(Rome, 01 mars 2026). La montée des tensions militaires autour de l’Iran fait planer la menace d’un blocage du détroit d’détroit d’Ormuz, artère vitale par laquelle transite près d’un quart du pétrole mondial. Une fermeture prolongée de ce passage stratégique pourrait déclencher un choc énergétique majeur, déstabiliser les marchés et fragiliser en premier lieu l’Europe et l’Asie
Un choc énergétique mondial pourrait être imminent si la guerre déclenchée contre l’Iran par les États-Unis et Israël entraînait la fermeture prolongée du détroit d’Ormuz, une voie maritime étroite reliant le golfe Persique à la mer d’Arabie et constituant l’une des principales artères d’approvisionnement énergétique mondiales.
Entre l’Iran et les Émirats arabes unis, ce corridor concentre près d’un quart des flux mondiaux de pétrole transporté par mer et environ un quart des exportations de gaz naturel liquéfié (GNL). Des pays clés comme le Qatar, l’Irak, le Bahreïn et le Koweït en dépendent directement, explique Andrea Muratore dans «Inside Over».
La semaine dernière, Téhéran a simulé un blocage du détroit lors d’exercices militaires. Depuis l’intensification du conflit, les grandes compagnies énergétiques ont déjà réduit leurs opérations : plusieurs navires ont été immobilisés, les mouvements de pétroliers ralentis, et le trafic entrant dans la zone s’est fortement contracté.
«De nombreux tankers ont fait demi-tour avant d’atteindre le détroit. Les marchés scrutent désormais deux inconnues majeures», écrit Javier Blas, expert en énergie chez Bloomberg. «Une éventuelle pose de mines par les forces iraniennes, notamment le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), et la capacité de réaction navale américaine. Les États-Unis tiendront-ils leur promesse de neutraliser la marine iranienne ?» L’Institut ICIS estime que pour l’Europe, la menace est directe : une interruption des exportations de GNL qatari pourrait provoquer des pénuries rapides et une flambée des prix. Au-delà, c’est l’ensemble du système énergétique mondial qui se retrouverait sous tension. De manière générale, le système énergétique mondial surveille de près les répercussions systémiques potentielles d’une crise énergétique liée à la guerre contre l’Iran et ses conséquences mondiales potentielles.
L’Asie, première économie exposée
En juin, durant la guerre avec Israël, l’Iran a évité de fermer les routes du détroit d’Ormuz, une opération considérée comme un ultime recours, qu’en cas de menace existentielle pour la République islamique. Cette menace semble s’être concrétisée avec les attaques lancées le 28 février par l’armée israélienne et le Commandement central américain (CENTCOM), plongeant le Moyen-Orient dans l’inconnu.
Les économies asiatiques apparaissent particulièrement vulnérables. La Corée du Sud importe plus de 70 % de son pétrole du Moyen-Orient, dont l’essentiel transite par Ormuz. Les coûts du transport maritime ont déjà bondi, certains trajets dépassant 200.000 dollars par jour, un record depuis 2020.
Même exposition pour Taïwan, dépendant quasi entièrement du gaz importé, et pour le Pakistan. Quant à la Chine, elle absorbe à elle seule 38 % du pétrole et 20 % du GNL transitant par Ormuz.
Un risque systémique
Toutes les conditions sont réunies pour un choc énergétique et inflationniste à l’échelle mondiale. Une nouvelle menace potentielle pour l’économie internationale dans un contexte géopolitique de plus en plus agressif et menaçant, avec un effet domino sur les prix de l’énergie, l’inflation et la croissance. Transport, industrie, alimentation : aucun secteur ne serait épargné.
En clair, Ormuz n’est plus seulement un point géographique stratégique. C’est devenu le principal baromètre du risque économique mondial. Dans un contexte géopolitique toujours plus agressif, la moindre escalade pourrait déclencher une crise énergétique de grande ampleur, et une nouvelle onde de choc pour l’économie internationale.
En résumé, le scénario d’un blocage d’Ormuz impose d’ores et déjà une réflexion sur la diversification des routes d’approvisionnement, le renforcement des stocks stratégiques et l’accélération des alternatives énergétiques. Car au-delà de la crise actuelle, la dépendance structurelle à ce point d’étranglement maritime révèle une vulnérabilité durable de l’économie mondiale que les États ne peuvent plus se permettre d’ignorer.