(Rome, 14 février 2026). En Italie, un adolescent a été arrêté dans la province de Caserte pour avoir prêté allégeance en ligne à l’État islamique, diffusé des contenus de propagande et téléchargé des instructions pour fabriquer des explosifs artisanaux. L’enquête met en lumière un phénomène croissant de radicalisation numérique touchant des mineurs, via les réseaux sociaux et des canaux chiffrés, en Italie comme ailleurs en Europe. Le jeune homme est entré en contact avec des individus localisés en Syrie et a également téléchargé du matériel pour fabriquer des explosifs artisanaux
Un mineur italien a été arrêté dans la province de Caserte à l’issue d’une enquête concernant son implication, via internet, dans une organisation à finalité terroriste. Il avait auparavant formulé et partagé son serment d’allégeance à l’État islamique en ligne durant l’été 2025. Les forces de l’ordre italiennes assurent une surveillance constante du web afin d’identifier les épisodes de radicalisation, et c’est lors de ces activités que le mineur a été repéré. En naviguant sur les réseaux sociaux, il est parvenu à établir un contact direct virtuel avec des individus se proclamant membres de l’EI et localisés en Syrie, comme le rapporte Francesca Galici dans le quotidien «Il Giornale».
Une fois ces contacts identifiés, les agents ont effectué les vérifications nécessaires et découvert que le mineur était à l’origine de la diffusion massive de vidéos montrant des techniques terroristes, téléchargées sur le dark web et adressées également à certains de ses pairs vivant en Campanie, qui font l’objet d’investigations supplémentaires. Des traces de fichiers contenant des instructions pour la fabrication d’explosifs artisanaux, produits par les agences médiatiques de l’État islamique, ont également été retrouvées. Le mineur est actuellement détenu au centre de détention pour mineurs de Nisida, à Naples, et reste à la disposition du procureur, qui l’interrogera dans les prochains jours.
Il ne s’agit pas du premier cas de radicalisation d’un mineur en Italie : il s’agit d’un phénomène croissant aux niveaux national et européen.
Les services de police et de renseignement signalent que le processus d’endoctrinement est devenu extrêmement rapide, se déroulant souvent entièrement dans l’intimité d’une chambre, devant l’écran d’un smartphone, ce qui reflète une mutation profonde des stratégies de recrutement djihadistes. Alors qu’autrefois la radicalisation s’effectuait par contact physique et dans des lieux de culte clandestins, le terrain fertile d’aujourd’hui est représenté par les plateformes de jeux en ligne et les réseaux sociaux cryptés, plus facilement accessibles.
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Le défi pour les institutions est non seulement d’ordre sécuritaire, mais aussi social et culturel : il s’agit d’identifier les signaux d’alerte avant que le processus de radicalisation ne devienne irréversible et ne débouche sur des actions violentes.
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En Europe, depuis octobre 2023 jusqu’à aujourd’hui, près des deux tiers des arrestations pour terrorisme ont concerné des jeunes de 13 à 19 ans, et, selon l’expert Peter Neumann, ce phénomène est lié à la période post-7 octobre : en Autriche, en Allemagne, en Belgique et en Suisse, les cas de «loups solitaires» montrent des adolescents qui se radicalisent en seulement quelques mois, souvent à partir de contenus diffusés sur TikTok puis sur Telegram.
Pourquoi parle-t-on de la Syrie ?
Selon les experts en sécurité, la référence à la Syrie tient avant tout à la géographie historique du djihadisme contemporain. Le pays demeure, malgré l’affaiblissement territorial de l’État islamique, un foyer symbolique et logistique majeur pour ses réseaux résiduels. Même sans «califat» officiel, l’organisation conserve des relais clandestins, des propagandistes et des recruteurs actifs, capables d’entrer en contact avec des sympathisants étrangers uniquement via Internet et des messageries chiffrées.
Il ne s’agit pas, dans ce cas précis, du Hezbollah, dont l’agenda politico-militaire est distinct et centré sur le Liban et le conflit avec Israël, ni directement des anciens réseaux du régime d’Assad décapité. Selon plusieurs analystes, les enquêtes antiterroristes européennes montrent plutôt la persistance de cellules ou d’individus liés à l’idéologie de l’EI, opérant de façon diffuse depuis des zones instables du territoire syrien.
Autrement dit, la Syrie apparaît moins comme un commandement structuré que comme un sanctuaire numérique et symbolique d’où partent propagande, endoctrinement et mises en relation. Pour les services de sécurité du nouveau pouvoir local comme pour les agences européennes, la priorité reste une traque constante de ces réseaux fragmentés, capables d’inspirer ou de guider à distance des profils isolés (souvent très jeunes) transformant la radicalisation en une menace transnationale et sans frontière physique.