicate pour ces deux figures de proue choisies par les États-Unis et l’Iran. L’enjeu ne se limite pas à la fin (ou non) du conflit, mais concerne aussi l’avenir politique des deux hommes.
Une négociation sous condition
L’ouverture diplomatique reste suspendue à une équation fragile : si Téhéran négocie de bonne foi, Washington est prêt à desserrer l’étau et à privilégier une désescalade. Mais la méfiance demeure profonde. À la moindre tentative perçue de manipulation ou de temporisation, les États-Unis pourraient reprendre les opérations militaires, avec une intensité potentiellement accrue, afin de rétablir leur crédibilité et de dissuader toute stratégie dilatoire. «La marge de tolérance apparaît donc étroite, presque inexistante», estiime un observateur italien.
Le précédent stratégique d’Ormuz
La question du détroit d’Ormuz dépasse le seul cadre du conflit. En faire un levier durable au bénéfice du régime iranien reviendrait à entériner une forme de chantage géostratégique sur une artère vitale du commerce mondial. Un tel précédent pourrait nourrir des revendications similaires ailleurs (du Bosphore au canal de Panama) fragilisant l’équilibre des routes maritimes internationales.
Céder sur ce point ouvrirait une brèche difficile à refermer dans la gouvernance globale des passages stratégiques.
Vance face à ses contradictions
Pour JD Vance, nous déclare une consultante canadienne, «l’enjeu est autant politique que diplomatique. Opposé à l’origine à ce conflit, il se retrouve aujourd’hui en première ligne pour en négocier l’issue». Et notre interlocutrice d’ajouter : «une réussite pourrait asseoir son image d’homme d’État capable de transformer une guerre contestée en accord durable, un atout majeur en vue d’une candidature à la Maison-Blanche. À l’inverse, un enlisement ou une reprise des hostilités affaiblirait sa crédibilité, en exposant ses contradictions et en brouillant son positionnement auprès de son propre camp».
Pour Ghalibaf, c’est l’ultime pari
Pour Mohammad Ghalibaf, l’équation est plus brutale encore. Après plusieurs tentatives infructueuses pour accéder à la présidence, cette séquence diplomatique représente sans doute sa dernière chance de s’imposer comme figure incontournable du pouvoir iranien. Un accord renforcerait son image de dirigeant pragmatique et efficace. Mais en cas d’échec, il s’exposerait à une marginalisation rapide, sous la pression des courants les plus durs du régime. Ses ambitions pourraient alors s’effondrer définitivement.