(Rome, 12 février 2026). Les pilotes ukrainiens redécouvrent l’efficacité du combat rapproché. Face aux essaims de drones explosifs déployés par la Russie pour saturer les défenses aériennes, les chasseurs F-16 Fighting Falcon ukrainiens utilisent désormais leurs canons M61 Vulcan pour abattre ces menaces à moindre coût. Une solution pragmatique mais risquée, qui expose davantage les pilotes dans un ciel devenu chaque jour plus dangereux
Les pilotes de chasse ukrainiens poursuivent leur mission de «chasseurs de drones», abattant des essaims de ces engins explosifs qui sillonnent le ciel des régions orientales, y compris en recourant à l’armement dit secondaire de leurs appareils. Parmi ceux-ci, le canon rotatif Gatling M61 Vulcan, qui, d’une brève rafale, a récemment détruit un drone Geran-2, la version russe du Shahed, largement utilisée par Moscou.
Ces derniers jours, rapporte Davide Bartoccini dans le portail «Inside Over», une vidéo a montré un drone explosant en plein vol sous les tirs d’un F-16, alors qu’un F-16 de l’armée de l’air ukrainienne nous faisait entendre le bruit caractéristique d’un canon M61 Vulcan tirant une rafale de projectiles de 20 mm, après avoir vraisemblablement épuisé ses précieux missiles air-air. Dans le viseur du pilote apparaissait un drone d’attaque unidirectionnel de fabrication russe, le Geran-2, dérivé du Shahed-136. Ce dernier était sur le point de terminer sa mission sur une cible non identifiée.
A la chasse aux drones russes
Peu coûteux, silencieux et redoutables, les drones d’attaque unidirectionnels acquis et déployés par Moscou sont devenus un élément essentiel de la stratégie russe visant à «saturer» les défenses aériennes ukrainiennes afin de frapper les infrastructures critiques et les installations militaires. Cette stratégie permet de préserver les coûteux missiles de croisière et contraint Kiev à épuiser des munitions et de précieux missiles intercepteurs pour éliminer des essaims toujours plus nombreux, parfois accompagnés de drones, conçus spécifiquement pour attirer les défenses aériennes vers de fausses cibles.
Ce duel rappelle, par certains aspects, les interceptions des bombes volantes V1 durant la Seconde Guerre mondiale, lorsque les chasseurs britanniques protégeaient le ciel anglais. Dans ce contexte, les pilotes ukrainiens redécouvrent l’utilité des canons embarqués.
Les systèmes d’armes utilisés dans ce type d’engagement, si l’on ne peut pas parler de véritable «dogfight», sont des canons automatiques à haute cadence de tir utilisant des projectiles de 20 à 30 mm. Dans le cas du F-16, il s’agit précisément du M61 Vulcan, un canon rotatif à six tubes refroidi par air, dérivé du système Gatling, capable de tirer jusqu’à 6.000 coups par minute. Utilisé pour la première fois au combat en 1965, le canon Vulcan a équipé des intercepteurs allant du F-104 Starfighter au F-22 Raptor.
Engagement avec le canon Vulcan
L’utilisation du canon Vulcan M61 de 20 mm sur les chasseurs F-16 est, d’un point de vue économique et logistique, une solution bien plus avantageuse que le lancement de missiles air-air. Elle permet en effet d’économiser des armements plus coûteux et moins «sacrifiables» pour les menaces plus importantes.
Cependant, ce choix expose davantage le pilote, contraint d’engager la cible à très basse altitude et à courte distance, souvent contre des cibles mobiles mais lentes, dans un scénario présentant des risques nettement supérieurs à ceux d’une attaque à distance de sécurité. En cas de succès, l’efficacité est élevée ; toutefois, en cas d’erreur, les conséquences peuvent rapidement se traduire par la perte de l’appareil et, surtout, de son pilote hautement qualifié. Contrairement à un missile, l’usage d’un canon exige du pilote qu’il oriente le nez de l’appareil vers la cible, en tenant compte du risque de dommages collatéraux : des projectiles de 20 mm égarés, tirés à la même altitude ou plus bas, pourraient s’écraser au sol, causant des dégâts ou mettant en danger des vies civiles.
C’est pourquoi l’attaque idéale s’effectue par le haut, afin que les tirs manqués retombent au sol avec un risque réduit. Le ciblage ne se fait pas à vue, mais par le biais du système d’acquisition intégré, qui calcule la distance et la vitesse de la cible et, grâce à des capteurs inertiels qui détectent l’assiette du chasseur, fournit au pilote une indication du point d’impact prévu. C’est là qu’intervient la philosophie typiquement américaine du «volume de feu» : avec une cadence de tir pouvant atteindre 6.000 coups par minute, le F-16 ne vise pas un seul tir décisif, mais plutôt la saturation de la zone, créant une véritable traînée de projectiles. Dans un combat aérien à grande vitesse, où les fenêtres de tir ne durent qu’une fraction de seconde, multiplier les tirs augmente statistiquement les chances d’atteindre la cible.
Les F-16 ukrainiens défendent le ciel ukrainien
On ignore le nombre de F-16 livrés à l’Ukraine ces deux dernières années. Ils pourraient être plus de 50, tous engagés quotidiennement dans des missions de défense de l’espace aérien ukrainien aux côtés d’autres avions de chasse fournis par les occidentaux (des Mirage 2000 français et bientôt des Gripen suédois) qui, selon des sources à Kiev, ont permis d’abattre plus de 1.000 drones et missiles de croisière. Au cours de ces deux années, l’armée de l’air ukrainienne a perdu au moins quatre F-16 en mission, entraînant la mort de trois de leurs pilotes.
Le développement et le déploiement des technologies militaires de pointe détermineront l’issue des guerres futures. Les connaître, les analyser et tenter d’expliquer leur importance ainsi que leur rôle dans les conflits font partie de notre effort quotidien, ajoute l’auteur dans «Inside Over».
Une leçon pour les conflits futurs
L’expérience ukrainienne démontre que la supériorité technologique ne suffit pas. La stratégie, la formation des pilotes et la capacité à utiliser chaque arme à bon escient restent déterminantes. Dans les guerres de demain, comprendre et exploiter ces subtilités pourrait faire la différence entre succès et perte.
Un équilibre entre risque et efficacité
Chaque mission au canon implique des choix difficiles : protéger les infrastructures tout en minimisant les risques pour les civils et pour les pilotes. «La maîtrise de ces armes secondaires montre la résilience et l’adaptabilité de l’aviation ukrainienne face à des menaces nouvelles et massives», disent les analystes. Et ces derniers d’ajouter : «les F-16 ukrainiens prouvent que la guerre moderne ne dépend pas que des missiles sophistiqués ; le canon M61 Vulcan reste une arme redoutable contre les essaims de drones. Chaque tir exige audace et précision, exposant les pilotes mais protégeant les infrastructures critiques. Dans ce ciel dangereux, l’ingéniosité et le courage humain restent décisifs».
En bref, dans le ciel ukrainien, face aux essaims de drones, ce sont encore l’audace et la précision des pilotes au canon qui font la différence.