(Rome, 09 janvier 2026). Du triomphe à l’effondrement en quelques semaines. Soutenu par les Émirats arabes unis, le Conseil de transition du Sud (CTS) a annoncé sa dissolution après les pourparlers de Riyad, scellant l’échec du projet indépendantiste sud-yéménite. Face à la fermeté militaire et politique de l’Arabie saoudite, Riyad reprend la main au Yémen et met fin à l’aventure des forces pro-émiraties
En l’espace d’mois, il est passé du triomphe au démantèlement : le Conseil de transition du Sud (CTS) a décidé aujourd’hui, à l’issue des pourparlers entre Riyad et d’autres factions yéménites, de mettre fin à ses activités et d’entamer sa dissolution, un peu plus d’un mois après l’offensive qui lui avait permis de contrôler une grande partie du pays dans le sud de la péninsule avec le soutien des Émirats arabes unis. Cette avancée avait toutefois déclenché la colère de l’Arabie saoudite, qui s’était sentie menacée par les anciens alliés de ses partenaires au pouvoir à Aden, nous explique Andrea Muratore dans son décryptage dans le portail «Inside Over».
L’Arabie saoudite fait obstacle aux ambitions du Sud
L’Arabie Saoudite reconnaît le gouvernement internationalement reconnu, en exil depuis la chute de la capitale, Sanaa, aux mains des rebelles houthis il y a plus de dix ans. Riyad a infligé de lourdes pertes aux troupes du CTS, soutenant la contre-offensive des loyalistes, auxquels le Conseil de transition du Sud a toujours été formellement affilié au sein de la coalition anti-houthis.
La menace claire de l’Arabie saoudite à l’encontre d’Abou Dhabi, concernant un retrait du Yémen et son refus d’intervenir, ont conduit au démantèlement du pouvoir territorial du CTS. Avant le sommet de Riyad, ce groupe avait tenté une ultime et vaine résistance, proclamant son désir de créer un État dans le Sud. Ainsi, aujourd’hui, s’exprimant en direct à la télévision, le secrétaire général du CTS, Abdel Rahman Jalal al-Soubaihi, a annoncé la décision du groupe de se dissoudre.
La fuite d’Al-Zoubaidi
Cette décision fait suite à des heures de tension : comme le note Al-Jazeera, «jeudi, la coalition dirigée par l’Arabie saoudite au Yémen a déclaré que le chef du CTS, Aidarous al-Zoubaidi, avait fui aux Émirats arabes unis via le Somaliland après avoir manqué les pourparlers de Riyad, accusant les Émirats arabes unis de l’avoir exfiltré du pays». La réaction saoudienne a été emblématique, mise à la une du quotidien «Arab News», un journal appartenant au prince Turki ben Salman al-Saoud, frère du Premier ministre et prince héritier Mohammed ben Salman.
Le vice-président du Conseil présidentiel du gouvernement d’union nationale, reconnu internationalement comme anti-Houthi et présent au Yémen, al-Zoubaidi, ancien guérillero devenu gouverneur d’Aden de 2015 à 2017 et fondateur du Conseil de transition du Sud (CTS) après son mandat, a été limogé il y a deux jours par le président Rachad al-Alimi. Ce dernier a qualifié l’offensive du CTS comme une rupture du front commun national et de menace pour la sécurité du Yémen. Soutenu par les Émirats arabes unis et armé par Abou Dhabi, al-Zoubaidi nourrissait depuis plusieurs semaines le rêve de prendre le contrôle du Yémen du Sud et, de fait, de se partager le pays avec ses ennemis houthis, ravivant ainsi les divisions yéménites d’avant l’unification, qui existaient de 1967 à 1990.
Le crépuscule du rêve d’indépendance
Le CTS s’était retrouvé en position de force, avant de subir d’intenses bombardements saoudiens. Privé du soutien émirati, le groupe a battu en retraite, perdant le contrôle d’Aden après une brève occupation, et s’est retrouvé de facto impuissant entre fin 2025 et début 2026. Du rêve d’indépendance à l’effondrement, la présence territoriale du CTS s’est rapidement érodée. Fatima Abou Alasrar a commenté sur sa chaîne Substack «The Ideology Machine» : «La rapidité de cet effondrement est révélatrice», dans un contexte où le CTS «ne pouvait se retirer sans perdre sa base. L’Arabie saoudite ne peut pas céder sans paraître faible».
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Entre ces deux tensions, c’est la seconde qui a prévalu, dans un scénario où la «trahison» émiratie a été mal perçue à Riyad. Comme le souligne l’analyste, l’Arabie saoudite a soutenu pendant des années les Yéménites du Sud et «a accordé au CTS plus de liberté qu’à la plupart de ses partenaires, et bien plus que ce à quoi elle était tenue. Riyad a négocié l’accord intégrant le CTS à la gouvernance. Elle lui a octroyé des sièges au Conseil national de sécurité» et a accepté la fédéralisation substantielle de «son» Yémen. La décision inconsidérée du Sud a eu un coût élevé, entraînant finalement l’anéantissement total de ce rêve indépendantiste de cette partie du Yémen. L’Arabie saoudite ne veut pas perdre sa marge de manœuvre et l’a démontré face au Conseil de transition du Sud jusqu’à ses ultimes conséquences.
Au-delà du cas yéménite, la mise au pas du CTS illustre la volonté de Riyad de reprendre la maîtrise directe des dossiers stratégiques du Moyen-Orient. En imposant sa ligne au sud du Yémen, l’Arabie saoudite adresse un message clair à ses alliés comme à ses rivaux : l’ère des agendas parallèles tolérés touche à sa fin. Cette centralisation du commandement régional intervient alors que le Royaume se positionne comme un acteur pivot dans les recompositions en cours, entre discussions prudentes autour d’une normalisation avec Israël et anticipation d’un affaiblissement majeur, voire d’une décapitation, du régime iranien des mollahs, pilier de l’axe de la Résistance chiite. Dans cette attente stratégique, Riyad entend verrouiller ses arrières, neutraliser les foyers d’instabilité exploités par Téhéran et se présenter comme l’interlocuteur incontournable des grandes puissances.
«L’écrasement politique du CTS dépasse le cadre yéménite : il marque le retour sans ambiguïté de Riyad aux commandes du jeu régional», précise un analyste régional. Et notre interlocuteur d’ajouter : «en neutralisant les forces pro-émiraties et en refermant le dossier sudiste, l’Arabie saoudite signale qu’aucune dynamique périphérique ne sera plus tolérée à l’heure des grands arbitrages».