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L’Iran organise sa défense en vue d’un affrontement avec les États-Unis : les sites nucléaires sous «bouclier»

(Rome, 19 février 2026). Face à la perspective de frappes américaines imminentes, Téhéran renforce ses défenses militaires, disperse ses forces et protège ses installations nucléaires. Entre démonstrations de puissance dans le détroit d’Ormuz, doctrine de «défense en mosaïque» et surveillance accrue de la population, la République islamique se prépare à un affrontement direct avec les États-Unis. Selon CBS News, l’armée américaine est prête à attaquer Téhéran «dès samedi»

Les signes d’une possible opération militaire américaine imminente contre l’Iran se multiplient d’heure en heure. Selon CBS News, de hauts responsables de la sécurité nationale ont informé Donald Trump que l’armée américaine est prête à mener des frappes contre le régime des ayatollahs «dès samedi», même s’il est probable que le calendrier de toute action s’étende au-delà de ce week-end. Les discussions concernant le dossier, indique CBS, sont décrites comme «fluides et en cours», et le président américain n’a pas encore pris de décision définitive quant à une éventuelle frappe. Ces révélations de CBS sont confirmées par des comptes rendus similaires publiés par le New York Times et le Wall Street Journal, écrit Valerio Chiapparino dans le quotidien Italie «Il Giornale».

Alors que la presse américaine souligne que les États-Unis ont rassemblé au Moyen-Orient la plus grande puissance aérienne dans la région depuis l’invasion de l’Irak en 2003, les déclarations officielles de Washington laissent entendre que les négociations entre Washington et Téhéran (dont le dernier round s’est tenu mardi à Genève) n’aboutissent pas aux résultats escomptés. La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a déclaré lors d’un point de presse qu’«il existe de nombreuses raisons et arguments pouvant justifier une attaque contre l’Iran». Presque simultanément, le vice-président J.D. Vance a averti que les pourparlers en Suisse «se sont bien déroulés» à certains égards, mais «sur d’autres, il est très clair que les Iraniens refusent toujours de reconnaître et de respecter les lignes rouges fixées par Trump».

Les autorités iraniennes sont conscientes qu’une nouvelle opération militaire américaine, après celle de juin dernier, pourrait être imminente. A la différence cette fois-ci que, pour le régime, les enjeux pourraient être considérablement plus importants, mettant en péril la survie même de la République islamique. L’Iran se prépare donc à une confrontation existentielle et, selon le Wall Street Journal et le The Jerusalem Post, a déjà pris une série de mesures en prévision d’un conflit avec les États-Unis.

Téhéran, toujours selon le journal italien, déploie ses forces militaires, disperse le pouvoir décisionnel et renforce ses sites nucléaires pour faire face à ce que les analystes qualifient de plus grave menace militaire pour le régime depuis 1988, date de la fin de la guerre de huit ans contre l’Irak. L’Iran aurait déployé des unités navales des Gardiens de la révolution dans le détroit d’Ormuz, tandis que les médias iraniens ont diffusé des images de missiles de croisière tirés depuis des bateaux et des camions le long des côtes. Ces initiatives et ces images montrent clairement qu’en cas de conflit, Téhéran pourrait bloquer cette voie maritime stratégique par laquelle transite environ un cinquième des réserves mondiales de pétrole. Par ailleurs, des exercices navals conjoints avec les Russes et les Chinois sont prévus aujourd’hui dans le détroit. Ces manœuvres avec ces alliés se dérouleront non loin du porte-avions américain USS Abraham Lincoln.

Les médias de la République islamique font état d’autres exercices récents ciblés au cours desquels le régime théocratique a testé ses systèmes de défense aérienne. The Jerusalem Post rapporte qu’à la fin du mois de janvier, des forces terrestres des Gardiens de la révolution ont été déployées à travers l’Iran pour protéger des installations de missiles stratégiques réparties sur le territoire. Le régime possède environ 2.000 missiles balistiques de moyenne portée capables d’atteindre Israël, ainsi que d’importants stocks de missiles à courte portée pouvant atteindre les bases américaines situées dans le Golfe et les navires déployés dans le détroit d’Ormuz.

Un facteur clé sur lequel le régime des mollahs compte pour contrer une attaque américaine, est sa stratégie de «défense en mosaïque», vieille de 20 ans, qui confère aux commandants militaires l’autonomie nécessaire pour donner des ordres à leurs unités, même en cas de rupture de la chaîne de commandement. La dispersion des sites de missiles est essentielle à cette stratégie. Ce n’est pas un hasard si, début février, les Gardiens de la révolution ont annoncé leur intention de réactiver la «doctrine de la mosaïque».

D’autres initiatives iraniennes sont à noter en matière de défense des sites nucléaires. D’après des images satellites publiées par l’«Institute for Science and International Security» (l’Institut pour la science et la sécurité internationale), la République islamique a réalisé des travaux sur des sites liés à son programme nucléaire afin de mieux les protéger contre d’éventuelles attaques. Téhéran aurait notamment renforcé les entrées des tunnels des sites d’Ispahan, de Pickaxe et de Parchin.

Enfin, afin de prévenir toute nouvelle vague de protestations sociales en Iran suite à des frappes aériennes américaines, les Gardiens de la révolution et les services de renseignement ont établi une centaine de points de surveillance autour de Téhéran.

Les organisations de défense des droits humains dénoncent le fait que les forces de sécurité du régime continuent de traquer les personnes ayant participé aux manifestations du mois dernier, allant jusqu’à les rechercher dans les écoles et à exiger des hôpitaux les dossiers médicaux des personnes qui ont été soignées pour des blessures subies lors des manifestations.

La Pologne appelle ses concitoyens à quitter l’Iran «immédiatement»

Les citoyens polonais présents en Iran doivent quitter le pays immédiatement, a annoncé aujourd’hui le premier ministre Donald Tusk. «En raison du risque de conflit armé, l’évacuation pourrait ne plus être possible dans quelques heures», a déclaré le premier ministre Donald Tusk.

Un régime sur la défensive, entre peur intérieure et isolement régional

Derrière la rhétorique martiale et les démonstrations de force navales ou balistiques, se dessine surtout la crainte croissante des dirigeants iraniens. Selon les observateurs, le déploiement massif des Corps des Gardiens de la révolution islamique autour des sites stratégiques, la multiplication des points de surveillance près de Téhéran et la traque des manifestants traduisent moins une posture d’assurance qu’une inquiétude profonde : celle d’un régime qui redoute autant une attaque extérieure qu’une explosion intérieure.

Le maintien des réseaux régionaux sert à éloigner la confrontation directe du sol iranien

Cette fébrilité se reflète aussi dans la dépendance persistante de Téhéran envers ses mandataires régionaux. La ténacité du Hezbollah, qui refuse de déposer ses armes ou de s’auto-dissoudre, apparaît comme un maillon essentiel de la stratégie de dissuasion indirecte de la République islamique : maintenir des fronts périphériques actifs pour éloigner la confrontation directe du territoire iranien. Mais l’affaiblissement progressif de ces relais (frappes ciblées, élimination de cadres, pression diplomatique et militaire sur les «proxy» du régime) réduit la profondeur stratégique sur laquelle comptait le régime depuis des décennies.

Dès lors, la neutralisation de ces forces supplétives pourrait bien constituer un prélude : priver Téhéran de ses boucliers extérieurs avant d’augmenter la pression sur le cœur du pouvoir. Pour les Ayatollahs, l’équation devient existentielle : sans réseaux régionaux solides ni cohésion interne assurée, la République islamique vacille et se retrouve plus exposée que jamais à une confrontation qui pourrait menacer sa survie même.

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