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Face à l’Iran, les Émirats arabes unis prêts à défendre leurs intérêts nationaux

(Rome, 17 mars 2026). À Trieste, en marge du forum IMEC organisé par le ministère italien des Affaires étrangères, le ministre d’État émirati Saeed Al-Hajeri a dénoncé plus de 2.000 attaques iraniennes contre des infrastructures civiles et a réaffirmé le rôle des Émirats dans le corridor indo-méditerranéen

Les Émirats arabes unis dénoncent l’agression iranienne tout en maintenant, pour l’heure, une posture défensive. Ils revendiquent par ailleurs leur droit de riposter s’ils le jugent nécessaire pour leur sécurité nationale. Tel est le message transmis par Saeed Al-Hajeri, ministre d’État auprès du ministère des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, s’adressant à la presse à Trieste en marge de l’événement organisé par le ministère des Affaires étrangères, intitulé «IMEC : Corridor indo-méditerranéen-opportunités pour les entreprises», comme le rapporte Emanuele Rossi dans le portail italien «Formiche.net».

Commentant la guerre en cours au Moyen-Orient, qui a atteint un nouveau paroxysme aujourd’hui avec l’annonce de l’élimination d’Ali Larijani (influent chef du Conseil de sécurité nationale iranien et chef de la structure des Bassidj), Al-Hajeri a dénoncé l’intensité des attaques subies par son pays.

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«Nous avons subi plus de 2.000 attaques, entre missiles, drones et missiles balistiques», a-t-il déclaré, qualifiant ces évènements d’«agression non provoquée venant d’Iran». Le ministre émirati a expliqué que les attaques visaient des infrastructures civiles, notamment des zones résidentielles, des centres commerciaux et des aéroports, faisant six morts et de nombreux blessés, y compris parmi les civils. Malgré cela, Abou Dhabi maintient sa stratégie de retenue.

«La sécurité de notre population et des citoyens résidant aux Émirats a été notre priorité», a expliqué Al-Hajeri, ajoutant que le pays maintient une posture défensive, dans l’espoir que la situation puisse se stabiliser.

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Le ministre d’Etat a toutefois précisé que les Émirats n’excluent pas d’autres options : «Nous nous réservons le droit d’entreprendre toute action que nous jugerons conforme aux intérêts de notre pays».

Ormuz et la sécurité mondiale

La crise dans le Golfe est directement liée à la sécurité énergétique mondiale. Pour Alhajeri, les tensions dans le détroit d’Ormuz, désormais partiellement compromis par les attaques iraniennes, représentent un problème qui dépasse largement le cadre régional. «Ce comportement agressif affecte non seulement les Émirats ou les pays du Golfe, c’est aussi une question mondiale», a-t-il déclaré. Sur ce plan, nous confie une source régionale, les pays du Golfe pourraient former un front uni capable de contenir, voire de neutraliser, le régime des mollahs, changeant radicalement la dynamique régionale, avec entre autre, l’émergence possible d’une «OTAN arabe».

Le détroit d’Ormuz demeure en effet l’un des points les plus critiques du commerce mondial de l’énergie : plus de 25 % de l’énergie mondiale transite par le golfe Persique.

Pour cette raison, la liberté de navigation et de commerce est désormais une priorité internationale, et de nombreux acteurs mondiaux suivent de près l’évolution de la crise, a expliqué le ministre d’État émirati. «La réouverture des routes commerciales à travers le détroit d’Ormuz est une priorité», a-t-il souligné.

Le rôle des Émirats dans l’IMEC

Dans le cadre des routes commerciales historiques du Moyen-Orient et des nouvelles voies commerciales entre l’Asie, le Moyen-Orient et l’Europe, les Émirats entendent jouer un rôle central, indépendamment du contexte sécuritaire actuel.

Al-Hajeri a rappelé que les Émirats figuraient parmi les promoteurs initiaux du Corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe (IMEC), annoncé lors du sommet du G20/2023 organisé par l’Inde.

Il a toutefois souligné qu’Abou Dhabi ne se considère pas comme un simple soutien politique au projet. «Nous nous voyons comme un acteur majeur de sa mise en œuvre». «Les Émirats ont déjà franchi des étapes concrètes en vue de la réalisation du corridor», a-t-il expliqué.

Selon le ministre, la force du pays réside dans ses capacités logistiques développées au cours des dernières décennies : les infrastructures portuaires, aéroportuaires et ferroviaires constituent un modèle d’intégration que les Émirats entendent mettre à profit pour ce projet. «Nous avons démontré notre capacité à obtenir des résultats concrets». «Nous souhaitons désormais voir davantage de projets tangibles», a-t-il expliqué.

Les relations avec l’Italie

Dans ce contexte, les relations avec l’Italie sont considérées comme stratégiques. Al-Hajeri a rappelé que les Émirats arabes unis sont le principal partenaire commercial de l’Italie au Moyen-Orient, et que Rome représente le principal partenaire européen d’Abou Dhabi, avec des échanges commerciaux dépassant 16 milliards de dollars.

Les relations économiques se développent principalement dans les secteurs de l’énergie et de la logistique, mais reposent également sur une longue tradition de coopération entre entreprises et sur un partenariat politique consolidé, a-t-il ajouté.

«Nos relations sont très profondes et historiques», a déclaré le ministre d’État émirati. «Il en va de même des relations entre nos peuples et de la proximité entre nos dirigeants». Par ailleurs, l’Italie a immédiatement mobilisé des ressources pour défendre ses partenaires du Golfe contre les représailles régionales par lesquelles Téhéran a répondu aux affrontements israélo-iraniens.

Sécurité et partenariats stratégiques

En définitive, les Émirats arabes unis affirment leur volonté de défendre leurs intérêts nationaux tout en privilégiant, pour l’heure, une approche de retenue face aux tensions avec l’Iran. Pour les analystes, dans un contexte régional marqué par l’incertitude et les risques pesant notamment sur le détroit d’Ormuz, Abou Dhabi insiste sur la nécessité de garantir la sécurité des routes énergétiques et commerciales mondiales.

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Parallèlement, les Émirats entendent renforcer leur rôle de plateforme logistique et économique, notamment à travers le projet «Corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe», tout en consolidant leurs partenariats stratégiques, notamment Rome.

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