(Rome, 25 mars 2026). Lutter contre les émissions industrielles ne passe plus par leur seule réduction, mais aussi par leur transformation. En Australie, des chercheurs de la «RMIT University» ont mis au point une technologie capable de capter et convertir le CO₂ en une seule étape, ouvrant la voie à une production plus efficace de carburants durables. Une avancée prometteuse pour repenser le cycle du carbone, notamment dans des secteurs difficiles à décarboner comme l’aviation
La conversion du dioxyde de carbone en ressource industrielle constitue l’un des défis les plus complexes de la transition énergétique. Ces dernières années, de nombreuses approches ont tenté de transformer les émissions en produits utiles, mais souvent au prix de procédés fragmentés, énergivores et difficiles à appliquer à grande échelle. Une solution possible à ces défis vient de la technologie développée par des chercheurs de l’Université «RMIT» en Australie. Celle-ci propose un système intégré capable de combiner en une seule étape la capture et la conversion du CO₂ issu des gaz d’échappement industriels. Ces travaux, publiés dans «Nature Energy», visent à surmonter l’un des principaux obstacles des technologies de recyclage du carbone : la séparation entre l’élimination du carbone et sa transformation chimique, qui jusqu’à présent a augmenté les coûts, la complexité et les pertes d’énergie, explique Claudia Maria Iannello dans le portail italien «Inside Over».
Repenser entièrement le processus
L’équipe dirigée par le professeur Tianyi Ma a repensé l’ensemble du processus, partant du principe que l’efficacité dépend non seulement des matériaux ou des catalyseurs, mais aussi de l’architecture globale du système. Traditionnellement, le CO₂ doit d’abord être capturé, purifié et comprimé, puis converti dans une seconde étape. Chaque étape engendre des pertes d’énergie et des contraintes opérationnelles. L’approche de «RMIT», quant à elle, combine absorption et conversion électrochimique, réduisant ainsi le nombre d’étapes et rendant le processus plus compatible avec les environnements industriels réels, où les flux de gaz ne sont jamais parfaitement contrôlés.
Des gaz d’échappement aux précurseurs de carburant pour l’aviation
Cette technologie convertit le dioxyde de carbone en éléments chimiques de base pouvant ensuite être raffinés, grâce aux procédés industriels existants, en carburant d’aviation à faibles émissions ou en d’autres produits carbonés aujourd’hui issus principalement de sources fossiles. Cela positionne le système comme un maillon potentiellement révolutionnaire au sein d’une chaîne de production plus large, plutôt que comme une solution autonome.
L’un des points forts de cette approche réside dans sa flexibilité : le système de «RMIT» fonctionne sans nécessiter de CO₂ hautement purifié, une exigence qui a souvent limité l’applicabilité industrielle de nombreuses technologies de conversion. Comme l’a souligné le Dr Peng Li, auteur principal de l’étude, la recherche s’est concentrée sur la réduction des étapes de traitement et de la consommation énergétique globale, deux éléments clés pour rendre le recyclage du carbone viable sur les plans économique et technique.
Cet aspect est particulièrement pertinent pour les secteurs fortement émetteurs et difficiles à décarboner, tels que l’industrie lourde et l’énergie. La possibilité d’installer ces systèmes de conversion à proximité des sources d’émissions réduit les besoins en transport et en stockage de CO₂, améliorant ainsi l’efficacité globale du cycle.
Une contribution réaliste à la décarbonation
L’aviation demeure l’un des secteurs les plus complexes à décarboner : les limites technologiques des batteries rendent peu probable, à moyen terme, une adoption massive des avions électriques long-courriers, tandis que la demande mondiale en carburants durables pour l’aviation continue de dépasser l’offre. Dans ce contexte, la technologie développée à «RMIT» ne se veut pas une alternative radicale aux systèmes existants, mais plutôt une solution complémentaire capable d’élargir les options disponibles.
L’idée sous-jacente est de boucler, au moins partiellement, le cycle du carbone : utiliser les émissions générées par les procédés industriels pour produire les matières premières nécessaires aux carburants du futur. Cette méthode n’élimine pas les émissions à la source, mais elle contribue à réduire la dépendance à l’égard de l’extraction de nouvelles ressources fossiles, s’inscrivant ainsi dans une logique d’économie circulaire appliquée aux carburants. Selon l’analyse, l’intégration des processus permet de développer des systèmes de conversion moins énergivores que les approches traditionnelles. Ce résultat, bien qu’il ne résolve pas à lui seul le problème climatique de l’aviation, offre un outil supplémentaire pour y remédier progressivement et de manière techniquement compatible avec les infrastructures existantes.
De l’échelle du laboratoire à la validation industrielle
Pour vérifier la faisabilité du système en dehors du laboratoire, l’équipe de «RMIT» a conçu et réalisé un prototype de 3 kilowatts, testé dans des conditions proches de celles de l’industrie. Cette étape a permis d’évaluer non seulement l’efficacité du processus, mais aussi sa stabilité opérationnelle et sa compatibilité avec des flux de gaz réels. La prochaine étape consiste en la construction d’une installation pilote de 20 kilowatts, destinée à démontrer l’intégration du système aux sources d’émissions industrielles réelles.
Le développement à plus grande échelle est soutenu par un réseau de collaborations avec des partenaires industriels, notamment «Viva Energy», «Hart Bioenergy», «CO2CRC» et «CarbonNet». Toujours selon Tianyi Ma, ce passage à l’échelle industrielle doit se faire en étroite collaboration avec l’industrie, car seule une application concrète permet d’identifier les véritables limites et les axes d’amélioration. L’objectif est de réaliser un système de démonstration de 100 kilowatts d’ici cinq ans et d’atteindre une maturité commerciale d’ici six ans environ.
Un équilibre entre écologie et économie
D’un point de vue industriel, cette technologie est perçue également comme un compromis entre durabilité environnementale et viabilité économique. Comme l’a souligné Doug Hartmann de «Hart Bioenergy», l’innovation démontre que la réduction des émissions peut aller de pair avec une meilleure utilisation de l’énergie, sans pour autant négliger les contraintes économiques. Dans cette optique, la technologie «RMIT» ne constitue pas une solution définitive, mais plutôt un outil concret pour accompagner la transition énergétique, en intégrant les systèmes existants et en contribuant à réduire progressivement l’impact climatique des secteurs les plus difficiles à transformer.
«Si des défis subsistent, notamment en matière de déploiement à grande échelle et de compétitivité économique, cette approche s’inscrit dans une logique de transition progressive», indique une économiste italienne. Elle rappelle qu’en matière de décarbonation, l’accumulation de solutions complémentaires, même imparfaites, peut constituer un levier décisif pour accélérer le changement.
Une innovation de transition, pas une solution miracle
La technologie développée par la «RMIT University» illustre une évolution pragmatique dans la lutte contre le changement climatique : plutôt que de promettre une rupture immédiate, elle propose d’optimiser l’existant en valorisant des émissions déjà produites. En intégrant capture et conversion du CO₂ dans un même processus, elle ouvre des perspectives concrètes pour réduire l’empreinte carbone de secteurs difficiles à transformer.