(Rome, 27 février 2026). Entre optimisme de façade et menaces à peine voilées, les négociations entre Téhéran et Washington s’enlisent dans la méfiance. Tandis que l’Iran propose un gel partiel de son programme nucléaire, les États-Unis exigent un démantèlement total. Sur fond de répression interne, de missiles balistiques et de déploiement militaire massif au Moyen-Orient, il semble que le spectre d’un affrontement direct plus proche et que le sort soit désormais scellé
En réalité, qu’on le veuille ou non, le sort semble scellé. C’est un fait : beaucoup dépend encore de l’appel téléphonique entre Trump et ses émissaires, Witkoff et Kushner, à la suite des deuxième et troisième cycles de négociations de Genève qui se sont tenus hier. La réunion, qui se déroule dans la résidence du consul omanais sur le front de mer, est en fait le théâtre d’une négociation délicate et opaque : les Iraniens tentent de dissuader Trump de croire que l’Iran joue le jeu dangereux de la puissance nucléaire et du terrorisme international, mais ils le font dans un contexte marqué par la violence inouïe avec laquelle des dizaines de milliers de manifestants, la fierté du pays, ont été tués, écrit Fausto Biloslavo dans «Il Giornale».
Abbas Araghchi, le ministre des Affaires étrangères, tout comme son homologue omanais Badr Al-Boussaidi, le médiateur, tente d’afficher un optimisme feint, mais celui-ci reste empreint de pessimisme. Khamenei déclare que si les discussions se limitent au dossier du nucléaire, un accord est envisageable. L’option proposée par Téhéran : un arrêt de 3 à 5 ans du programme nucléaire, sauf pour un enrichissement à 1,5 %, bien loin des 60 % auxquels l’uranium iranien (environ 450 kilos) est presque prêt pour des bombes atomiques ; ce stock serait désormais déposé dans un lieu surveillé par un consortium bilatéral.
Mais nous sommes loin de pouvoir satisfaire Trump ou gagner en crédibilité. Le secrétaire d’État Marko Rubio et le vice-président J.D Vance l’ont affirmé : «L’Iran a été averti de ne pas recommencer, et pourtant, il s’est remis sur pied ; aujourd’hui, il prépare le terrain pour recommencer». La proposition américaine, quant à elle, est draconienne : le démantèlement de Fordow, Natanz et Ispahan, et l’arrêt définitif de l’enrichissement. L’Iran affiche une bonne humeur de façade, mais la chaîne de télévision anti-régime «Iran International» a révélé que les discussions avaient été tendues, évoquant la fermeté américaine.
Ainsi, un affrontement frontal semble se profiler, au-delà des sourires protocolaires, comme l’ont montré les propos de Trump lors de son discours sur l’état de l’Union, lorsqu’il a affirmé qu’il ne permettrait jamais à l’Iran de se doter de l’arme nucléaire. Par conséquent, la réponse ne doit comporter aucune ambiguïté ni incertitude quant à l’avenir, sous peine de faire paraître le président faible et naïf. Il reste par ailleurs très irrité par les récents rapports faisant état d’affrontements avec des manifestants et par le nombre total de victimes.
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Deux autres éléments entrent en jeu : les missiles balistiques et les groupes mandataires armés. L’Iran, a également déclaré Trump, est le premier État sponsor du terrorisme, et de ce fait, il doit être éliminé. Cela place ce pays parmi les ennemis qui planifient activement des agressions contre les États-Unis et l’Occident. Sur ce point également, Rubio l’a clairement expliqué. L’Iran possède «un nombre considérable de missiles balistiques qui menacent les États-Unis et développe des armes pointées vers nous, tout en étant déjà capable d’atteindre des villes européennes». Il est difficile, voire impossible, d’imaginer une réponse sincère à des décennies de menaces et de mensonges, motivés par la nécessité religieuse d’éliminer ou de convertir les ennemis de l’islam.
Autre facteur notable : l’impressionnant déploiement de forces militaires dans la région, avec des porte-avions, son arsenal de F-35, F-15, F-16, et même le fleuron de l’aviation, le F-22. Comme Trump craint que ses concitoyens ne comprennent pas pourquoi ils doivent combattre à des milliers de kilomètres de distance, le portail «Politico» a émis l’hypothèse que l’idée qu’Israël ouvre la voie ne lui déplairait pas.
Sur un ton inhabituel, Benyamin Netanyahu a recommandé de passer la fête de Pourim, la fête juive, mardi et mercredi, en famille, en sécurité et unis. Cela ressemble à une étrange bénédiction : un message pour ceux qui, chaque soir, s’endorment et prêts à bondir du lit au son des sirènes.
Une guerre par procuration au bord de l’embrasement régional
Derrière les négociations officielles et les formules diplomatiques, c’est en réalité un rapport de force brut qui se dessine entre Israël, l’Iran et les États-Unis, chacun convaincu que l’autre ne comprend que le langage de la dissuasion, voire de la force. La question nucléaire n’est plus qu’un volet d’un affrontement plus vaste : elle s’entremêle aux missiles balistiques, aux milices alliées, aux frappes ciblées et à une guerre de l’ombre qui dure depuis des années.
Un conflit aux multiples fronts
Plusieurs sources affirment que Téhéran privilégie la pression indirecte par l’intermédiaire de ses relais régionaux. Au premier rang figure le Hezbollah, bras armé stratégique au Liban, bien que décapité par Tsahal, capable d’ouvrir un front immédiat contre Israël et de transformer toute frappe préventive en conflit généralisé. Cette logique de «guerre par procuration» permet à Téhéran de menacer sans apparaître en première ligne, tout en maintenant une capacité de riposte crédible.
Face à cela, Israël refuse toute ambiguïté : empêcher coûte que coûte l’émergence d’un Iran nucléaire demeure une ligne rouge existentielle. Les États-Unis, garants ultimes de la sécurité israélienne et de l’équilibre régional, oscillent entre la tentation diplomatique et la démonstration de force militaire, conscients qu’un retrait serait perçu comme un aveu de faiblesse mais qu’une frappe pourrait embraser tout le Moyen-Orient, estiment certains analystes.
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Ainsi, plus que la paix, c’est l’équilibre de la peur qui prévaut. Chaque camp teste les limites de l’autre, accumule les moyens de pression et se prépare au pire.
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