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Iran : un plan combinant missiles et cyberattaques en cas d’attaque américaine

(Rome, 06 février 2026). Alors que les tensions entre Washington et Téhéran atteignent un nouveau pic, l’Iran, selon des sources proches des Gardiens de la révolution, préparerait une stratégie de représailles en cinq phases, combinant frappes militaires, guerre hybride, pression énergétique et un blocus du détroit d’Ormuz afin de paralyser l’économie mondiale. Une doctrine de dissuasion destinée à rendre toute attaque américaine politiquement et économiquement trop coûteuse

Une issue pacifique de la question iranienne est plus que jamais incertaine. Des indications pourraient émerger dès aujourd’hui quant à l’orientation que prendra la confrontation entre Washington et Téhéran et sur la possibilité que le dialogue, aussi fragile soit-il, cède la place aux armes. Une rencontre entre l’envoyé spécial américain Steve Witkoff et le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, est en effet attendue à Mascate, à Oman. Selon Al-Jazeera, les discussions porteront notamment sur les programmes nucléaire et balistique du régime islamique, ainsi que sur un éventuel pacte de non-agression entre les deux ennemis historiques, écrit Valerio Chiapparino dans «Il Giornale».

En toile de fond, le renforcement de la présence militaire américaine au Moyen-Orient plane sur le sommet, laissant présager que le Pentagone se tient prêt à obéir à tous les ordres de l’imprévisible Donald Trump. Tandis que les rumeurs vont bon train quant aux options d’attaque américaines visant à renverser le régime théocratique, la République islamique semble également se préparer au pire.

L’agence de presse iranienne «Tasnim», affiliée, ce qui n’est pas un hasard, au Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), a détaillé les plans de Téhéran. Selon elle, le régime des ayatollahs ambitionne de lancer une «contre-attaque colossale» visant des objectifs américains et chercherait à provoquer une crise économique à l’échelle mondiale. Ce scénario qui se dessine indique clairement que l’Iran s’attend à une attaque américaine bien plus massive que celle de juin dernier, susceptible de menacer potentiellement la survie même de la République islamique.

Le plan iranien se déroulerait en cinq phases et débuterait par une attaque américaine contre des sites nucléaires, des installations militaires et des bases des gardiens de la révolution, dont beaucoup sont situées dans des zones densément peuplées. Les frappes seraient lancées par un groupe aéronaval commandé par le porte-avions USS Abraham Lincoln, appuyé par des bombardiers stratégiques et des systèmes terrestres déployés dans les pays alliés de Washington.

Afin de se préparer à résister à la puissance de feu américaine, le régime aurait renforcé et dispersé ses actifs «critiques», mis en place des structures de commandement alternatives et développé des installations souterraines capables de survivre aux premières frappes. Selon l’agence «Tasnim», le calcul de Téhéran ne vise pas à prévenir les dégâts, mais à maintenir une capacité suffisante pour riposter. Le général Abdelrahim Mousawi, chef d’état-major des forces armées iraniennes, l’a confirmé, déclarant qu’après la guerre des douze jours de l’année précédente, «nous avons modifié notre doctrine militaire, passant d’une approche défensive à une approche offensive, en adoptant une stratégie de guerre asymétrique et de réaction écrasante face à l’ennemi».

Une fois la phase initiale passée, Téhéran lancerait, en quelques heures, des salves de missiles balistiques et de drones contre les installations américaines dans l’ensemble de la région. Parmi les cibles prioritaires figurent la base aérienne d’Al-Oudeid au Qatar, la base aérienne Ali Al-Salem et le centre logistique de Camp Arifjan au Koweït. Des installations aux Émirats arabes unis et une base en Syrie seraient également visée par la République islamique.

La stratégie iranienne, dans le scénario plutôt optimiste avancé par les Gardiens de la révolution, consisterait donc à saturer les défenses américaines en lançant simultanément des centaines, voire des milliers, de projectiles capables de neutraliser les systèmes antimissiles Patriot et THAAD. Nombre de ces projectiles seraient interceptés, mais un nombre suffisant de vecteurs explosifs atteindraient leurs cibles. Simultanément, la riposte iranienne serait renforcée par l’intervention du Hezbollah, des Houthis et des milices irakiennes, proches alliés de Téhéran. Sous le feu nourri des membres de l’Axe de la Résistance se retrouveraient Israël, les bases américaines, les navires dans la mer Rouge et, en Irak, le personnel et les structures diplomatiques américains.

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La troisième phase consisterait à lancer des cyberattaques contre les réseaux de transport, les infrastructures énergétiques, les systèmes financiers et les communications militaires. Un exemple des capacités de l’Iran dans ce domaine a été observé en 2012 lorsque des pirates informatiques liés au régime, utilisant le virus «Chamoon», avaient endommagé 30.000 ordinateurs du géant pétrolier saoudien «Aramco».

Pour «Tasnim», l’arme la plus puissante de l’Iran demeure toutefois géographique : le contrôle du détroit d’Ormuz, par lequel transitent quotidiennement environ 20 millions de barils de pétrole. Dans une quatrième phase, Téhéran prévoit de miner les voies navigables, d’attaquer les pétroliers à l’aide de missiles et de drones, et de couler des navires afin de bloquer les routes maritimes. Une telle stratégie ferait exploser le prix du pétrole brut, causant de graves dommages à l’économie mondiale et exerçant une pression accrue sur les États-Unis et leurs alliés.

Le séisme géopolitique et économique ainsi envisagé par Téhéran est un prélude à la cinquième et dernière phase de son plan. Celle-ci repose sur un principe simple : le régime iranien ne pense pas pouvoir remporter une victoire militaire, mais est convaincu de pouvoir rendre une victoire trop coûteuse pour Washington. C’est sur cette base que la République islamique fonde l’espoir de contraindre Trump à reculer.

Reste à savoir si le plan iranien est réaliste ou s’il relève davantage de la posture défensive, voire du désespoir. Quoi qu’il en soit, sa publication quelques heures seulement avant la réunion à Oman ne fait qu’épaissir le brouillard d’une guerre (quasi) imminente au Moyen-Orient.

Le spectre de l’embrasement

Entre diplomatie fragile et préparatifs militaires, la crise avance sur une ligne de crête. Si le dialogue échoue, la riposte promise par Téhéran pourrait entraîner la région dans une spirale incontrôlable, avec le pétrole, le commerce mondial et la sécurité internationale en première ligne.

La dissuasion par le coût

Conscient de ne pouvoir rivaliser frontalement avec la puissance militaire américaine, Téhéran parie sur une autre arme : rendre toute victoire trop chère pour Washington, militairement, économiquement et politiquement.

Un pari risqué aux lourdes conséquences

En résumé, le plan des mollahs mis en avant dans «Tasnim» se concentre beaucoup sur ce que les iraniens veulent infliger à l’ennemi, mais il oublie le coût stratégique et matériel pour eux-mêmes et leurs alliés. C’est un biais classique dans les discours militaires : l’attaque est toujours plus simple dans la théorie que dans la pratique.

Dans ce contexte, «chaque escalade transforme la dissuasion en pari dangereux, où la puissance de feu projetée risque de se retourner contre le camp qui l’engage», affirme une source militaire.

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