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Iran : engagement des Marines et des moyens amphibies. L’analyse des scénarios de débarquement

(Rome, 23 mars 2026). Les États-Unis renforcent leur présence militaire au Moyen-Orient en déployant deux groupes amphibies et plusieurs milliers de Marines, alimentant les spéculations sur une possible opération contre l’Iran. Entre ambiguïté stratégique et démonstration de force, plusieurs scénarios sont envisagés, notamment autour des îles de Kharg et de Qeshm ou du détroit d’Ormuz, sans qu’une intervention directe ne soit confirmée

Les États-Unis ont mobilisé un deuxième groupe d’assaut amphibie, dans ce qui pourrait être une manœuvre préparatoire en vue d’un éventuel débarquement au Moyen-Orient. Le porte-hélicoptères d’assaut amphibie (LHD) de classe Wasp, l’USS Boxer, a quitté le port de San Diego le 18 mars, accompagné de deux autres navires d’assaut amphibie, l’USS Portland et l’USS Comstock, transportant la 11e unité expéditionnaire des Marines (MEU), soit environ 2.200 hommes. Ces trois navires forment un groupe amphibie prêt au débarquement (ARG), capable, avec une escorte adéquate, de mener des débarquements amphibies en territoire hostile, nous explique Paolo Mauri dans le quotidien «Il Giornale».

Les Marines sont déjà en route pour le Moyen-Orient.

Ce mouvement intervient quelques jours après la décision de déplacer un autre groupe d’assaut amphibie, centré sur le navire LHA (Landing Helicopter Assault) USS Tripoli, de classe America, depuis sa zone de responsabilité dans l’Indo-Pacifique (notamment la mer des Philippines) vers le Moyen-Orient. Ce groupe amphibie embarque également une unité expéditionnaire des Marines (MEU), la 31e, qui compte un effectif équivalent et un groupe aérien composé de F-35B, de V-22, d’hélicoptères d’attaque et de transport. Actuellement, le groupe amphibie «Tripoli» est fragmenté, les navires ne progressent pas de concert, et navigue dans l’océan Indien après avoir franchi le détroit de Malacca le 18 mars.

Au total, d’ici une quinzaine de jours, les forces américaines disposeront de 4.400 à 4.700 Marines entièrement équipés, ainsi que d’une brigade d’assaut amphibie comprenant divers véhicules et hélicoptères/drones. L’escorte serait assurée par le seul porte-avions actuellement présent dans la zone d’opérations suite au retrait du «Ford» en raison d’un incendie à bord, et par les destroyers déployés dans la région depuis plusieurs semaines, en plus des forces aériennes déjà présentes au Moyen-Orient.

Il semble que le départ du groupe amphibie «Boxer» a été accéléré, mais on ignore encore si le groupe se dirige réellement vers le Moyen-Orient ou s’il est destiné à opérer dans l’Indo-Pacifique, étant donné que ce secteur sensible du globe est actuellement dépourvu de forces navales américaines en mer, notamment en raison du redéploiement du groupe amphibie «Tripoli» et que le porte-avions «George Washington» est à quai à Yokosuka pour maintenance.

Ambiguïté tactique

Les déclarations de la Maison Blanche ne permettent pas de clarifier la destination réelle de ce dernier groupe amphibie d’assaut : selon des informations parues en fin de semaine dernière, l’administration Trump pourrait privilégier un blocus naval autour de l’île iranienne de Kharg, par laquelle transite une grande partie des exportations de pétrole, voire même l’occupation de l’île. L’objectif principal serait d’intensifier la pression sur Téhéran afin de le contraindre à rouvrir le détroit d’Ormuz.

De fait, les forces américaines ont mené des frappes d’envergure sur l’île dix jours auparavant pour neutraliser ses défenses. Cependant, le 20 mars, Trump a déclaré vouloir «désamorcer» le conflit, affirmant être «sur le point d’atteindre ses objectifs», citant notamment :

  • La «dégradation des capacités balistiques iraniennes» ;
  • La «destruction de son industrie de défense» ;
  • Et «l’élimination de la marine, de l’armée de l’air et des systèmes de défense aérienne de Téhéran».

Quelques heures plus tard, Trump lui-même a déclaré exclure «tout cessez-le-feu» avec l’Iran, tout en se disant ouvert au dialogue. Il a ajouté que la réouverture d’Ormuz ne serait qu’une «simple manœuvre militaire», tout en éludant la question de savoir s’il comptait déployer des troupes supplémentaires dans la région à des fins de dissuasion ou pour optimiser les capacités opérationnelles.

Le même jour, CBS News a rapporté que le Pentagone préparait minutieusement le déploiement de forces terrestres en Iran, citant plusieurs sources officielles anonymes.

Cette ambiguïté, sans aucun doute volontaire par les plus hauts responsables politiques et militaires américains, alimente les spéculations quant à un possible débarquement amphibie en Iran ; où pourrait-il avoir lieu ? Trois options opérationnelles possibles.

Première option : l’île de Kharg, une option séduisante mais risquée.

  • Située à 25 kilomètres de l’Iran ;
  • Une île est facilement défendable (missiles, drones, vedettes rapides) ;
  • Nécessite de traverser le détroit d’Ormuz et naviguer jusqu’au golfe Persique, une manœuvre qu’ils ne pourraient vraisemblablement pas accomplir sans une attaque iranienne.

Deuxième option : l’île de Qeshm 

  • Une vaste bande de terre située à proximité de l’Iran, le long du détroit d’Ormuz ;
  • Une zone déjà ciblée par des frappes américaines ;
  • Une distance maritime plus courte, mais toujours contestée.

Troisième option : la péninsule de Musandam (Oman)

  • Une opération qui nécessiterait l’accord d’Oman ;
  • Elle permettrait de sécuriser le trafic dans le détroit ;
  • La création d’une «bulle» de protection navale.

Une quatrième hypothèse  

Enfin, une quatrième et dernière possibilité, de nature purement politique, est que toutes ces manœuvres visent uniquement à exercer une pression sur Téhéran, lequel, toutefois, nous semble peu susceptible de céder à une telle stratégie diplomatique.

Une désescalade incertaine entre signaux contradictoires

Dans les dernières heures, la situation s’est encore compliquée sur le plan diplomatique. Donald Trump a évoqué l’existence de possibles «négociations» avec Téhéran, laissant entendre une ouverture vers une solution politique après plusieurs jours de démonstration de force militaire.

Cependant, cette affirmation a été rapidement démentie par Abbas Aragchi, haut responsable iranien, qui a rejeté toute discussion en cours, dénonçant une communication trompeuse destinée à influencer l’opinion internationale et à maintenir une pression psychologique sur la République islamique.

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Ce décalage illustre une stratégie désormais bien identifiée par les analystes : une combinaison de pression militaire maximale et de flou diplomatique, visant à créer une incertitude permanente du côté iranien. Selon plusieurs observateurs, le déploiement amphibie américain pourrait ainsi relever davantage d’une logique de dissuasion et de posture stratégique que de la préparation imminente d’un débarquement.

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Néanmoins, le risque d’escalade reste réel. La concentration de forces dans une zone aussi sensible que le détroit d’Ormuz, conjuguée à l’absence de canal diplomatique clair, augmente la probabilité d’incidents ou de malentendus pouvant dégénérer rapidement. Dans ce contexte, la situation apparaît plus que jamais instable, suspendue entre démonstration de puissance, guerre des narratives et hypothétiques ouvertures diplomatiques.

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