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Moyen-Orient : le président libanais demande à Emmanuel Macron d’intervenir auprès d’Israël

(Roma, 05 mars 2026). Israël a appelé les habitants de toute la banlieue sud de Beyrouth, l’un des bastions du Hezbollah pro-Téhéran où vivent des centaines de milliers de personnes, à quitter les lieux «immédiatement»

Emmanuel Macron veut «mettre un terme aux opérations militaires»

Le président français Emmanuel Macron a déclaré vouloir «établir un plan» visant à «mettre un terme aux opérations militaires» menées par le Hezbollah et Israël au Liban. Il s’est exprimé sur la plateforme X ce jeudi soir. «Tout doit être fait pour empêcher que le Liban soit à nouveau entraîné dans la guerre», a-t-il affirmé.

Le chef de l’État a expliqué avoir engagé plusieurs échanges diplomatiques afin de tenter de désamorcer l’escalade. «C’est pour enrayer la guerre et prévenir le pire que, dans la suite de mes échanges avec le président Donald Trump et le premier ministre Benyamin Netanyahu, je me suis entretenu aujourd’hui avec les autorités libanaises au plus haut niveau afin d’établir un plan en vue de mettre un terme aux opérations militaires que le Hezbollah et Israël mènent actuellement de part et d’autre de la frontière», a-t-il écrit, cité par la presse transalpine.

Un soutien militaire et logistique au Liban

Le président Macron a également annoncé un renforcement du soutien aux Forces armées libanaises. La France mettra notamment à leur disposition des véhicules de transport blindés, ainsi qu’un appui opérationnel et logistique. Préoccupé par le déplacement des dizaines de milliers de civils libanais fuyant le sud du Liban, «j’ai décidé l’envoi immédiat d’une aide humanitaire à leur attention», a-t-il écrit. Selon des sources françaises, plusieurs tonnes de médicaments sont en cours d’acheminement, accompagnées de solutions d’abri et d’assistance destinés aux populations déplacées.

Macron appelle le Hezbollah à renoncer aux armes

Dans son message, le président français a enfin adressé un avertissement aux «miliciens de Dieu». «Le Hezbollah doit renoncer aux armes, respecter l’intérêt national, montrer qu’il n’est pas une milice aux ordres de l’étranger et permettre aux Libanais de se rassembler pour préserver leur pays», a-t-il dit.

Le président libanais demande l’intervention de Paris                       

Plus tôt dans la journée, le président libanais Joseph Aoun avait demandé à Emmanuel Macron d’intervenir auprès d’Israël afin d’empêcher le bombardement de la banlieue sud de Beyrouth. Cette demande fait suite à un ordre d’évacuation lancé par Tsahal appelant la population à quitter la zone immédiatement, selon un communiqué de la présidence libanaise.

Un changement notable dans la position d’Emmanuel Macron

La déclaration du président français Emmanuel Macron appelant le Hezbollah à renoncer aux armes et à cesser ses opérations militaires marque un tournant dans sa communication politique sur la scène libanaise.

Par le passé, le chef de l’État français avait adopté un ton plus nuancé à l’égard du mouvement chiite, rappelant notamment que celui-ci disposait d’une représentation parlementaire issue du vote d’une partie de la population libanaise. Cette lecture mettait en avant la complexité du système politique du Liban, où plusieurs forces politiques (y compris le Hezbollah) participent aux institutions.

Dans ce contexte, l’appel explicite de Paris à un désarmement et à une responsabilité politique du Hezbollah peut être interprété comme une évolution du discours diplomatique français, face au risque d’une escalade militaire plus large.

Israël et le Hezbollah : un débat sur la symétrie des responsabilités

La volonté d’établir un plan visant à mettre fin aux opérations militaires «de part et d’autre de la frontière» place implicitement Israël et le Hezbollah dans une logique de responsabilité partagée dans l’escalade.

Cependant, cette lecture est contestée par certains observateurs et responsables politiques, qui estiment que cette équivalence peut être problématique. Ils soulignent notamment que le Hezbollah, acteur non étatique soutenu par l’Iran selon plusieurs analyses occidentales, est tenu par des engagements sécuritaires conclus après les affrontements précédents avec Israël.

A lire : Le Liban dans l’étau régional : entre l’enclume iranienne, le marteau américain, les frappes israéliennes et le rôle du Hezbollah

Dans cette perspective, le non-respect de certains arrangements de sécurité le long de la frontière serait, pour ces critiques, un facteur majeur ayant contribué à la dégradation de la situation. Le débat sur la symétrie entre un État et une organisation armée  reste ainsi au cœur des divergences d’analyse sur la crise actuelle.

Une initiative tardive de la présidence libanaise

La demande adressée par le président libanais Joseph Aoun à la France pour intervenir diplomatiquement intervient dans un contexte de tensions accumulées depuis plusieurs mois.

Plusieurs figures du camp souverainiste libanais, dont le pilier central Samir Geagea, chef des Forces libanaises, avaient déjà mis en garde contre les conséquences d’une confrontation prolongée entre le Hezbollah et Israël et appelé à désarmer cette milice. Des partenaires internationaux du Liban avaient également appelé à renforcer l’autorité de l’État et à éviter toute escalade militaire sur le territoire libanais, appelant également à désarmer cette milice.

Certains critiques considèrent aujourd’hui que la démarche présidentielle arrive tardivement, estimant que la pression politique sur le Hezbollah aurait pu être exercée plus tôt. Ils pointent également la composition de l’entourage politique du président, dans lequel figureraient, selon eux, des personnalités perçues comme proches du Hezbollah ou issues de l’ancien camp politique de Michel Aoun.

Un équilibre fragile pour l’avenir du Liban

Au-delà des initiatives diplomatiques, la crise actuelle rappelle la fragilité de l’équilibre politique et sécuritaire libanais. Entre pressions régionales, rivalités internes et risques d’embrasement à la frontière sud, le Liban reste confronté à une question centrale : celle du monopole de la force par l’État et de la capacité des institutions à préserver la stabilité du pays.

La position des acteurs internationaux, dont la France, ainsi que les choix politiques des dirigeants libanais dans les mois à venir pourraient donc jouer un rôle déterminant dans l’évolution de cette crise et dans la possibilité d’éviter une nouvelle guerre à grande échelle dans la région.

Quel avenir pour la classe politique libanaise en cas d’intervention terrestre israélienne ?

Si Tsahal devait entrer au Liban, les conséquences ne seraient pas uniquement militaires. Une telle opération bouleverserait également l’équilibre politique interne, déjà fragile. Plusieurs scénarios sont envisagés par les analystes.

Une forte pression sur les institutions libanaises

Une incursion israélienne placerait immédiatement les autorités de Beyrouth sous une pression extrême. Le président Joseph Aoun et le gouvernement seraient contraints de réagir rapidement pour préserver la légitimité de l’État face à la population (en colère).

Dans ce contexte, la classe politique pourrait être accusée par une partie des Libanais :

  • soit de ne pas avoir empêché l’escalade militaire ;
  • soit d’avoir toléré l’action de forces armées non étatiques sur le territoire.

Cette pression pourrait provoquer une crise politique majeure, allant de démissions à un remaniement profond du pouvoir.

Le Hezbollah au centre de toutes les tensions politiques

Le rôle du Hezbollah deviendrait alors l’enjeu central du débat national. Plusieurs forces politiques souverainistes, notamment celles liées à Samir Geagea et aux Forces libanaises, pourraient accentuer leurs critiques en affirmant que l’existence d’une milice armée parallèle à l’État expose le pays à des conflits régionaux.

Lire aussi : La loyauté du Hezbollah à l’Iran : le Liban face à un dilemme politique crucial

À l’inverse, le Hezbollah pourrait défendre sa stratégie en affirmant qu’elle constitue une résistance face à Israël. Ce clivage pourrait accentuer la polarisation politique déjà forte dans le pays du Cèdre.

(Par Paolo S. Roma)

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