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Les leviers de Donald Trump contre l’Iran : entre cyberattaques, frappes ciblées et «option Maduro»

(Rome, 13 janvier 2025). Donald Trump accentue la pression sur l’Iran tandis que la Maison Blanche étudie une palette d’options : cyberattaques, frappes ciblées ou escalade militaire. Washington cherche comment frapper le régime sans réprimer les manifestations ni déclencher une crise régionale. Entre calculs stratégiques et risques géopolitiques, Washington pèse chaque scénario avec prudence

«L’aide arrive». Après des jours de spéculation, Donald Trump y met fin : les États-Unis sont prêts à frapper l’Iran afin de mettre un terme au massacre des manifestants qui occupent les rues depuis plusieurs jours contre le régime des ayatollahs. «J’ai annulé toutes mes rencontres avec les responsables iraniens jusqu’à ce que ce massacre insensé de manifestants cesse. MIGA !!! (Make Iran Great Again/Rendre sa grandeur à l’Iran), a écrit Trump sur le réseau social Truth. Plus tard, interrogé par des journalistes sur le sens de ses propos, il a répondu : «À vous de deviner. Je suis désolé». S’exprimant toujours à Detroit, il a assuré : «l’aide arrivera bientôt». «Ils paieront un prix très élevé», a-t-il ajouté, rappelant avoir «annulé toutes ses rencontres avec les responsables iraniens jusqu’à ce que cessent les tueries absurdes de manifestants», écrit Alberto Bellotto dans le quotidien «Il Giornale».

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Une nouvelle réunion est prévue aujourd’hui au Pentagone afin de passer en revue l’ensemble des plans envisagés avec le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, le chef d’état-major, Dan Caine, et le secrétaire d’État, Marco Rubio. Selon des sources interrogées par le Wall Street Journal, l’éventail des réponses possibles est très large et comprend l’intensification de la guerre psychologique (peut-être par l’envoi des dispositifs Starlink dans le pays), des cyberattaques contre les forces armées, de nouvelles sanctions contre Téhéran et ses alliés, jusqu’à l’option militaire proprement dite.

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Depuis plusieurs jours, les spéculations vont bon train, notamment sur le plan militaire, avec l’hypothèse d’un raid en Iran sur le modèle de ce qui s’est produit au Venezuela. Mais, préviennent les experts, le scénario serait différent et bien plus complexe. Un ancien responsable du Département d’État, interrogé par le Financial Times, a expliqué que la République islamique représente un contexte nettement plus complexe et que mener des opérations militaires ou non militaires pour secourir les manifestants est semé d’incertitudes et comporte de lourds risques.

Le nœud des raids

Au cours de la semaine écoulée, d’intenses discussions ont eu lieu entre la Maison Blanche et le Pentagone. Comme l’a rapporté le New York Times, les options envisagées au Bureau ovale se multiplient. Le premier choix auquel le président est confronté concerne l’intensité de la riposte : quelle est la portée et l’ampleur des frappes et à quelle profondeur ? Faut-il opter pour une frappe d’avertissement ou pour une opération plus drastique, suffisamment puissante pour ébranler durablement un régime fragilisé par des semaines de manifestations ?

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Une première approche pourrait combiner des cyberattaques à des raids ciblés contre l’appareil de sécurité intérieure iranien, en première ligne de la répression des manifestations. Une étape ultérieure pourrait viser l’infrastructure des forces armées iraniennes et des Gardiens de la révolution, notamment les centres de commandement et de contrôle, les entrepôts d’armes et les bases utilisées par les forces gouvernementales. Dans le choix des centres de commandement à frapper, les États-Unis devraient réfléchir aux moyens d’encourager les forces de sécurité à faire défection afin d’affaiblir le dispositif répressif.

Une riposte musclée

Une riposte plus musclée ciblerait également les principaux dirigeants du système de pouvoir iranien. Durant son premier mandat, Trump avait déjà donné son feu vert à la frappe qui a tué le commandant des Gardiens de la révolution iraniens, Qassem Soleimani, et, ces derniers mois, il avait averti le Guide suprême Ali Khamenei qu’il était capable de le frapper à tout moment. Un raid d’une telle ampleur déclencherait une riposte potentielle de l’armée iranienne, raison pour laquelle les cibles américaines pourraient inclure des silos de missiles balistiques, voire des sites du programme nucléaire, déjà endommagés en juin dernier.

Le risque de répression des manifestations

L’équilibre dans l’usage de la force est crucial pour éviter d’éteindre la contestation. Plusieurs responsables de la Maison Blanche craignent qu’une intervention excessivement brutale n’alimente la propagande du régime, qui présente les manifestants comme des «terroristes» à la solde de puissances étrangères, notamment les États-Unis et Israël. En juin dernier, durant la guerre de douze jours entre Téhéran et Tel-Aviv, malgré son impopularité, le régime avait recueilli un large soutien contre les bombardements du territoire iranien.

La question Khamenei

Le succès de l’opération «Absolute Resolve», qui a conduit à la destitution de Maduro, a convaincu nombre d’observateurs au Pentagone et au Département d’État qu’il s’agit d’une technique reproductible et potentiellement efficace, même dans un contexte comme celui du régime iranien. Le sénateur de Caroline du Sud, Lindsey Graham, a admis que cela devrait être l’objectif ultime de l’action américaine, mais les responsables les plus prudents soulignent que le contexte iranien est différent.

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Le premier problème concerne également la présence militaire américaine dans la région. Au cours de l’année écoulée, les Américains ont réduit le nombre de navires déployés entre le golfe Persique et la Méditerranée, notamment pour renforcer leur présence dans les Caraïbes et le Pacifique. A cela s’ajoute un facteur géographique : contrairement au Venezuela, dont les capacités de représailles étaient limitées, l’Iran pourrait riposter par des frappes de représailles de divers actifs américains dispersés à travers le Moyen-Orient.

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A ce stade, les États-Unis n’ont, semble-t-il, pas déployé de forces militaires dans la région en prévision d’une éventuelle attaque. Un tel déploiement servirait non seulement à mener l’attaque, mais aussi à assurer la défense adéquate pour l’ensemble des infrastructures et du personnel militaire stationnés au Moyen-Orient.

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Cependant, la communauté OSINT en ligne commence à surveiller les mouvements d’aéronefs américains, tels que les bombardiers B-52 et les avions ravitailleurs KC-135, bien qu’aucune confirmation définitive n’ait été apportée à ce jour. Israël pourrait également entrer en jeu et participer à cette éventuelle attaque, en y engageant une partie de ses forces aériennes.

Frappes calculées ou prudence mesurée : Washington navigue en eaux troubles.

«Chaque option contre l’Iran comporte des risques», estime un analyste italien. Face à l’Iran, les États-Unis doivent conjuguer pression et prudence. Chaque option (cyberattaques, raids ciblés ou action militaire plus musclée) comporte des risques de riposte, d’escalade régionale ou de renforcement de la propagande du régime. La Maison-Blanche avance donc dans un équilibre précaire : frapper pour soutenir les manifestants sans compromettre la stabilité du Moyen-Orient.

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