(Rome, 06 mars 2026). La Maison-Blanche précise sa stratégie vis-à-vis de l’Iran : Washington exige une reddition inconditionnelle mais affirme ne pas viser un changement de régime. L’objectif serait plutôt de favoriser l’émergence d’une nouvelle direction issue de l’appareil d’État iranien, possiblement au sein des Gardiens de la Révolution, tandis que l’issue dépendra largement de la durée du conflit et de la capacité de résistance de Téhéran
Une capitulation sans condition, mais pas de changement de régime : les perspectives de l’administration Trump concernant l’Iran après la guerre semblent se préciser, du moins si l’on en croit les dernières déclarations de la Maison Blanche et du Département d’État, rapporte le portail italien «Askanews».
Cependant, «se préciser» ne signifie pas certainement simple ni évident, et la dynamique interne du pouvoir iranien se prête difficilement à une analyse claire. En substance, malgré le parallèle avancé par Trump lui-même, l’Iran n’est pas le Venezuela, et une transition de ce type paraît bien moins probable que ne le prétend le président américain.
Un changement de dirigeants plutôt qu’un changement de régime
Hier, lors d’entretiens avec ses homologues arabes, Marco Rubio a de nouveau souligné que l’objectif de Washington n’est pas tant un «changement de régime» qu’un changement de direction. L’idée serait de placer à la tête du pays une composante de l’appareil de l’Etat plus favorable à Washington et aux pays voisins. Il va de soi que, pour se maintenir au pouvoir, cette faction devra contrôler la force militaire, ce qui impliquerait une part importante des Gardiens de la révolution.
Le rôle possible des Gardiens de la Révolution
Dans le scénario envisagé par la Maison Blanche, le Pasdaran (ou du moins une aile suffisamment importante) assumerait ainsi un rôle comparable à celui de l’armée vénézuélienne, qui est restée solidement aux commandes des ressources pétrolières du pays. Le président Trump, quant à lui, a ajouté aujourd’hui qu’il n’avait aucune objection à une direction religieuse, pourvu qu’elle soit tout aussi conciliable ; et dans cette perspective, le choix, encore non officialisé, du nouveau Guide suprême constituera un signal important de la part de Téhéran.
Pas de négociations avant la reddition
Pour l’heure, Washington dément les rumeurs faisant état de médiation en cours émanant des dirigeants iraniens : Marco Rubio lui-même a souligné qu’à ce stade, des négociations risqueraient d’entraver les opérations militaires, défendant ainsi la thèse d’une reddition comme condition préalable au dialogue.
La durée du conflit, un facteur déterminant
Le facteur décisif semble donc être la durée du conflit : Marco Rubio a évoqué «plusieurs semaines», un rythme que les États-Unis (et Israël, sans parler des États du Golfe) sont peu susceptibles de pouvoir maintenir sur le long terme. Reste à savoir combien de temps Téhéran pense pouvoir résister et, le cas échéant, de s’asseoir à la table des négociations avec une position différente et plus ferme.
Un équilibre régional fragile
Au-delà de la confrontation directe entre Washington et Téhéran, l’évolution du conflit dépendra largement des réactions des puissances régionales, dont les intérêts divergent profondément. Deux acteurs apparaissent particulièrement attentifs à l’issue de la crise : la Turquie et Israël, précise un analyste européen.
La Turquie face au dilemme kurde
Pour Ankara, la principale inquiétude concerne la coopération entre les États-Unis et les forces kurdes, déjà expérimentée en Syrie dans la lutte contre l’État islamique. Cette coopération sur le dossier iranien est perçue par la Turquie comme une menace directe pour sa sécurité nationale, car Ankara considère de nombreux groupes kurdes armés comme terroristes.
Ankara se retrouve ainsi dans une position délicate :
- s’opposer frontalement à une stratégie américaine, au risque de créer une crise majeure au sein de l’OTAN ;
- Ou tenter d’influencer et d’encadrer ce processus, afin d’éviter l’émergence d’une entité kurde autonome susceptible d’alimenter les revendications kurdes en Turquie.
Israël entre opportunité stratégique et crainte d’un compromis
Pour Israël, la situation est différente mais tout aussi complexe. La guerre contre l’Iran représente une occasion stratégique d’affaiblir durablement l’axe pro-iranien, notamment à travers la neutralisation totale du Hezbollah au Liban et la réduction de l’influence militaire iranienne dans la région. Dans cette perspective, certains cercles stratégiques israéliens envisagent un remodelage plus large de l’équilibre régional, impliquant la désarticulation des réseaux armés liés à Téhéran et la consolidation d’un nouveau système d’alliances au Moyen-Orient. Un accord rapide entre Washington et Téhéran pourrait cependant compromettre cette stratégie. Si les États-Unis se contentaient d’obtenir une reddition ou des concessions politiques sans transformation structurelle du système iranien, Israël pourrait se retrouver face à un Iran affaibli mais toujours capable de rebondir et de soutenir ses mandataires régionaux.