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Les négociations américano-iraniennes fragilisées par l’annonce de Trump et les pressions régionales

(Rome, 05 février 2026). Les négociations entre Washington et Téhéran sur le programme nucléaire iranien vacillent entre rupture et reprise de dernière minute. Sous la pression de leurs alliés du Moyen-Orient, les États-Unis hésitent à se retirer des pourparlers, malgré des divergences profondes qui menacent de faire dérailler la voie diplomatique au profit d’une nouvelle escalade des tensions

Ces dernières heures, l’annonce du retrait de l’envoyé spécial américain pour le Moyen-Orient, Steve Witkoff, des négociations est particulièrement inquiétante. Il se retrouve au cœur d’une crise régionale qui pourrait dégénérer en conflit armé avec l’Iran, après un recul dû à des divergences insurmontables sur les détails des négociations prévues vendredi. Initialement, la réunion, qui devait lancer le processus de désescalade, devait se tenir à Istanbul, en Turquie, avec la participation de hauts responsables d’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, d’Égypte et d’Oman. Elle a ensuite été déplacée, à la demande de Téhéran, à Mascate à Oman. Un détail que l’appareil diplomatique américain aurait pu prendre en compte si l’Iran n’avait pas demandé une rencontre bilatérale, excluant les autres émissaires du Golfe. Selon des sources israéliennes, observateurs de première ligne de cette crise délicate qui ressurgit au Moyen-Orient, les pourparlers entre Washington et Téhéran ont échoué en raison de «positions trop divergentes», écrit Davide Bartoccini dans le quotidien italien «Il Giornale».

D’après des sources du portail Axios, la rencontre entre l’envoyé spécial américain Steve Witkoff et le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, prévue le vendredi 6 février, afin de discuter d’un accord sur l’avenir du programme nucléaire iranien et de ses stocks d’uranium hautement enrichi, qui constituent une menace déstabilisatrice pour toute la région, n’aura pas lieu. Witkoff retournera aux États-Unis dans les prochains jours. «Demain, Witkoff et Kushner rencontreront le Premier ministre qatari, puis retourneront à Miami. Aucune rencontre avec des représentants iraniens n’est prévue», a écrit le portail d’information américain.

Avant de rentrer aux États-Unis, l’envoyé spécial de la Maison-Blanche, Jared Kushner, gendre et conseiller de Donald Trump, se rendra au Qatar pour rencontrer le Premier ministre Mohammed ben Abdelrahmane ben Jassim al-Thani et poursuivre les discussions sur le dossier iranien. Cette visite laisse espérer qu’un changement de dernière minute et un retour aux accords initiaux pourraient prolonger le séjour de Witkoff au Moyen-Orient et ramener les Américains à la table des négociations. Contrairement aux Iraniens, ces derniers ne souhaitent pas aborder «exclusivement la question nucléaire», mais plutôt élargir l’ordre du jour des négociations à d’autres sujets, notamment la vague de protestations et la répression sanglante que les États-Unis menacent d’«affronter» par une intervention militaire.

Par la suite, un démenti a cependant eu lieu. Les pourparlers sur le nucléaire prévus entre les États-Unis et l’Iran pour vendredi ont repris, après que certains dirigeants du Moyen-Orient ont exercé une pression urgente sur l’administration Trump ces dernières heures pour qu’elle renonce à mettre à exécution ses menaces de retrait, ont confirmé deux responsables américains à «Axios». Les pourparlers se tiendront à Oman, comme l’avait demandé l’Iran, bien que les États-Unis aient initialement refusé de modifier le plan initial prévoyant une rencontre à Istanbul. «Ils nous ont demandé d’assister à la réunion et d’écouter les arguments des Iraniens. Nous avons indiqué aux Arabes que nous accepterions la réunion s’ils insistaient. Mais nous restons très sceptiques», a déclaré un responsable américain.

Un autre responsable américain a déclaré que l’administration Trump avait accepté la tenue de la réunion «par respect» envers ses alliés dans la région et «pour continuer à privilégier la voie diplomatique».

La paix dépendra désormais de la capacité des deux camps à privilégier le dialogue plutôt que l’escalade

En définitive, ces négociations illustrent la fragilité persistante des équilibres diplomatiques au Moyen-Orient. Entre méfiance mutuelle, exigences inconciliables et pressions régionales, Washington et Téhéran avancent sur une ligne de crête où chaque faux pas peut raviver le spectre d’une confrontation. Si la reprise des pourparlers laisse entrevoir une issue diplomatique, le scepticisme demeure : la paix dépendra désormais de la capacité des deux camps à dépasser leurs divergences et à privilégier le dialogue plutôt que l’escalade, qui aurait de fortes chances d’embraser rapidement toute la région.

«En cas d’escalade, le conflit dépasserait rapidement le face-à-face entre Washington et Téhéran, au risque d’embraser l’ensemble du Moyen-Orient et de déstabiliser durablement l’équilibre régional», explique une source militaire régionale. Et d’ajouter : «les revers successifs des négociations et les ambiguïtés du programme nucléaire iranien ont fortement entamé la confiance des Occidentaux, rendant chaque nouveau dialogue plus fragile et plus incertain».

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