(Rome, 28 janvier 2026). À l’approche des Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina, le Qatar s’impose comme un partenaire clé de l’Italie (après la France) en matière de sécurité. Forte de l’expérience acquise lors des grands événements sportifs internationaux, notamment le Mondial 2022 et les Jeux de Paris 2024, Doha renforce ainsi sa coopération policière tout en consolidant sa présence stratégique et son image en Europe
Le Qatar apporte son soutien à l’Italie pour la sécurité à Milan dans le cadre de la surveillance des prochains Jeux olympiques d’hiver, que la capitale lombarde accueillera conjointement avec «Cortina d’Ampezzo».
La présence de moyens venus de Doha dans la métropole milanaise a fait couler beaucoup d’encre ces derniers jours. Pourtant, elle n’a rien de surprenant. Après les Jeux olympiques de 2024 à Paris, où les équipements et agents qataris s’étaient distingués par leur contribution efficace à la sécurité de l’événement, Doha apporte aujourd’hui son aide à l’Italie en vertu d’un accord conclu à Doha en septembre 2025, signé par le ministre italien de l’Intérieur, Matteo Piantedosi, et son homologue qatari, Khalifa ben Hamad Al-Thani, portant sur la coopération entre les forces de police des deux pays, écrit Andrea Muratore dans le portail «Inside Over».
La diplomatie sécuritaire du Qatar
Cette initiative se prête à diverses interprétations. Il convient d’abord de souligner que le Qatar a incontestablement acquis une solide expérience en matière de sécurisation de grands événements sportifs, ayant accueilli la Coupe du Monde 2022 sur un territoire restreint, principalement dans sa capitale, Doha. Cet événement a nécessité une capacité accrue de contrôle et de coordination de foules massives dans une période limitée.
Ce pays de 2,8 millions d’habitants (d’environ 20% de Qataris et de 80% d’étrangers, Ndlr) a reçu 1,14 million de visiteurs étrangers entre novembre et décembre 2022, tandis que 3,4 millions de spectateurs ont assisté aux matchs. Pour relever ce défi organisationnel, rappelle l’«Arabian Gulf States Institute», «le Qatar a dû se tourner vers des partenaires internationaux». Une opération baptisée «World Cup Shield», réunissant les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, l’Italie, la Turquie et le Pakistan, a été mise en place afin de protéger l’espace aérien et les eaux territoriales du Qatar contre les menaces terroristes et autres risques» pendant la Coupe du Monde. Doha a financé le projet «Stadia d’Interpol», destiné à préparer les forces de police du monde entier à la gestion de grands événements sportifs. Le savoir-faire accumulé par Doha et les relations tissées avec des pays comme la France et l’Italie ont, depuis lors, donné lieu à une coopération continue.
Un enjeu d’image
Ensuite, le Qatar tire indéniablement profit de ses missions réussies en termes du succès de ses missions de maintien de l’ordre public. À l’instar de son positionnement en tant qu’acteur diplomatique et médiateur international, l’émirat entend utiliser ce levier pour se présenter comme un pays moderne et ouvert, ainsi qu’un acteur responsable.
Enfin, il convient de noter que, par une curieuse coïncidence, le Qatar fournit une assistance en matière de sécurité dans des métropoles européennes importantes pour sa projection sur le Vieux Continent. Après Paris, Milan : le Qatar se pose comme le garant de la sécurité olympique dans des villes où se concentre une part importante de ses intérêts en Europe continentale.
Le Qatar à Paris et à Milan
Dans la capitale française, la «Qatar Investment Authority» (QIA), le fonds souverain de Doha dirigé par Nasser Al-Khelaïfi, contrôle le club de football du Paris Saint-Germain et détient des participations dans le groupe Lagardère, le géant de la défense et de l’aéronautique Airbus et le groupe énergétique Veolia. À Milan, le Qatar est propriétaire depuis plus de dix ans du complexe immobilier «Porta Nuova», construit par «Coima» et acquis par la QIA en 2015 pour 2 milliards d’euros.
En 2022, une filiale de «Coima», la «Coima Res», a été rachetée par «Evergreen», un groupe d’investissement de la QIA. Cette dernière est également en passe de conclure une transaction de 1,3 milliard d’euros pour l’acquisition de l’immeuble situé au 8, Via Montenapoleone, propriété du groupe de mode français Keiring, lequel détient à son tour 30 % des parts de la maison Valentino, contrôlée par le fonds qatari «Mayhoola for Investments». Ces opérations témoignent de l’activisme du Qatar, alimenté par des capitaux privés, de «family offices» et investisseurs de divers horizons, tout en combinant ses intérêts politiques et économiques croissants. Renforcer l’image de l’émirat dans les villes emblématiques de la présence qatarie en Europe figure sans aucun doute parmi les objectifs de Doha. Et quelle meilleure occasion d’y parvenir que de démontrer sa capacité à contribuer à la sécurité des Jeux olympiques ?
«La crédibilité juridique du pays encore en question»
En dépit des avancées spectaculaires du Qatar sur les plans économique, diplomatique et sécuritaire, un angle mort persiste et pèse lourdement sur sa crédibilité : la justice. Aux yeux de nombreux investisseurs et analystes régionaux et internationaux, le système judiciaire qatari demeure marqué par une application sélective du droit, où les intérêts des nationaux continueraient de prévaloir sur ceux des acteurs étrangers. Cette perception, largement partagée dans les milieux d’affaires, constitue aujourd’hui l’un des principaux freins à l’engagement de capitaux internationaux de long terme.
Pour ces acteurs susmentionnés, l’enjeu est désormais clair : garantir une justice indépendante, constitue une condition indispensable pour consolider la confiance des investisseurs.
Enfin, «reste toutefois un enjeu central pour Doha. Malgré les progrès incontestables réalisés par le Qatar, tant à l’intérieur de ses frontières qu’à l’international, la question de la justice demeure un dossier sensible», affirme un analyste économique italien.