(Roma, 05 février 2026). Ce que redoutait une majorité de Libanais s’est produit à Washington, à en croire le sénateur américain Lindsey Graham
Jeudi, le sénateur républicain américain Lindsey Graham a exprimé de vives critiques à l’encontre du commandant en chef de l’armée libanaise, le général Rodolphe Haykal, remettant ouvertement en cause la crédibilité et la fiabilité de l’institution militaire libanaise. Selon lui, la position adoptée par le général libanais, qui a refusé de qualifier le Hezbollah d’organisation terroriste, soulève de sérieux doutes quant à la volonté de l’armée libanaise de s’aligner sur les efforts internationaux visant à contenir l’influence du mouvement chiite armé, mandataire du régime iranien.
Le sénateur a en effet écourté la réunion avec Rodolphe Haykal qui a refusé de reconnaître que le Hezbollah était une organisation terroriste.
Ces déclarations interviennent dans un contexte de tensions accrues autour du rôle du Parti de Dieu au Liban, dont l’influence politique et militaire continue de diviser non seulement la communauté internationale, mais aussi la population et la classe politique libanaises. La prise de position du général semble refléter la complexité de l’équilibre interne libanais, où le Hezbollah demeure à la fois un acteur politique majeur et une force armée parallèle, rendant toute qualification officielle particulièrement sensible sur le plan national.
La visite de Haykal aux États-Unis, annulée une première fois en novembre
Il convient de rappeler que la visite officielle du général Haykal aux États-Unis avait déjà été annulée une première fois en novembre, à la suite de déclarations jugées en contradiction avec la ligne politique défendue par le président Joseph Aoun et le gouvernement de Beyrouth. Ces propos, perçus comme ambigus ou conciliants à l’égard du Hezbollah, avaient suscité des réserves au sein des cercles diplomatiques et sécuritaires américains, qui attendaient de l’armée libanaise une position plus ferme vis-à-vis du mouvement chiite armé.
Dans ce contexte, les critiques formulées ce jeudi par Graham prennent une résonance particulière. En affirmant qu’il ne voyait pas «un partenaire fiable» dans l’armée libanaise après le refus de Haykal de qualifier le Hezbollah d’organisation terroriste, il ravive ces interrogations et renforce l’idée que la coopération sécuritaire entre les deux pays pourrait être fragilisée si ces divergences persistent.
Un officier (Ret.) libanais affirme que «la polémique autour du général s’inscrit dans une séquence plus large de tensions diplomatiques entre les autorités libanaises et leurs partenaires américains». Et notre source d’ajouter : «Moins de Washington, plus de Hezbollah».
Quand la brouille Washington-Beyrouth menace l’équilibre sécuritaire. Un vide qui profite au Hezbollah
Si des tensions durables s’installent entre Washington et Beyrouth, les répercussions pourraient dépasser le simple cadre diplomatique et affecter directement les équilibres sécuritaires déjà fragiles au Liban, notamment le maintien du cessez-le-feu conclu entre Israël et le Liban.
Il est certain que les États-Unis jouent un rôle central, à la fois comme médiateur politique, garant indirect de la stabilité régionale et principal soutien financier et logistique de l’armée libanaise. Toute dégradation de la relation bilatérale pourrait se traduire par une réduction de l’aide militaire, un ralentissement de la coopération sécuritaire ou une perte d’influence américaine sur l’institution militaire. Or, cette aide constitue l’un des rares leviers permettant à l’armée libanaise de se déployer efficacement au sud comme au nord du fleuve Litani et de faire contrepoids au Hezbollah.
Les propos du général Haykal pourraient coûter cher au Liban
Dans ce scénario, le cessez-le-feu avec Israël pourrait devenir plus précaire. Une armée affaiblie ou politiquement marginalisée aurait davantage de difficultés à contrôler le terrain, à empêcher les provocations ou à contenir une escalade le long de la frontière à cause de l’éventuel rebondissement du Hezbollah. Le vide sécuritaire qui en résulterait profiterait naturellement à ce dernier, qui verrait sa marge de manœuvre s’élargir, tant sur le plan militaire que politique.
Au fil de ses déclarations, Haykal met en péril son poste, estime anonymement une source politique libanaise.