(Rome, 02 février 2026). Sur fond de tensions croissantes entre Téhéran et l’Union européenne, l’Italie a suspendu les activités de son consulat dans la capitale iranienne, tandis que l’Iran riposte à la désignation des «CGRI» comme organisation terroriste en convoquant les ambassadeurs européens et en menaçant de classer les armées du continent comme groupes terroristes. Un nouvel épisode d’escalade diplomatique aux répercussions potentiellement régionales
«L’Italie a fermé son consulat à Téhéran jusqu’à nouvel ordre», a annoncé l’ambassade d’Italie en Iran sur son site internet. «La chancellerie consulaire de l’ambassade d’Italie à Téhéran restera fermé au public jusqu’à nouvel ordre», indique le communiqué publié hier, comme le rapporte l’agence italienne «AGI». «Seuls les services essentiels, urgents et non reportables pour les ressortissants italiens seront assurés», poursuit le communiqué. «Tout autre rendez-vous déjà fixé sera reprogrammé dès que les conditions le permettront».
Téhéran classe les armées européennes comme terroristes
Hier, Mohammad Baqer Qalibaf, président du Parlement iranien, a annoncé que Téhéran avait classé les armées des pays européens comme «groupes terroristes» et que «leurs soldats dépendants, présents dans les ambassades en Iran, devaient être immédiatement expulsés». Cette annonce fait suite au classement du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) par l’UE comme organisation terroriste.
L’Iran convoque les ambassadeurs de l’UE à Téhéran
L’Iran reste mécontent de l’accord politique conclu il y a quelques jours entre les ministres des Affaires étrangères de l’UE visant à désigner le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) comme «organisation terroriste» au niveau européen.
Hier, le président du Parlement, Mohammad Baqer Qalibaf, a réagi en déclarant que l’Iran considérait à son tour les forces armées européennes comme des «groupes terroristes». Conformément à l’article 7 de la loi relative aux contre-mesures concernant la désignation du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) comme organisation terroriste, «les forces armées des pays européens sont considérées comme des groupes terroristes», a déclaré Qalibaf au Parlement, portant, comme d’autres parlementaires, l’uniforme des Pasdaran en signe de solidarité.
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Aujourd’hui, l’Iran a convoqué les ambassadeurs de tous les pays européens ayant une ambassade à Téhéran. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmail Baghaei, a annoncé la nouvelle, qualifiant la décision de l’UE d’«erreur stratégique» et d’«insulte à l’Iran». Il a précisé que cette convocation ne constituait qu’une «mesure minimale» et que Téhéran envisageait d’autres représailles.
Les déclarations du ministre iranien des Affaires étrangères
Sur cette question, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, s’était également exprimé sur le sujet il y a quelques jours, accusant l’Europe de contribuer à l’escalade des tensions régionales et qualifiant de «grave erreur stratégique» l’inscription des Pasdaran sur la liste des organisations terroristes de l’UE.
«Plusieurs pays s’efforcent actuellement d’empêcher le déclenchement d’une guerre totale dans notre région. Aucun d’entre eux n’est européen. L’Europe, au contraire, s’emploie à attiser le feu. Après avoir appliqué la stratégie de «snapback» des sanctions à la demande des États-Unis, elle commet aujourd’hui une nouvelle grave erreur stratégique en qualifiant notre armée nationale d’«organisation terroriste», a écrit le chef de la diplomatie iranienne sur la plateforme X.
«Outre l’hypocrisie flagrante de son indignation sélective (ne prenant aucune mesure face au génocide israélien à Gaza tout en se hâtant de ‘défendre les droits humains’ en Iran), cette manœuvre médiatique de l’Europe vise avant tout à masquer son déclin en tant qu’acteur international. De plus, étant donné que le continent sera sans aucun doute fortement touché par une guerre totale dans notre région, notamment par les effets en chaîne de la hausse des prix de l’énergie, la position actuelle de l’UE est profondément préjudiciable à ses propres intérêts. Les Européens méritent mieux que ce que leurs gouvernements ont à offrir», a conclu Araghchi.
«Cette nouvelle passe d’armes diplomatique illustre la dégradation rapide des relations entre l’Iran et l’Europe, sur fond de tensions régionales déjà exacerbées par les conflits au Moyen-Orient», notent les analystes.
Entre sanctions, désignations terroristes (mutuelles) et menaces de représailles, chaque geste politique alimente une spirale d’escalade dont les conséquences pourraient dépasser le seul cadre bilatéral.
Téhéran avertit : une guerre régionale pourrait provoquer une flambée énergétique aux répercussions mondiales
Un officier italien rappelle que «sous le roi Fayçal, dans les années 1973-1974, l’Arabie Saoudite a imposé un embargo pétrolier contre l’Occident, menaçant de réduire ou couper la production de pétrole pour punir les pays soutenant Israël lors de la guerre du Kippour». «Cela a provoqué un choc pétrolier mondial, avec flambée des prix et ralentissement économique dans de nombreux pays industrialisés», précise-t-il en parlant des menaces d’Abbas Araghchi.
Aujourd’hui, l’avertissement implicite de l’Iran (selon lequel l’Europe pourrait être gravement touchée par la hausse des prix de l’énergie en cas de guerre totale dans la région) fonctionne sur le même principe : la dépendance européenne à l’énergie du Moyen-Orient devient un outil de pression politique et diplomatique. La différence, c’est que cette menace iranienne est liée à un conflit potentiel plutôt qu’à un embargo coordonné, mais l’effet stratégique visé est similaire : forcer l’Occident à reconsidérer ses choix politiques pour éviter des conséquences économiques sévères.