(Roma, 29 janvier 2026). Alors que les Etats-Unis massent leurs troupes et renforcent leur dispositif militaire autour de l’Iran en déployant une armada et se montrent menaçant à l’égard de la République islamique d’Iran, et au moment où le Hezbollah et son secrétaire général Naïm Qassem haussent le ton et menacent d’intervenir dans la bataille pour défendre le Guide suprême Ali Khamenei, nous avons reçu une contribution d’un militant libanais, Rami Féghali, que nous publions intégralement
Naim Qassem, secrétaire général du Hezbollah, relance une dynamique qui dépasse largement les frontières du Liban et menace l’équilibre régional. En cherchant à entraîner le pays dans des conflits qui ne le concernent pas directement, il remet en cause non seulement la stabilité interne, mais aussi la position stratégique du Liban au cœur d’un environnement régional déjà instable.
Une stratégie de mobilisation interne à travers la confrontation régionale
En adoptant un discours de confrontation, le Hezbollah tente de réactiver une base politique et sociale fragilisée par les crises économiques, politiques et sociales. Cette stratégie repose sur deux piliers :
- La dramatisation de la menace extérieure (Israël, États-Unis, coalitions régionales),
- La construction d’une image de protection face à un État libanais présenté comme incapable.
Cette logique est non seulement nationale : elle s’inscrit aussi dans une dynamique plus large où le Hezbollah joue un rôle d’acteur régional, aligné sur les intérêts de ses alliés, notamment l’Iran et certains réseaux irakiens.
Un acteur régional au service d’un agenda externe
Le Hezbollah n’est pas uniquement une force libanaise locale : il fonctionne comme un relais stratégique d’acteurs extérieurs. Son engagement dans la région, notamment en Syrie, au Yémen et dans les zones de tension entre Israël et l’Iran, illustre un alignement géopolitique qui dépasse les intérêts du Liban.
Ce positionnement expose le Liban à des répercussions internationales :
- Une pression croissante des États-Unis, qui considèrent le Hezbollah comme une organisation terroriste et qui ont multiplié les sanctions contre ses réseaux financiers et logistiques.
- Une tension permanente avec Israël, qui justifie ses actions par la présence de capacités militaires avancées du Hezbollah le long de la frontière.
- Un risque de surenchère régionale, où le Liban devient un théâtre secondaire dans une confrontation entre puissances (Iran/États-Unis, Iran/Israël).
Les implications internationales : le Liban comme champ de bataille par procuration
L’enjeu est clair : le Liban est devenu un terrain de projection pour des stratégies régionales. Le Hezbollah, en s’imposant comme force dominante, transforme le pays en zone tampon et en levier politique.
Dans ce contexte, le Liban subit une double contrainte :
- Interne : l’État perd sa capacité à exercer sa souveraineté sur son territoire, ses institutions sont affaiblies, et la population devient une variable d’ajustement ;
- Externe : le pays est directement impliqué dans les rivalités entre grandes puissances, ce qui réduit fortement sa marge de manœuvre diplomatique et sécuritaire.
Les scénarios possibles : du statu quo à la crise majeure
Plusieurs trajectoires sont possibles, chacune avec des conséquences graves pour le Liban :
Scénario 1 : Escalade contrôlée mais durable
Le Hezbollah continue de maintenir une posture de menace, entraînant des incidents réguliers avec Israël. Le pays reste sous pression constante, sans basculer dans un conflit ouvert. Ce scénario maintient le Liban dans une situation de crise permanente, avec une économie et un État en état de délitement progressif.
Scénario 2 : Conflit régional étendu
Une confrontation localisée dégénère en une guerre plus large impliquant Israël, des acteurs iraniens et des milices régionales. Le Liban devient un champ de bataille direct, avec des conséquences humanitaires catastrophiques et une déstabilisation durable.
Scénario 3 : Intervention internationale et isolement
Les pressions diplomatiques et économiques se renforcent (sanctions, embargos, restrictions financières). Le Liban, déjà fragilisé, voit ses institutions s’effondrer davantage, ce qui pourrait conduire à une forme de contrôle indirect par des acteurs externes ou à une fragmentation territoriale.
Scénario 4 : Rééquilibrage politique interne
Une coalition politique nationale réussit à restaurer l’autorité de l’État et à réduire l’emprise des milices armées. Ce scénario exige une volonté politique rare et une capacité de résilience sociale et institutionnelle, mais il représente la seule voie vers une souveraineté réelle.
Conclusion : le dilemme libanais entre souveraineté et proxy wars
Le Liban est aujourd’hui pris dans une dynamique où une milice armée, liée à des acteurs externes, sape l’autorité de l’État et entraîne le pays dans des conflits régionaux. Cette stratégie peut offrir une survie politique à court terme au Hezbollah, mais elle met en danger la vie et l’avenir de l’ensemble des Libanais.
Si le Liban veut rester un État souverain et éviter d’être un théâtre de confrontation par procuration, il doit réaffirmer la primauté de l’État, restaurer le monopole de la violence légitime et construire une stratégie de défense nationale réaliste, qui ne soit pas subordonnée à des agendas régionaux.
Rami Féghali (militant libanais)