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Le ministre turc des AE, Hakan Fidan, accuse Israël de chercher un prétexte pour frapper l’Iran

(Rome, 24 janvier 2026). Dans un contexte de fortes tensions régionales, le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a accusé Israël de chercher un prétexte pour frapper l’Iran, tout en réaffirmant la disponibilité d’Ankara à s’impliquer directement à Gaza, y compris sur le plan militaire, si les conditions le permettent. Ces déclarations interviennent alors que la Turquie intensifie ses initiatives politiques et humanitaires en faveur de l’enclave palestinienne

«Israël continue de chercher une occasion pour lancer une attaque contre l’Iran, une situation susceptible de déstabiliser davantage une région déjà fragile», a déclaré aujourd’hui le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, lors d’une interview accordée à la chaîne turque NTV, affirmant que certains signes indiquent qu’Israël maintient son intention de mener une action militaire contre Téhéran, malgré les conséquences potentielles pour la sécurité régionale. «J’espère qu’ils trouveront une autre voie, mais la réalité est qu’Israël cherche en effet une occasion d’attaquer l’Iran», a déclaré M. Fidan, comme le rapporte l’agence italienne «Nova News».

«La Turquie est prête à envoyer ses troupes dans la bande de Gaza si les conditions nécessaires sont réunies». Il s’agit de la déclaration la plus explicite à ce jour d’Ankara quant à sa volonté d’assumer un rôle militaire direct dans l’enclave palestinienne, malgré l’opposition d’Israël.

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Fidan a décrit Gaza comme la priorité absolue de la Turquie et a reconnu qu’Israël s’oppose à tous les aspects de l’implication turque à Gaza, tout en soulignant que les efforts d’Ankara se poursuivront.

Selon les médias turcs, le gouvernement d’Ankara prépare une mise en place d’une nouvelle structure liée au «Conseil de paix», chargée de superviser la gouvernance et l’administration de l’enclave. Des comités distincts seront responsables de la représentation de la population et de la gestion des opérations quotidiennes. Les efforts humanitaires se poursuivent sans relâche, a déclaré Fidan, ajoutant que le point de passage de Rafah entre Gaza et l’Égypte pourrait rouvrir dès la semaine prochaine.

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La Turquie plaide en faveur de logements préfabriqués pour les Palestiniens déplacés, tandis que le Croissant-Rouge turc maintient ses opérations d’assistance. D’après le ministre des Affaires étrangères, le désarmement du Hamas, mouvement islamiste palestinien dont les hauts responsables ont été accueillis à plusieurs reprises par la Turquie, doit s’inscrire dans une stratégie plus large. Fidan a toutefois souligné que la priorité absolue d’Ankara demeure la garantie que la population de Gaza puisse rester sur sa terre. Selon le Shin Bet, les services de sécurité intérieure israéliens, le Hamas a établi un poste de commandement en Turquie, qu’il utilise pour recruter des membres et superviser ses opérations au Moyen-Orient.

«Sur le plan sécuritaire, la posture officielle d’Ankara présente toutefois des contradictions notables. La contestation turque d’une éventuelle frappe israélienne contre Téhéran contraste avec le soutien tacite (voire actif) de la Turquie aux dynamiques ayant conduit à la décapitation du régime syrien de Bachar al-Assad, processus qui s’est accompagné de l’éviction progressive de l’influence iranienne du territoire syrien», observent plusieurs analystes.
Cette divergence souligne une approche pragmatique, davantage guidée par les équilibres de puissance régionaux que par une opposition de principe à l’action militaire contre l’Iran.

En outre, la mise en place annoncée d’un «Conseil de paix», initialement promu dans le cadre des initiatives de Trump, est perçue par Ankara comme une opportunité stratégique visant à établir une présence turque durable à Gaza. Au-delà de l’argumentaire humanitaire et administratif, cette structure constituerait un levier permettant à la Turquie de s’imposer comme acteur sécuritaire de premier plan dans l’enclave palestinienne et, ce faisant, de se rapprocher indirectement d’Israël sur le plan stratégique, dans une logique de contrôle, d’influence et de repositionnement régional.

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Cette lecture est renforcée par des éléments récents relevant du contre-terrorisme, notamment l’arrestation de Mohammad Hannoun, président de l’Association des «Palestiniens en Italie», alors qu’il projetait de s’installer en Turquie. Ce cas illustre l’attractivité persistante du territoire turc pour des acteurs liés aux réseaux palestiniens et islamistes, et alimente les préoccupations des services occidentaux et israéliens quant au rôle de la Turquie comme plateforme de transit, de coordination ou de repli. Pris dans leur ensemble, ces signaux confirment que l’activisme turc à Gaza relève moins d’une posture humanitaire que d’un calcul stratégique visant à renforcer son influence sécuritaire régionale, au plus près d’Israël et des théâtres de confrontation indirecte avec l’Iran.

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