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Athènes s’engage avec Washington et Tel-Aviv : les conséquences pour l’OTAN

(Rome, 21 mars 2026). Des Patriot grecs interceptent un missile en Arabie saoudite, et le nouveau drone RQ-180 est déployé à Larissa. Ces deux faits confirment ce que l’on savait déjà : depuis 2019, le gouvernement américain mise, sur les plans militaire et géopolitique, sur la Grèce en raison de sa position stratégique. Une nouvelle plateforme au Moyen-Orient utile aux États-Unis et un carrefour pour les gisements gaziers de la Méditerranée orientale

Quel est le niveau d’implication de la Grèce (et donc de l’OTAN) dans la guerre contre l’Iran ? Deux événements concernant la Grèce dans les affrontements en cours ces derniers jours ont relancé le débat sur la manière dont les États membres de l’UE et de l’Alliance atlantique participent à la confrontation entre Téhéran et le duo Washington–Tel-Aviv, rapporte Francesco De Palo dans son décryptage dans le portail «Formiche.net». Le poids spécifique de la Grèce dans cette sphère géopolitique est bien défini depuis la première présidence de Trump, lorsque le secrétaire d’État de l’époque, Mike Pompeo, a signé un accord de défense avec le gouvernement grec prévoyant l’utilisation de quatre bases. Par ailleurs, le gouvernement grec fait partie du triumvirat formé avec Chypre et Israël fondé sur les questions énergétiques et de défense, sans oublier que le gouvernement de Kyriakos Mitsotakis a rapidement renforcé ses liens avec les pays du Golfe. Les actions récentes témoignent donc d’une continuité politique.

Le rôle défensif des missiles Patriot grecs

Une batterie de missiles Patriot grecs, stationnée en Arabie saoudite, a abattu deux missiles balistiques iraniens visant deux raffineries, selon l’état-major hellénique de la Défense nationale (GEETHA), à Yanbu, sur la côte saoudienne de la mer Rouge. Ce site est hautement stratégique, car il s’agit du terminal de l’oléoduc Est-Ouest qui permet à une partie des exportations de pétrole de contourner le détroit d’Ormuz. Dans le contexte du conflit avec l’Iran, cela en fait une cible potentielle.

A lire : Face au blocage du détroit d’Ormuz, Riyad et Abou Dhabi cherchent une alternative

En revanche, le ministère saoudien de la Défense n’a pas fait état d’une attaque au missile balistique sur Yanbu, mais a officiellement déclaré qu’un drone avait touché la raffinerie «Saudi Aramco Mobil» (SAMREF), située à environ 10 km au sud-est du site des missiles Patriot grecs.

Cette raffinerie est l’une des quatre cibles énergétiques que l’Iran a menacé d’attaquer le 18 mars en représailles à une frappe aérienne sur le champ gazier de South Pars : les deux autres sont :

  • Le complexe pétrochimique qatari de Mesaieed ;
  • La raffinerie de Ras Laffan ;
  • Et le champ gazier d’Al-Hisn aux Émirats arabes unis.

En marge du Conseil européen, le Premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, a qualifié l’épisode de «purement défensif» et l’a inscrit dans le cadre d’un accord bilatéral en vigueur.

Les Patriot sont stationnés en Arabie saoudite depuis 2021, suite à une décision du Conseil national de sécurité grec (KYSEA). «L’interception d’aujourd’hui était une action strictement défensive menée dans le cadre de l’accord que nous avons conclu avec l’Arabie saoudite», a-t-il déclaré, ajoutant que l’opération démontrait la capacité des forces armées grecques à intervenir dans des conditions complexes. «Si cette raffinerie, essentielle pour Riyad, avait été touchée, les prix du pétrole seraient aujourd’hui nettement plus élevés».

Le nouveau drone à Larissa

Un drone furtif RQ-180, initialement pris pour un bombardier américain B-2, a été aperçu dans le ciel de Larissa, ville du centre de la Grèce où est basée la 110e escadre de chasse. Il s’agit d’un événement est rare, compte tenu de l’importance et de la discrétion habituelle qui entourent ce type d’appareil. Il s’agit d’un drone qui opère à long rayon d’action et à haute altitude, utilisé pour des missions de renseignement, de surveillance et de reconnaissance. Plusieurs images prises par des citoyens en plein jour montrent l’appareil, de couleur sombre, en phase d’atterrissage. Selon certaines sources militaires, l’appareil aurait subi une panne en cours de mission et serait actuellement en réparation.

La base de Larissa revêt une importance capitale, car elle abrite des chasseurs F-16C/D Viper Block 52+ et différents types de drones américains. Depuis 2010, l’US Air Force utilise publiquement cette base pour des opérations de drones MQ-9 Reaper au-dessus de régions d’Europe et d’Afrique.

Les scénarios

Le projet de loi de défense Menendez-Rubio, datant de 2021, vise à rééquilibrer les forces atlantiques en Méditerranée, couvrant à la fois les Balkans et le Moyen-Orient. Ces objectifs sont soutenus par le nouveau statut géopolitique d’Athènes :

  • Point d’appui pour les navires et aéronefs américains ;
  • Nouveau destinataire de F-35 après l’acquisition de 24 Rafale français.

Cette loi visait à prolonger l’East Med Act afin de renforcer la coopération en matière de défense et moderniser les forces armées grecques.
Deux objectifs principaux étaient visés :

  1. Le premier déjà atteint : élargir le forum dit «3+1», qui regroupe les États-Unis, la Grèce, Israël et Chypre, à d’autres domaines d’intérêt commun. Conformément au projet de loi, le gouvernement américain devait soutenir les initiatives conjointes de coopération en matière de sécurité maritime avec ces trois pays, qui ont depuis longtemps formé une nouvelle alliance axée sur le gaz ;
  2. Le second non abouti : le gazoduc EastMed, destiné à transporter le gaz d’Israël vers le sud de l’Italie, qui devait consolider une nouvelle dynamique d’alliances entre Tel-Aviv, Nicosie et Athènes.

Ce projet s’inscrivait dans une stratégie de diversification énergétique de l’UE, en lien avec les gazoducs TAP et TANAP.  Mais après l’attaque du 7 octobre 2023, tout a été remis en question.

En définitive, «la Grèce s’affirme comme un pivot géostratégique majeur entre l’Europe, le Moyen-Orient et la Méditerranée orientale, au service des intérêts des États-Unis et de l’OTAN. Son implication, présentée comme défensive, renforce en réalité son rôle opérationnel dans la confrontation avec l’Iran», disent certains analystes. En combinant présence militaire, coopération énergétique et alliances régionales, Athènes consolide sa valeur stratégique mais s’expose davantage aux tensions régionales.

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