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Donald Trump formule trois exigences à Téhéran : réseaux terroristes, missiles et programme nucléaire

(Rome, 29 janvier 2026). Face à un Iran fragilisé par les protestations internes et l’isolement économique, Donald Trump renforce la pression militaire et diplomatique. Washington pose trois exigences majeures (nucléaire, missiles et réseaux terroristes régionaux) dans une stratégie assumée de dissuasion et d’intimidation visant le cœur même du pouvoir des mollahs : Téhéran résiste, tandis que Washington cherche à intimider le régime et ses autorités religieuses

Donald Trump déploie son «Armada» et met l’Iran en garde : le temps est compté pour parvenir à un accord susceptible d’éviter une nouvelle frappe après celle menée en juin. Téhéran tergiverse, mais il suffit de peu pour que le magnat frappe. Le porte-avions USS Abraham Lincoln et son groupe aéronaval sont arrivés dans la région, tandis que depuis plusieurs jours, des avant-postes américains, comme Diego Garcia, voient arriver régulièrement des avions de chasse et d’autres appareils destinés à renforcer la puissance de feu nécessaire. Le président explique que ce nouveau dispositif militaire ressemble fortement à celui mis en place ces derniers mois autour du Venezuela, qui a abouti à l’opération éclair ayant conduit à la capture et à l’arrestation du président Nicolás Maduro. Pour la République islamique, il s’agit d’un avertissement inquiétant, notamment pour les dirigeants du régime, écrit Alberto Bellotto dans «Il Giornale».

Les exigences formulées vont bien au-delà de la simple fin de la répression des manifestants qui a ensanglanté le pays en début d’année. Des responsables européens cités par le New York Times ont indiqué que l’administration américaine avait trois exigences :

1- L’arrêt définitif de tout enrichissement d’uranium ;

2- La limitation de la portée et du nombre de missiles balistiques dans les arsenaux iraniens ;

3- La fin de tout soutien aux groupes mandataires dans la région, notamment le Hamas, le Hezbollah et les Houthis opérant au Yémen.

Aucune exigence spécifique ne figure, en revanche, concernant la répression interne. Officiellement, le régime évoque environ 3.000 morts, mais des estimations indépendantes font état d’un bilan bien plus lourd, avoisinant les 30.000 victimes. Comme le souligne la presse américaine, Trump semble convaincu de pouvoir reproduire le raid de Caracas, ou du moins d’exploiter l’exemple latino-américain pour intimider la direction religieuse iranienne et les Gardiens de la révolution.

Les manifestations ont ébranlé le régime jusque dans ses fondements, et les contacts diplomatiques de ces dernières semaines ont signalé à Washington que l’ensemble du pouvoir iranien est en état de profonde agitation. Le «Times» note également que les échanges du ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, avec les Américains se sont toujours déroulés par l’intermédiaire de canaux indirects, en partie à cause de la faiblesse politique du ministre lui-même, contraint de consulter systématiquement le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei.

Plusieurs responsables ont déclaré que les négociations sont au point mort et rien n’indique que Téhéran soit disposé à céder. Les dirigeants iraniens perçoivent les exigences de Trump comme une tentative de saper les fondements mêmes du pouvoir chiite et sa capacité de dissuasion. Cependant, les exigences de l’administration présentent d’importantes limites.

La première exigence serait difficile à contrôler. Si les grands sites nucléaires tels que Natanz et Fordow sont hors d’usage depuis les frappes américaines de juin dernier, il n’est pas exclu que le processus d’enrichissement se poursuive sur des sites plus petits et plus dispersés. À ce stade, selon les services de renseignement américains et européens, l’Iran n’a pas encore récupéré de stocks d’uranium enrichi à 60 % (un seuil légèrement inférieur à celui requis pour la fabrication d’une bombe), mais il est probable que ces activités reprennent dans les mois à venir.

La deuxième demande reflète avant tout les craintes d’Israël. Une réduction de la portée des missiles iraniens placerait l’ensemble du territoire israélien hors de danger. Là encore, il est peu probable que l’Iran y consente, étant donné que son arsenal balistique représente le dernier instrument de dissuasion crédible dont dispose le régime.

Le troisième point concerne ce qui subsiste du réseau terroriste régional d’influence, patiemment construit par l’Iran au fil des ans à travers le Moyen-Orient.

L’affaiblissement économique de la République islamique affecte l’ensemble de ce réseau, rendant difficile pour le régime le transfert de fonds, d’armes et de soutien logistique à ses alliés. Ces derniers sont, de surcroit, soumis à une pression accrue en raison de la guerre menée par Israël à Gaza et des opérations contre le Hezbollah au Liban.

«Si Washington parie sur l’intimidation et l’exemple vénézuélien pour provoquer un basculement, Téhéran privilégie pour l’instant la temporisation et l’opacité», affirme une source militaire. «Dans ce bras de fer, le risque est moins celui d’un accord rapide que d’une montée progressive des tensions, où chaque signal militaire et chaque impasse diplomatique rapprochent un peu plus les deux camps d’une confrontation ouverte», insiste notre source.

Une stratégie de pression maximale assumée

En durcissant simultanément le dispositif militaire et les exigences diplomatiques, l’administration Trump s’inscrit dans une logique de contrainte frontale. L’objectif n’est pas tant d’arracher des concessions ponctuelles que de placer la République islamique devant un choix existentiel : céder sur ses piliers stratégiques ou s’exposer à une escalade maîtrisée mais potentiellement décisive.

Des lignes rouges difficilement négociables pour Téhéran

Les trois exigences américaines touchent au cœur de l’architecture de sécurité iranienne. Le nucléaire, l’arsenal balistique et le réseau de forces supplétives constituent les derniers leviers de dissuasion d’un régime affaibli sur le plan économique et contesté intérieurement. Y renoncer reviendrait, pour la direction religieuse, à accepter une vulnérabilité stratégique incompatible avec sa survie politique.

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