(Rome, 28 février 2026). Fragilisé par des contestations internes et miné par ses divisions politiques, l’Iran fait face à une offensive israélo-américaine d’une ampleur inédite visant le cœur de son appareil d’État. Tandis que Benyamin Netanyahu appelle ouvertement les minorités à se soulever contre Téhéran, le régime dirigé par Ali Khamenei se retrouve confronté à une menace existentielle, entre guerre extérieure, risque de déstabilisation interne et spectre d’une fragmentation du pays
L’Iran aborde un défi vieux de 47 ans dans un état de santé plus que jamais dégradé, subissant l’assaut israélo-américain visant à décapiter son régime, quelques semaines seulement après des manifestations qui ont mis en lumière l’immense fragilité sociale et politique du pays et révélé le déclin de la République islamique et de son système de double pouvoir, dirigé par l’ayatollah Ali Khamenei et le président Massoud Pezeshkian, écrit Andrea Muratore dans «Inside Over».
L’attaque de Washington et de Tel-Aviv contre Téhéran, Qom, Ispahan et d’autres grandes villes aurait également visé Pezeshkian lui-même, que l’Iran affirme qu’il était vivant et aux commandes des opérations de riposte, tandis que des informations non confirmées, comme celles de la mort du chef d’état-major des forces armées iraniennes, Abdol-Rahim Moussavi, circulent sur les réseaux sociaux. Les premières heures et les premiers jours du conflit seront cruciaux pour déterminer si la République islamique peut soutenir un scénario de guerre d’envergure, encore plus vaste que celui auquel elle a été confrontée face à Israël en juin 2025, si le régime dispose de structures de commandement et de coordination capables de faire face avec une capacité de riposte adéquate, et si les infiltrations israélo-américaine ont une portée stratégique.
Pour l’heure, les éléments semblent contrastés : la réaction iranienne tarde à se manifester, les sirènes d’alerte aérienne sont parfois restées inaudibles, et le fait que les États-Unis et Israël aient frappé en plein jour démontre leur capacité à dominer l’espace aérien. De même, aucune information n’a filtré jusqu’à présent concernant des campagnes d’élimination de grande ampleur contre des officiers iraniens, comme celles qui se sont déroulées en juin, au cours desquelles des chefs militaires et des chercheurs nucléaires ont été décapités en quelques heures. Il faudra toutefois attendre pour comprendre si Téhéran a tiré les leçons de la guerre des Douze Jours. La décision de frapper dès les premières heures répond probablement aussi à la nécessité de trouver des cibles dans leurs zones d’opérations au cours d’une journée chargée en Iran, et de semer le plus grand chaos possible.
Entre-temps, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu a jeté de l’huile sur le feu, écrivant sur la plateforme X que «le moment est venu pour toutes les composantes du peuple iranien (Persans, Kurdes, Azéris, Baloutches et Ahwazis) de se libérer du joug de la tyrannie et de bâtir un Iran libre et en quête de paix», évoquant ainsi un scénario d’effondrement et de fragmentation de l’Iran par la guerre civile, un objectif longtemps caressé par les décideurs stratégiques de Tel-Aviv et qui boucle un cycle de trente ans.
En 1996, lorsque le dirigeant du Likoud, qui venait de former son premier gouvernement en Israël, discuta avec des faucons interventionnistes américains du document stratégique «une rupture nette : une nouvelle stratégie pour la sécurité du royaume», rédigé par une équipe de chercheurs néoconservateurs dirigée par le politologue Richard Perle, lesquels servirent dans l’administration de George W. Bush au début des années 2000, ce document proposait des lignes directrices pour faire tomber les régimes ennemis et confier le contrôle de la région aux États-Unis et à Israël. Telles étaient les prémisses d’une stratégie de changement de régime qui a toujours désigné l’Iran comme sa cible principale. Cette stratégie passait également par l’idée de démembrer cette nation de taille impériale, multiethnique et multiculturelle, attisant ainsi les flammes du nationalisme interne.
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Des think tanks à la politique concrète : le feu du séparatisme risque désormais de ronger l’Iran sous les bombes, déjà fragilisé par les manifestations et dirigé par une élite souvent déconnectée de la réalité. L’heure la plus sombre du régime est arrivée. Le moment attendu depuis 47 ans : la guerre existentielle pour l’avenir de la République islamique. Rien ne dit que le conflit déclenché par les bombes de Washington et de Tel-Aviv ne restera limité à l’Iran, surtout si Téhéran perçoit la dimension existentielle de l’enjeu.
L’épreuve de vérité pour la République islamique
Sous les frappes israélo-américaines et la pression d’une contestation intérieure jamais totalement éteinte, le pouvoir iranien joue désormais sa survie. Si Téhéran parvient à préserver sa chaîne de commandement et à afficher une capacité de riposte crédible, le régime pourra encore s’appuyer sur le réflexe national face à l’agression extérieure. Mais si les fractures politiques, sociales et ethniques s’approfondissent, l’offensive voulue par Benyamin Netanyahu pourrait transformer la guerre en processus d’érosion interne. Pour Ali Khamenei et ses alliés, l’heure n’est plus à la projection de puissance, mais à une question plus fondamentale : préserver l’État ou risquer la fragmentation. De l’issue de cette séquence dépend non seulement l’avenir de la République islamique, mais aussi l’équilibre stratégique de tout le Moyen-Orient.
Un vide stratégique aux répercussions régionales
Si elle venait à être décapitée, la République islamique ne laisserait pas seulement un vide à Téhéran, mais dans l’ensemble de son réseau d’influence au Moyen-Orient. Ses mandataires se retrouveraient orphelins, à commencer par Hezbollah, privé de son principal soutien financier, militaire et logistique. Un tel affaiblissement ouvrirait une fenêtre politique rare pour le pays du Cèdre, où certaines forces appellent depuis longtemps à réaffirmer le monopole de l’État sur les armes. Des responsables comme Samir Geagea pourraient alors trouver un terrain plus favorable pour exiger l’application des accords prévoyant le désarmement du mouvement chiite. La chute ou l’affaiblissement durable de Téhéran dépasserait ainsi largement le cadre iranien : elle redessinerait l’équilibre des forces de Beyrouth à Bagdad, et pourrait rebattre les cartes de toute la région.