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Iran : manifestations meurtrières, le régime brandit la peine capitale et Khamenei place le pays en alerte. La mosquée Al-Rassoul à Téhéran en flammes

(Rome, 10 janvier 2026). Alors que les manifestations s’étendent à tout le pays, le pouvoir des mollahs s’enfonce dans la crise et durcit la répression, évoquant la peine capitale et imposant un blackout total des communications

Les manifestations se propagent dans les rues d’Iran. Coupé du reste du monde depuis jeudi en raison d’une coupure d’internet et des communications, le pays voit sa répression s’intensifier. Selon des militants de l’ONG «HRANA» (Human Rights Activists News Agency), le bilan fait état d’au moins 72 morts et plus de 2.300 arrestations. Un chiffre qui pourrait toutefois être bien plus élevé : un médecin a déclaré au magazine «Time» qu’au moins 217 décès avaient été enregistrés jeudi soir dans seulement six hôpitaux de Téhéran. Cet écart, selon le magazine, pourrait être lié à des méthodes de comptage différentes, HRANA ne comptabilisant que les victimes formellement identifiées, comme le rapporte le quotidien «Il Tempo».

Des témoignages recueillis par la BBC auprès des médecins iraniens décrivent des hôpitaux saturés de blessés, notamment ceux souffrant de blessures par balle à la tête et aux yeux. Dans ce contexte, le guide suprême prépare un nouveau durcissement de la répression, malgré les menaces formulées par Donald Trump ces derniers jours. Le procureur général iranien, Mohammad Movahedi Azad, a averti que toute personne participant aux manifestations serait considérée comme un «ennemi de Dieu», un crime passible de la peine de mort.

L’Union européenne et les États-Unis ont exprimé leur soutien au peuple iranien. «Les rues de Téhéran et des villes du monde entier résonnent des pas des Iraniennes et des Iraniens qui réclament la liberté. Liberté d’expression, liberté de réunion, liberté de circulation et, par-dessus tout, liberté de vivre. L’Europe les soutient pleinement», a écrit la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, sur X, condamnant «la répression violente de ces manifestations légitimes» et appelant à «la libération immédiate de tous les manifestants détenus» et au «rétablissement d’un accès complet à Internet».

Par ailleurs, les États-Unis, par la voix du secrétaire d’État Marco Rubio, ont fait savoir qu’ils «se tiennent aux côtés du courageux peuple iranien». Cette déclaration fait suite aux menaces proférées par Trump à l’encontre des dirigeants iraniens : «S’ils recommencent à tuer des gens comme par le passé, nous les frapperons durement».

Les manifestations, qui touchent désormais les 31 provinces iraniennes, ont débuté le 28 décembre dernier en réaction à la hausse du coût de la vie liée à l’effondrement du rial, la monnaie nationale, qui s’échange à plus de 1,4 million pour un dollar. L’économie du pays est paralysée par les sanctions internationales imposées en partie en raison de son programme nucléaire. Elles se sont rapidement élargies, aboutissant à des appels au renversement du régime autoritaire qui gouverne le pays depuis 1979. Selon le Telegraph, le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a placé le Corps des gardiens de la révolution islamique en état d’alerte plus élevé que celui observé lors de la guerre de douze jours contre Israël en juin dernier.

Le cinéaste iranien Jafar Panahi a tiré la sonnette d’alarme sur Instagram au sujet du blackout d’internet : «Nous sommes profondément préoccupés pour la vie de nos concitoyens, de nos familles, de nos collègues et de nos amis, qui sont sans défense dans ces circonstances», a-t-il déclaré, soulignant que «le gouvernement a une fois de plus eu recours à ses outils de répression les plus flagrantes». «D’une part, le régime iranien a coupé les moyens de communication à l’intérieur du pays (internet, téléphones portables et lignes fixes) empêchant ainsi les gens de communiquer entre eux ; de l’autre, il a totalement bloqué tout contact avec le monde extérieur», a écrit Panahi, lançant un appel à l’aide de la communauté internationale.

Dans ce contexte, le prince Reza Pahlavi, fils du dernier Chah d’Iran, Mohammad Reza Pahlavi, qui vit en exil aux États-Unis depuis près de 50 ans, tente de jouer un rôle de premier plan dans l’avenir de son pays. Après avoir sollicité l’intervention de Donald Trump vendredi, il a appelé à manifester samedi et dimanche, avec pour objectif de «prendre et de maintenir le contrôle des centres-villes», et a exhorté les travailleurs des secteurs clés de l’économie à déclencher une grève à l’échelle nationale. Son soutien réel à l’intérieur du pays reste toutefois incertain. Le soutien de Pahlavi à Israël et celui d’Israël à Pahlavi ont suscité des critiques par le passé, notamment après la guerre de douze jours entre l’Iran et Israël en juin dernier.

Lors de certaines manifestations, des slogans favorables au Chah ont été scandés, sans qu’il soit clair s’ils expriment un soutien direct à Reza Pahlavi ou la nostalgie d’une époque antérieure à la révolution islamique de 1979. Parallèlement, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu a prédit que «le moment pourrait être venu pour le peuple iranien de prendre en main son propre destin» et a averti : «Si l’Iran nous attaque, les conséquences seront terribles».

A Téhéran, la mosquée Al-Rassoul en flammes

Selon plusieurs sources, en marge des manifestations, la foule s’est rassemblée autour de la mosquée al-Rassoul dans le quartier de Saadat Abad à Téhéran, dont la base a été incendiée sous les cris «Iran, Iran !». Il s’agit d’une image symbolique d’une contestation qui cible de plus en plus directement le pouvoir des mollahs.

À mesure que la répression s’intensifie, le pouvoir iranien donne surtout à voir sa fragilité. Coupé de sa population, isolé sur la scène internationale et contraint de brandir la peur pour survivre, le régime apparaît de plus en plus comme un pays en état d’agonie. Si l’issue reste incertaine, une chose est claire : la contestation a franchi un seuil qui rend le retour au statu quo de plus en plus improbable. Selon les analystes, «la survie du régime dépend de méthodes toujours plus brutales, au risque d’accélérer sa propre chute».

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