(Rome, 05 mars 2026). À la faveur des tensions croissantes avec Téhéran, des milliers de combattants kurdes auraient lancé une offensive terrestre dans le nord-ouest de l’Iran, avec l’appui indirect de Washington. Entre stratégie américaine, réactions de la République islamique et position incertaine de la Turquie, la question kurde pourrait à nouveau peser lourd dans l’équilibre fragile du Moyen-Orient
L’heure de gloire des Kurdes a-t-elle sonné dans le cadre de l’opération «Rugissement du Lion» ? Selon Fox News, un responsable américain a déclaré que des milliers de combattants kurdes ont lancé une offensive terrestre contre l’Iran. L’information a également été relayée par «Axios», toujours sur la base de sources américaines, selon lesquelles l’offensive a débuté dans le nord-ouest du pays.
Comme par le passé, écrit Francesco De Palo dans le quotidien italien «Il Giornale», les forces kurdes pourraient une nouvelle fois devenir un facteur décisif dans l’équation stratégique, tantôt mobilisées contre Daech, tantôt combattues, à l’instar de la nouvelle Syrie de l’ancien djihadiste (devenu président syrien Ahmad al-Charaa). Aujourd’hui, elles ces forces entrent en action à la demande explicite de Washington. L’intention de la CIA est de les faire pénétrer en Iran par voie terrestre afin d’en faire la première ligne d’un soulèvement populaire dans un pays désormais privé de Khamenei, tout en créant une zone tampon pour Israël. Non seulement CNN rapporte cette hypothèse, citant de multiples sources, mais il semble que Donald Trump soit, depuis plusieurs jours, sur le point de prendre une décision finale d’envoyer de l’aide militaire nécessaire. Le président a même discuté de la question par téléphone avec les deux dirigeants : Massoud Barzani, du Parti démocratique du Kurdistan, et Bafel Talabani, chef de l’Union patriotique du Kurdistan (UPK).
Le véritable artisan de ce nouveau dialogue entre Washington et les Kurdes serait Benjamin Netanyahu. Pour cette raison, le Mossad aurait depuis longtemps mis en place des réseaux de renseignement au sein des groupes kurdes en Iran, en Irak et en Syrie. Reste à évaluer la capacité des Kurdes à déclencher une insurrection de grande ampleur, sans oublier que cette minorité a par le passé accusé Washington de l’avoir soutenue avant de l’abandonner, mais la réponse à ce plan semble déjà venir du terrain ; Trois drones lancés par les Pasdaran ont attaqué un camp de militants kurdes dans le district de Koysinjaq, en Irak, faisant un mort. Cela indique que la République islamique a bien identifié la provenance possible du danger. Elle réagit en conséquence, après avoir inscrit les groupes d’opposition kurdes sur la liste des organisations terroristes, les accusant de servir les intérêts de l’Occident et d’Israël.
Face à cette situation, le gouvernement du Kurdistan renforce ses défenses et, comme l’a expliqué un haut responsable à CNN, estime ne pas avoir d’autre choix : «C’est très dangereux, mais que pouvons-nous faire ? Nous ne pouvons pas nous opposer aux États-Unis. Nous avons très peur». Ce responsable révèle également que la CIA soutient ces groupes depuis plusieurs mois, dans le cadre d’une relation directe qui remonte à 2003, année de l’invasion de l’Irak. Il convient de rappeler que les Kurdes s’opposent à Téhéran depuis des années, opérant le long de la frontière, où les minorités kurdes d’Irak et d’Iran entretiennent des liens étroits.
Un facteur déterminant à ce stade pourrait toutefois être la Turquie d’Erdogan. Ankara a toujours été en conflit avec les Kurdes et le PKK, mais l’année écoulée a été marquée par un changement notable de politique : ouverture relative à la cause kurde dans le dossier syrien et ajustements internes dictés par des calculs électoraux. Il ne faut pas oublier qu’après 26 ans de détention, Abdallah Öcalan a lancé un appel vidéo appelant au désarmement du PKK, esquissant la vision d’une Turquie d’Erdogan et d’un Moyen-Orient à venir.
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Mais Erdogan pourrait difficilement rester neutre, d’autant plus après le missile reçu récemment. La variable kurde pèsera donc lourd dans l’équilibre régional, d’autant plus que la Turquie entendra avoir son mot à dire dans l’avenir de l’Iran sans Khamenei.
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Alors que la guerre entre Washington et Tel‑Aviv d’une part et Téhéran de l’autre, entre dans une phase plus étendue (entre frappes aériennes massives, missiles et drones) l’implication potentielle des groupes kurdes comme force au sol pourrait redessiner les équilibres sur le terrain. Selon plusieurs sources, des responsables américains ont discuté avec des dirigeants kurdes de soutien et de coordination, et l’idée d’appuyer des milices kurdes contre les forces iraniennes gagne en visibilité, malgré les dénégations officielles et les risques de représailles depuis Téhéran.