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Le silence des Houthis yéménites, absents du front, cache la manœuvre secrète de Téhéran

(Rome, 17 mars 2026). Le silence récent des Houthis sur le front régional intrigue les observateurs. Après avoir multiplié les attaques en mer Rouge et contre Israël, les rebelles yéménites semblent avoir ralenti leurs opérations. Entre les bombardements américains, les équilibres politiques au Yémen et les calculs stratégiques de l’Iran, leur retrait apparent pourrait en réalité cacher une stratégie d’attente plutôt qu’une véritable désescalade

Que sont devenus les Houthis ? Les rebelles yéménites étaient, du moins jusqu’à il y a quelques mois, parmi les acteurs les plus importants des tensions au Moyen-Orient, ainsi qu’un facteur majeur d’instabilité sur les routes maritimes régionales. Leurs opérations (des tirs de missiles contre Israël aux attaques contre des navires commerciaux) ont régulièrement mis sous pression le trafic entre le détroit de Bab el-Mandeb et le golfe d’Aden, l’un des passages les plus cruciaux pour le transit international du pétrole et des marchandises. Pourtant, aujourd’hui, alors que la guerre en Iran entre dans une phase de plus en plus tendue, les Houthis semblent avoir soudainement disparu des radars, écrit Federico Giuliani dans son décryptage dans «Il Giornale».

L’étrange silence des Houthis

Où sont passés les Houthis et, surtout, pourquoi ne participent-ils pas activement au conflit en cours ? Ce groupe, dirigé par Abdel-Malak al-Houthi, a été pendant des années l’un des acteurs les plus agressifs de «l’axe de la résistance» soutenu et armé par Téhéran.

Encore récemment, au plus fort de la guerre régionale déclenchée après l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, les miliciens yéménites avaient lancé des dizaines d’attaques contre des navires commerciaux et militaires, atteignant même des cibles près de Tel-Aviv. Au moment où nous écrivons ces lignes, leur activité semble en revanche réduite au minimum, malgré la montée continue des tensions dans la région.

L’immobilité apparente du groupe pourrait toutefois s’inscrire dans une stratégie bien plus calculée. Comme l’expliquait le «Financial Times», on ne peut exclure que les Houthis soient simplement en train de gagner du temps après avoir été durement frappés par les bombardements américains de 2025. Les opérations militaires américaines avaient en effet ciblé les infrastructures stratégiques et les réseaux de communication des rebelles yéménites, affaiblissant temporairement leur capacité opérationnelle. Cependant, certains analystes évoquent une décision concertée avec l’Iran, qui pourrait vouloir conserver les Houthis comme «réserve stratégique» en cas d’escalade. Autrement dit, le mouvement resterait pour l’heure en retrait afin d’éviter des attaques directes de Washington ou d’Israël, tout en conservant intacte sa capacité de frappe si nécessaire.

Une stratégie particulière

Certains indices suggèrent toutefois que les préparatifs militaires se poursuivent : selon des sources du renseignement citées par le «Financial Times», les rebelles renforcent leurs positions le long de la côte de la mer Rouge, notamment autour du port d’Al-Hodeïda, l’une de leurs principales plateformes logistiques. Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent des exercices militaires, des tirs de missiles et des messages de propagande visant les États-Unis et Israël.

Une autre explication tient à la situation politique et militaire intérieure au Yémen. Les Houthis contrôlent une grande partie du nord du pays et ont consolidé ces dernières années un équilibre fragile avec l’Arabie saoudite, leur principal rival régional. Après des années de guerre, Riyad a cherché à réduire son implication dans le conflit yéménite, en ouvrant des négociations indirectes susceptibles de déboucher sur un accord politique et économique avec les rebelles. Pour les Houthis, s’engager directement dans un conflit plus large contre les États-Unis et Israël risquerait de compromettre ce fragile processus diplomatique.
Un autre facteur entre en jeu : la survie du groupe est étroitement liée à la stabilité de son alliance avec l’Iran.
Si Téhéran venait à se trouver en difficulté dans sa confrontation avec Washington et Tel-Aviv, les Houthis pourraient devenir l’un des principaux instruments de pression dans la région, par exemple en perturbant le trafic maritime entre la mer Rouge et le golfe Persique ou en menaçant les infrastructures pétrolières saoudiennes.

Une «réserve stratégique» qui s’effrite

La disparition apparente des Houthis de la scène régionale a produit un effet paradoxal. Alors que leurs attaques en mer Rouge avaient profondément perturbé les routes maritimes internationales, leur silence actuel a momentanément réduit la pression sur ce front stratégique. Mais cette accalmie ne signifie pas nécessairement une désescalade durable : elle souligne surtout un repositionnement tactique dans un conflit régional devenu plus complexe.

Tout indique que les Houthis cherchent à gagner du temps. Entre les bombardements subis, la nécessité de préserver leurs capacités militaires et l’évolution du rapport de forces au Moyen-Orient, le mouvement semble temporiser dans l’attente d’instructions ou d’un contexte plus favorable. Pourtant, cette stratégie pourrait déjà arriver trop tard. Les développements récents, notamment l’élimination d’Ali Larijani, illustrent l’accélération de la confrontation et l’affaiblissement progressif de certains relais politiques et stratégiques liés à Téhéran.

Entre-temps, le contraste est frappant avec l’attitude d’un autre pilier de l’«axe de la résistance» : le Hezbollah. Là où les Houthis semblent observer un silence prudent, le mouvement libanais adopte au contraire une posture offensive, multipliant les actions au risque d’une escalade majeure. Cette divergence révèle des stratégies différentes, mais aussi les tensions internes qui traversent le réseau d’alliances soutenu par l’Iran.

A lire : Israël : le chef de la sécurité iranienne, Ali Larijani, tué

Enfin, la doctrine iranienne consistant à conserver certains alliés comme «réserves stratégiques» montre aujourd’hui ses limites. Si l’objectif était de disposer de leviers activables au moment opportun, la succession de coups portés contre les structures politiques et militaires iraniennes fragilise ce calcul.

«À mesure que les responsables et relais tombent les uns après les autres à Téhéran (et ailleurs), la capacité à coordonner et à mobiliser ces forces périphériques se réduit, laissant planer un doute croissant sur la viabilité de cette stratégie régionale», rapporte une source régionale bien au fait.

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