(Rome, 03 mars 2026). Selon une enquête du Financial Times, les services de renseignement israéliens auraient combiné piratage de caméras urbaines, cyber-espionnage et missiles balistiques aéroportés pour localiser puis frapper le guide suprême iranien. Une opération clandestine attribuée à l’Unité 8200 qui aurait mobilisé des moyens technologiques et militaires d’une ampleur inédite
Du piratage de caméras de sécurité urbaines aux missiles balistiques aéroportés : c’est ainsi que les services de renseignement israéliens auraient coordonné la frappe contre le Guide suprême iranien.
L’élimination de l’ayatollah Ali Khamenei aurait été rendue possible par l’unité de renseignement militaire israélienne 8200 qui, selon la reconstitution publiée par le Financial Times, a piraté les caméras de circulation installées dans les rues de Téhéran, permettant ainsi à l’AMAN, la Direction du renseignement militaire, de coordonner la frappe pour atteindre l’endroit précis où se serait trouvé le Guide suprême de la République islamique d’Iran, nous explique Davide Bartoccini dans le quotidien «Il Giornale».
Une combinaison de «technologie et facteur humain» qui, selon d’autres versions, aurait impliqué l’espionnage américain, des avions de chasse israéliens capables d’emporter les armes de précision les plus efficaces et, surtout, la division de hackers militaires spécialisés dans le renseignement électromagnétique, l’analyse OSINT, le décryptage d’informations et de codes chiffrés ainsi que et la cyberguerre.
La capacité à s’infiltrer dans le système de contrôle et de surveillance du trafic routier aurait permis de suivre les mouvements autour du complexe abritant le centre de commandement iranien et Khamenei et ses proches collaborateurs. En surveillant les déplacements, en étudiant les détails et les habitudes, les cyber-espions auraient été capables de «reconstituer les déplacements» des dirigeants iraniens, afin d’attendre le moment opportun pour frapper. Echaudée par le fiasco du raid lancé contre les dirigeants du Hamas à Doha, les services de renseignement auraient suivi les traces et les horaires, reconstituant un itinéraire quasi quotidien. Ils auraient fini par «connaître Téhéran comme ils connaissent Jérusalem», ont confié des sources au journal britannique. Mais qui peut garantir qu’il ne s’agisse pas d’une fausse piste, d’une diversion destinée à brouiller les cartes, alors que, selon des versions précédentes, c’était la CIA qui avait suivi les déplacements de l’ayatollah pendant des mois et conseillé les Israéliens sur le «moment opportun» pour mener à bien la «décapitation» du régime iranien ?
Les Israéliens auraient littéralement «occupé» le réseau téléphonique, entravant les communications entre les forces de sécurité. Une fois qu’une source directe eut «confirmé la présence de Khamenei» dans le «bunker le plus profond», écrit Guido Olimpio dans le quotidien «Corriere della Sera», les chasseurs-bombardiers F-15 Baz, arborant l’étoile de David sur leurs ailes, ont lancé des dizaines de missiles «Sparrow», des missiles balistiques aéroportés de moyenne portée pouvant être équipés d’une ogive à forte pénétration, avec une portée effective de 2.000 kilomètres. Des missiles similaires à ceux utilisés lors du raid manqué sur Doha, lorsque les Israéliens avaient tenté de décapiter les dirigeants du Hamas, mais avaient manqué leur cible.
Cette fois-ci, les missiles auraient atteint leur objectif, pulvérisant le complexe en surface et pénétrant le béton armé des bunkers, amplifiant l’onde de choc de l’explosion et ne laissant aucune chance à Khamenei et à son entourage.
D’après le Financial Times, le plan d’élimination et les modalités de l’opération de la frappe remontent à un projet conçu et développé au début des années 2000 par Meir Dagan, alors chef du Mossad, sur ordre du Premier ministre Ariel Sharon.
Sa mise en œuvre a cependant été rendue possible plus de vingt ans plus tard, sous le contrôle de la direction d’Aman, sur ordre du Premier ministre Benyamin Netanyahu, grâce aux cyber-combattants de l’Unité 8200.
Une méthode appelée à se répéter ?
L’opération attribuée à l’Unité 8200 pourrait ainsi marquer un tournant stratégique : la combinaison du cyber-espionnage, de la surveillance numérique et des frappes de précision dessine une doctrine d’élimination ciblée qu’Israël semble désormais prêt à reproduire au-delà du théâtre iranien.
Les regards se tournent aujourd’hui vers le Liban, où les tensions s’exacerbent avec le Hezbollah. Malgré la décision du gouvernement libanais de mettre fin aux activités du parti de Dieu, les provocations et les accrochages à la frontière alimentent les craintes d’une escalade, voire d’une opération terrestre.
A lire : Liban : le gouvernement vient d’adopter ce que Samir Geagea réclame depuis des décennies
Plusieurs analystes estiment que, si le mouvement chiite persistait à défier militairement l’État hébreu, son leadership pourrait s’exposer à des opérations similaires, fondées sur le même triptyque : infiltration numérique, renseignement humain et frappes chirurgicales.