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Iran : avec la neutralisation des milices, l’heure du soulèvement sonne

(Rome, 18 mars 2026). L’élimination d’Ali Larijani et du chef des Bassij marque un tournant majeur dans la confrontation avec le régime iranien. Présentée comme une opportunité pour une insurrection populaire, cette opération pourrait ouvrir une nouvelle phase de déstabilisation, sur fond d’incertitude quant à la capacité réelle de la population à se soulever

Une élimination à portée stratégique

L’élimination d’Ali Larijani, ainsi que celle de Gholamreza Soleimani, chef des Bassij, constitue un tournant stratégique. C’est une invitation, une ouverture d’une nouvelle phase de la guerre où le peuple peut avancer vers une tentative de prise du pouvoir par une révolution de rue et, enfin, opérer un changement de régime.
Benyamin Netanyahu l’a d’ailleurs affirmé dans son message annonçant l’opération : «Nous avons agi pour déstabiliser le régime afin de donner au peuple iranien l’opportunité de le renverser». À vous de jouer. Il a également souhaité une nouvelle année de liberté. Cette dynamique pourrait aussi se développer dans les prochaines heures avec les feux traditionnels de la fête zoroastrienne de Chaharshanbe, interdits par le régime : Reza Pahlawi a, entre-temps, appeler la population à allumer ces feux, écrit Fiamma Nirenstein dans le quotidien «Il Giornale».

Une opération risquée et soutenue de l’intérieur

Avec l’élimination de Larijani, Israël inflige au régime iranien une seconde «décapitation» après, entre autres, celle de Khamenei : il s’agit d’un pari risqué, joué en quelques minutes, à deux mille kilomètres de distance, fondé sur des informations aussi précieuses que le soutien indéfectible que le Mossad reçoit des Iraniens souhaitant la chute du régime.
Ali Larijani s’était récemment montré en public lors de la marche de vendredi pour la Journée d’Al-Qods, puis en signant un document à la mémoire des marins iraniens tombés au combat, déclarant être prêt à mourir en martyr (chahid) à la recherche de la sainteté.

Un acteur central de la répression

Il était le représentant le plus important du régime. À la tête du Conseil suprême de sécurité nationale depuis août 2025, il dominait les décisions du régime :

  • Il orientait la stratégie impériale de l’Iran ;
  • La volonté de détruire Israël par le biais des groupes mandataires ;
  • La course au nucléaire ;
  • Le rejet de la trêve avec Donald Trump sur l’abandon de l’arme nucléaire ;
  • Les attaques contre les pays arabes.

Il était un bourreau sans scrupules. Sans lui, de nombreuses décisions meurtrières n’auraient pas été prises, au fil des années, contre quiconque aspirait à la liberté, dissidents, femmes, homosexuels. Le massacre de dizaines de milliers de personnes lui est certainement attribué. Son principal complice était le chef des Bassij, Gholamreza Soleimani, lui aussi éliminé à Téhéran. Sa milice représente la terreur quotidienne, ce tyran armé et sanguinaire, enturbanné, qui arrive à moto, porteur de mort.

Affaiblissement des milices

Alors que Soleimani était exécuté avec son adjoint Qassem Qureshi, un millier des Bassij ont également été éliminés dans différentes villes iraniennes. Ceux qui terrorisent la jeunesse sont désormais affaiblis, moins nombreux et gagnés par la peur.

Le profil de Larijani

Larijani n’est pas devenu Guide suprême uniquement faute de statut religieux ; mais parce qu’il était le seul à pouvoir commander simultanément le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), ou ce qu’il en reste, ainsi que Mojtaba Khamenei.

Tout en condamnant publiquement Israël et les États-Unis à la destruction, Larijani cultivait une image de modéré.
Sa famille était riche et corrompue :

  • Son frère était un juge éminent ;
  • Sa fille est professeure adjointe à l’Université d’Atlanta ;
  • Et son neveu étudie à l’Université Glasgow.

Mais lui, en revanche, a réprimé brutalement ses compatriotes lors de vagues de répression qui ont sévi de 2009 à nos jours. Un politicien rusé, déterminé à museler le peuple en le privant de liberté et de moyens de communication.

Climat actuel et incertitudes

Encore hier, des étrangers et des Iraniens ont également été arrêtés et les liaisons Starlink ont ​​été coupées. Il est impossible de prédire si sa disparition aidera la population à surmonter la peur après les récents massacres. Mais au moins, à présent, les gens se sentent soutenus, observés, et peut-être allumeront-ils les feux zoroastriens. Meilleurs vœux.

Conclusion : entre chute d’un homme et espoir d’un tournant

Ali Larijani disait aspirer à mourir en martyr : ce vœu trouve ici son accomplissement, dans une fin en cohérence avec la rhétorique qu’il portait publiquement. Mais son parcours reste indissociable d’une ligne politique dure et conflictuelle.

Ce parcours s’était notamment illustré en défiant ouvertement les autorités libanaises, y compris le ministre des Affaires étrangères Joe Rajji, en affichant son soutien au Hezbollah, relais central de l’influence iranienne dans la région. Cette posture s’inscrivait dans une stratégie plus large de confrontation avec plusieurs pays arabes, contribuant à alimenter les tensions régionales.

Sur le plan intérieur, vu par un analyste iranien résidant à Rome, son rôle dans la répression violente des contestations a profondément marqué la société iranienne. Les vagues de répression, souvent sanglantes, ont durablement fragilisé le lien entre le régime et son peuple.

Aujourd’hui, la neutralisation progressive des figures clés du pouvoir pourrait ouvrir une phase de recomposition. Si cette dynamique se confirme, elle pourrait également permettre un retour à une certaine stabilité régionale, notamment autour du détroit d’Ormuz, dont les blocages successifs ont lourdement pesé sur l’économie mondiale.

Reste à savoir si cette séquence marquera le début d’un véritable apaisement ou si elle engendrera de nouvelles incertitudes. Seuls les jours à venir nous en diront plus.

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