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Moyen-Orient : Brad Cooper, l’amiral visionnaire et stratège au cœur des scénarios américains contre l’Iran

(Rome, 22 février 2026). Innovation, retenue tactique et diplomatie prudente : l’amiral Brad Cooper,  qui se retrouve au cœur d’un moment stratégique décisif, incarne un nouveau style de commandement à la tête du CENTCOM. Mais alors que les États-Unis massent des forces inédites depuis la guerre d’Irak aux abords de l’Iran, cet officier au profil discret pourrait devoir arbitrer la décision la plus lourde de conséquences : lancer (ou contenir) une offensive militaire. À 59 ans, l’amiral tient peut-être entre ses mains la prochaine décision de guerre américaine

Alors que Donald Trump ordonne le renforcement du déploiement militaire américain près de l’Iran, le Commandement central américain (CENTCOM) évalue toutes les options sous la direction de l’amiral Brad Cooper, 59 ans, l’homme qui dirige les opérations du CENTCOM et qui serait en charge d’une éventuelle opération militaire contre la République islamique, écrit Andrea Muratore dans «Inside Over».

Qui est Brad Cooper ?

Premier officier de l’US Navy à commander la structure américaine responsable du Moyen-Orient depuis William J. Fallon en 2008, Cooper a pris ses fonctions après le départ de Michael Kurilla, son prédécesseur et responsable de l’attaque de juin 2025 contre les sites nucléaires. Contrairement à Kurilla, dont les liens étroits avec les appareils militaires israéliens et les penchants interventionnistes très marqués étaient manifestes, Cooper est un homme d’action au profile plus discret et doit, à ce stade, considérer de nombreuses options.

Pour cet officier de la Marine originaire de Salem, en Caroline du Nord, diplômé de l’Académie navale des États-Unis, de l’Université nationale du renseignement et de Harvard, l’épreuve la plus critique d’une longue carrière débutée il y a 36 ans pourrait bien être sur le point de se présenter. Celle-ci l’a conduit à servir comme officier de la Marine pendant la guerre du Golfe, au Kosovo et en Afghanistan entre les années 1990 et 2000, et, plus récemment, a commandé les forces navales de l’opérations «Prosperity Guardian et Poseidon Archer» contre les Houthis du Yémen en 2024, après avoir assumé en 2021 le commandement de la Cinquième Flotte américaine.

En août dernier, il a franchi un cap en prenant la tête du commandement des forces de combat basé à Tampa, en Floride. Dès le départ, Cooper s’est présenté comme un innovateur. Cet ancien aide de camp du commandant du porte-avions USS Dwight D. Eisenhower et commandant du destroyer USS Russell et du croiseur USS Gettysburg ambitionnait à se forger cette image d’innovateur.

Le commandant du CENTCOM et ses défis

Lors de son audition de confirmation au Congrès, il a estimé essentiel de faire de la numérisation des commandements et de l’usage de l’intelligence artificielle dans les unités une priorité, déclarant : «Ayant commandé la première force opérationnelle de la Marine américaine spécialisée dans l’intelligence artificielle et les systèmes sans pilote, je connais parfaitement les capacités du secteur technologique d’élite américain. Je suis convaincu que nous devons exploiter au maximum ce secteur et l’intégrer au plus vite, car nous avons un potentiel considérable».

De plus, il a souligné la volonté de «lancer de nouvelles initiatives renforçant notre supériorité grâce à l’emploi de technologies de pointe, notamment les plateformes sans pilote basées sur l’intelligence artificielle et l’intégration numérique». La réalité s’est révélée bien plus prosaïque, et Cooper dut superviser une consolidation navale sans précédent depuis la guerre d’Irak de 2003, tant en termes de capacités aériennes que navales, dans un cadre stratégique profondément transformé.

Aujourd’hui, Cooper commande le plus important déploiement de navires de guerre américains depuis l’attaque contre Saddam Hussein. Si l’USS Abraham Lincoln était rejoint par les porte-avions Gerald Ford et George H. W. Bush, ainsi que leurs groupes aéronavals respectifs, il s’agirait de la plus grande flotte opérationnelle depuis la guerre du Vietnam.

Parallèlement, cette puissance est confrontée à la menace potentielle de la dissuasion iranienne fondée sur les missiles et les drones en cas de conflit direct avec le régime des mollahs. Elle symbolise ainsi l’ambivalence de la suprématie militaire américaine, mise à l’épreuve par des moyens asymétriques. Il va de soi que, par conséquent, l’ampleur des déploiements militaires dans la région s’accompagne d’une prudence substantielle quant à leur positionnement à proximité de Téhéran.

Cooper, militaire et diplomate

Cooper adopte une approche moins offensive que Kurilla et joue un rôle de proconsul régional, d’abord soucieux de réduire les risques au cas où Washington donnerait l’ordre de frapper.

Fait significatif, il a participé aux premiers pourparlers indirects avec l’Iran à Mascate, capitale d’Oman, le 6 février dernier. Un test à la croisée de la stratégie et de la diplomatie, qui est intervenu quelques semaines seulement après un effort diplomatique similaire mené lors de négociations avec la Turquie et la Syrie concernant l’intégration des Forces démocratiques syriennes (FDS), à dominante kurde, au sein de la nouvelle armée de Damas. Cooper a ainsi pu constater de près un nouvel équilibre géopolitique où les États-Unis et Israël ne sont plus les seuls à décider des rapports de force régionaux.

Cette prise de conscience soulève des doutes quant au potentiel décisif d’une action militaire qu’il pourrait être amené à commander dans des circonstances extrêmes. Ceci illustre le grand dilemme, toujours d’actualité, des plus hauts gradés militaires américains : proconsuls d’un empire qui décide depuis le centre de dynamiques potentiellement explosives pour ses périphéries, et pour l’ordre mondial lui-même.

Une armada américaine sous contrainte

À la tête du CENTCOM, Brad Cooper commande aujourd’hui la plus vaste concentration navale américaine depuis deux décennies : porte-avions, groupes aéronavals, capacités aériennes et drones forment une démonstration de puissance rare. Mais cette supériorité matérielle se heurte à une autre logique, asymétrique : celle de la dissuasion iranienne, fondée sur missiles, drones et relais régionaux, au premier rang desquels le Hezbollah au Liban, bras armé de Téhéran au Levant, capable d’embraser le front israélo-libanais et d’élargir instantanément tout conflit, précisent plusieurs experts militaires régionaux.

Dans ce contexte, disent d’autres analystes, Cooper apparaît non seulement comme un chef de guerre, mais comme un proconsul chargé de tenir l’équilibre d’un ordre régional fragmenté. Présent aux discussions indirectes avec l’Iran à Mascate, engagé dans les tractations avec Ankara et Israël autour de l’avenir des Forces démocratiques syriennes, il avance autant sur le terrain diplomatique que militaire. Comme si, au Moyen-Orient, la puissance américaine ne suffisait plus à décider seule, et que la mission première du commandant n’était plus de vaincre, mais d’empêcher que la guerre ne déborde.

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