(Rome, 29 mars 2026). Pris entre tensions internes et crises internationales, l’OTAN continue de démontrer sa résilience malgré des divergences persistantes entre alliés. Entre dépendance européenne, leadership américain et rivalités continentales, l’Alliance reste un pilier central de la sécurité occidentale, à condition de relever collectivement les défis à venir
Alors que la guerre fait rage au Moyen-Orient et que la crise internationale s’aggrave, des tensions historiques au sein de l’Alliance atlantique refont surface. Les propos virulents que les États-Unis continuent d’employer à l’égard de leurs partenaires, notamment en les accusant de manque de soutien dans le détroit d’Ormuz, illustre une fois de plus les turbulences qui traversent une organisation constamment marquée par des détentes importantes et de profonds désaccords. Un mariage fragile mais essentiel, que le professeur Lawrence S. Kaplan a minutieusement analysé en 2007 dans son ouvrage «NATO Divided, NATO United : The Evolution of an Alliance» («L’OTAN divisée, l’OTAN unie : l’évolution d’une alliance»), soulignant la nécessité incontournable de cette constellation d’acteurs unis par des valeurs communes mais souvent aux intérêts stratégiques divergents, écrit David Di Segni dans le quotidien «Il Tempo».
Entre dépendance européenne et leadership américain
D’un côté, les Européens, dépendants des armes américaines, accusent régulièrement les États-Unis d’exploitation, avant de déplorer leur politique de désengagement. De l’autre, Washington, qui pousse l’Europe à assumer davantage de responsabilités en matière de défense commune (Obama lui-même avait critiqué ses alliés pour leur comportement de «passagers clandestins») tout en freinant ses velléités d’autonomie stratégique, y voyant une limite à son influence sur le continent.
L’ancienne secrétaire d’État de Clinton, Madeleine Albright, avait d’ailleurs exhorté ses partenaires à éviter toute tentative de «duplication, de division et de discrimination». Ces contradictions sont parfaitement conformes à l’essence même de l’Alliance.
Celle-ci ne s’est pas dissoute lorsque le général Charles de Gaulle a transféré les bases et le quartier général de l’OTAN à Bruxelles, ni lorsque le président français Jacques Chirac et le chancelier allemand Gerhard Schröder se sont fermement opposés à la guerre en Irak. Pas même lorsque Donald Trump a récemment laissé entendre son intention de s’emparer du Groenland.
Tout cela alimente une dialectique interne visant à provoquer une réaction de l’autre partie. Rien de nouveau sur le front occidental, donc, mais simplement un nouvel épisode du bras de fer entre des rives qui ont jusqu’ici résisté à d’innombrables pressions afin d’assurer conjointement leur propre sécurité et leur capacité de dissuasion.
Une alliance indispensable malgré les tensions
Une réalité qui devrait rassurer nombre d’observateurs et déconcerter tous ceux qui, exploitant les désaccords entre chancelleries, militent pour la rupture du pacte. Cela signifie, comme l’explique Kaplan, que malgré les tensions, «la coopération transatlantique demeure essentielle pour relever les défis futurs» et que l’OTAN, «malgré les difficultés», n’a jamais renoncé à maintenir le lien qui unit ces deux mondes.
Cependant, poursuit l’auteur, cette dynamique risque de «devenir caduc si les responsabilités mondiales ne sont pas partagées». La solution n’est donc pas de reculer face à la tempête, mais de continuer à la traverser ensemble, avec un engagement renouvelé pour répondre à des enjeux complexes et urgents : le réarmement, la dissuasion et l’alliance occidentale.
Une Europe en quête de leadership
Ce sont des enjeux qui interpellent profondément notre continent, composé de pays en compétition pour le leadership régional : de l’Allemagne au Royaume-Uni, en passant par la France et l’Italie, une lutte interne se joue pour la première place.
Après la conférence de Téhéran de 1943, Winston Churchill déclara se trouver «aux côtés de l’ours russe et du grand buffle américain», et qu’il était le «pauvre petit âne anglais qui connaissait le chemin du retour». L’Europe connaît-elle encore le chemin du retour ?
Une unité à réinventer face aux défis du XXIe siècle
Loin d’annoncer sa fin, les tensions récurrentes au sein de l’OTAN témoignent paradoxalement de sa vitalité et de sa capacité d’adaptation. «Alliance de compromis autant que de convictions, elle ne peut perdurer sans un rééquilibrage des responsabilités entre ses membres et une vision stratégique réellement partagée», observe un ancien officier italien.
Dans un monde marqué par le retour des rivalités de puissance et l’accélération des crises, l’enjeu est non seulement de préserver le lien transatlantique, mais aussi de le redéfinir. Car si l’Alliance a jusqu’ici su traverser les tempêtes, sa solidité future dépendra de sa faculté à transformer ses divisions en moteur d’action commune.
Un héritage transformé depuis la fin du Pacte de Varsovie
Après l’effondrement du Pacte de Varsovie en 1991, l’OTAN a perdu son adversaire historique. Elle aurait pu disparaître, mais elle a choisi de se redéfinir : élargissement à l’Est, gestion de crises, lutte contre le terrorisme, puis retour à la défense collective face à la Russie.
De nouvelles alliances, mais un paysage fragmenté
Aujourd’hui, il n’existe pas de bloc unique équivalent au Pacte de Varsovie. À la place, on observe une multiplication de partenariats flexibles :
- Rapprochement stratégique entre la Russie et la Chine ;
- Organisations comme l’Organisation de coopération de Shanghai ;
- Formats économiques et politiques comme les BRICS.
Ces structures ne sont pas des alliances militaires intégrées comparables à l’OTAN, mais elles contribuent à un monde plus multipolaire et concurrentiel.
Réviser sans renier
L’enjeu n’est donc pas de «revoir sa copie» au sens d’abandonner son modèle, mais de l’actualiser. La force de l’OTAN repose justement sur ce paradoxe : une alliance stable dans ses principes, mais souple dans ses pratiques.
«Reste la question toujours ouverte : dans un monde sans blocs rigides mais riche en coalitions mouvantes, l’OTAN doit-elle rester une alliance défensive régionale, ou devenir un acteur stratégique global» ?, s’interroge encore le même officier. L’avenir nous le dira.