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Ukraine : les pays volontaires s’engagent pour une force de maintien de la paix. Berlin et Madrid prêts à envoyer des troupes. Rome dit non

(Rome, 06 janvier 2026). Les dirigeants européens et américains se sont réunis à Paris pour définir les garanties de sécurité à fournir à Kiev après un éventuel cessez-le-feu avec la Russie. La Déclaration de Paris, signée par 35 pays de la coalition, prévoit la création d’une force multinationale et des engagements contraignants en cas d’attaque russe. Si l’Allemagne et l’Espagne se disent prêtes à envoyer des troupes, l’Italie exclut toute participation militaire directe. Zelensky et les émissaires américains saluent un pas concret vers la paix

Selon le président français Emmanuel Macron, c’était une «journée historique pour l’Ukraine et l’Europe». Pour la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, c’était «une forte démonstration d’unité», et pour le représentant américain Jared Kushner, il s’agit d’«une étape fondamentale vers la paix». Quant à la Première ministre italienne, Giorgia Meloni, elle tient à poser une limite : «le soutien de l’Italie à la sécurité de l’Ukraine, mais pas au déploiement de troupes italiennes au sol». Car le thème central de la réunion des Volontaires qui s’est tenue aujourd’hui à Paris est précisément celui-ci : les garanties de sécurité d’après-guerre pour Kiev et les principaux acteurs impliqués, comme le rapporte «Il Fatto Quotidiano».

Le document : «engagements contraignants en cas d’attaque russe»

La réunion s’est conclue par un accord baptisé «Déclaration de Paris», qui, pour la première fois, rassemble les intentions des 35 pays membres de la coalition, ainsi que celles de l’Ukraine et des États-Unis. Cet accord porte sur quelques points que Macron espère voir constituer «les piliers essentiels pour soutenir les négociations en vue d’un accord de paix». La déclaration prévoit la création et la participation à un mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu proposé par les États-Unis, auquel participeront les membres des Volontaires. Toute violation du cessez-le-feu sera traitée par une commission spéciale, chargée d’en déterminer les responsabilités et d’y remédier. Les alliés de Kiev ont ensuite réaffirmé leur volonté de continuer à fournir une assistance militaire et des armements à long terme aux forces armées ukrainiennes. Une fois le cessez-le-feu entré en vigueur, une force multinationale sera mise en place en fonction des disponibilités des États signataires, sous commandement européen, avec la participation des membres non européens de la coalition et le soutien des États-Unis. Il a également été convenu de créer une unité de coordination entre les États-Unis, l’Ukraine et la coalition afin de poursuivre la coopération en matière de défense. Enfin, la déclaration stipule la finalisation des engagements contraignants pour les pays signataires, même en cas d’une nouvelle attaque russe contre l’Ukraine : des engagements qui «pourraient inclure le recours à des capacités militaires, au renseignement et au soutien logistique, des initiatives diplomatiques et l’adoption de sanctions supplémentaires».

La déclaration Royaume-Uni-France-Ukraine

Selon l’agence Bloomberg, les garanties de sécurité incluraient la possibilité d’un déploiement de troupes américaines sur le sol ukrainien après la guerre, afin de garantir la pérennité de tout accord de paix avec la Russie. L’agence précise que le rôle et le lieu du déploiement des soldats américains restent flous. Les pays européens ont discuté du déploiement d’une «force de réassurance» multinationale, avec l’armée ukrainienne en première ligne de défense. «Après le cessez-le-feu, le Royaume-Uni et la France établiront des bases militaires en Ukraine», a annoncé le Premier ministre britannique Keir Starmer à l’issue du sommet. Keir Starmer, Emmanuel Macron et Volodymyr Zelensky ont signé une déclaration d’intention sur la volonté de créer une force multinationale chargée d’assurer la sécurité de Kiev. Le document fait référence à la volonté de «poursuivre les efforts» en vue de la mise en place de cette force, sans toutefois préciser d’échéance ni de modalités concrètes.

Zelensky a qualifié la déclaration finale du sommet de «très concrète» et les engagements pris de «substantiels, et non de simples paroles». «Nous voulons être prêts afin de pouvoir déployer les forces de la coalition des pays volontaires lorsque la paix sera instaurée par la diplomatie», a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse. L’Ukraine, a souligné Zelensky, dispose déjà d’informations suffisantes et sait quels pays seront impliqués dans l’accord, ainsi que la contribution que chacun apportera. «Des progrès ont également été réalisés dans les discussions avec la délégation américaine à Paris concernant le suivi de la paix», a-t-il ajouté. Pour Jared Kushner, le gendre de Trump, qui assistait à la réunion aux côtés de l’envoyé présidentiel américain Steve Witkoff, «une étape clé a été franchie vers un possible accord de paix» : «Je crois que les problèmes les plus difficiles ont été résolus», a-t-il déclaré.

L’Allemagne et l’Espagne ouvertes à l’envoi de troupes, l’Italie s’y oppose

Les chefs de gouvernement allemand et espagnol, Friedrich Merz et Pedro Sánchez, ont également exprimé leur ouverture à l’envoi de troupes pour garantir la paix. Lors d’une conférence de presse, Merz a évoqué une «éventuelle disponibilité» de déployer des forces «dans un pays de l’OTAN proche de l’Ukraine», précisant que «la nature et l’ampleur de la contribution allemande doivent être et seront décidées par le gouvernement fédéral et le Parlement allemands dès que les conditions seront clarifiées. À titre personnel et au nom du gouvernement fédéral, je tiens à dire que nous n’excluons rien». Sánchez a quant à lui déclaré qu’il contacterait dans les prochains jours «la majorité des groupes parlementaires de la Chambre» afin de discuter des modalités de participation de l’Espagne au programme de maintien de la paix à Kiev une fois le cessez-le-feu conclu. La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, reste cependant opposée à cette proposition, ayant «réitéré certaines des positions fermes du gouvernement italien sur la question des garanties, notamment l’exclusion du déploiement de troupes italiennes au sol», selon un communiqué du Palais Chigi. En effet, la déclaration adoptée souligne «le caractère volontaire de la participation des pays de la coalition à la force multinationale et le respect des procédures constitutionnelles pour les décisions en faveur de l’Ukraine, principes maintes fois réaffirmés par l’Italie».

La journée de Paris

Les dirigeants européens, réunis au sein de la coalition des «États volontaires» pour soutenir l’Ukraine, ont rencontré les envoyés américains à Paris. Cette réunion visait à établir une convergence sur les garanties de sécurité à apporter à Kiev et à préciser les contours de la «force multinationale» qui serait déployée après un éventuel cessez-le-feu avec la Russie. Emmanuel Macron a déjeuné avec son homologue Zelensky, Witkoff et Kushner au palais de l’Élysée, et a confié le soir même à la plateforme X ses conclusions triomphantes : «une journée historique pour l’Ukraine et l’Europe». «La réunion la plus représentative de la Coalition des volontaires se tient aujourd’hui à Paris, en présence de chefs d’État, de dirigeants d’organisations internationales, de ministres et d’ambassadeurs. Nous préparons des étapes politiques importantes», a écrit Zelensky sur X à la mi-journée. «Lors de notre rencontre avec le président Macron, nous avons précisément abordé les points suivants : les capacités réelles de l’Ukraine à contrer la terreur russe, notre défense et le soutien susceptible de renforcer notre position diplomatique», a ajouté Zelensky. «Nous avons également eu une discussion approfondie sur la diplomatie et nos initiatives». La réunion qui a suivi, en début d’après-midi, a rassemblé 35 pays, dont 27 représentés par des chefs d’État ou de gouvernement, ainsi que les dirigeants de l’OTAN et de l’Union européenne. Une conférence de presse a ensuite eu lieu en présence de Macron, de Zelensky, du Premier ministre britannique Keir Starmer et du chancelier allemand Friedrich Merz. Des sources de l’Élysée ont décrit cette rencontre comme l’aboutissement des efforts entrepris par Macron depuis un an, après l’arrivée de Trump à la Maison-Blanche, pour éviter que les États-Unis «abandonnent l’Ukraine».

La «Déclaration de Paris» ouvre la voie à une paix durable en Ukraine, tout en respectant les choix souverains de chaque pays pour sa participation.

Selon un officier (ret.) européen, elle marque un pas concret vers la paix en Ukraine, posant les bases d’une coopération militaire et diplomatique renforcée, tout en laissant à chaque pays le choix de son engagement sur le terrain.

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