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Conflit au Yémen : les rebelles pro-émiratis prônent la sécession, Riyad poursuit les attaques

(Rome, 05 janvier 2026). Alors que les rebelles du Conseil de transition du Sud (CTS) affichent leur volonté de créer un État indépendant dans le sud du Yémen d’ici 2028, l’Arabie saoudite intensifie ses bombardements contre leurs positions, et demande aux Emirats de retirer «immédiatement» leurs forces du Yémen et à «cesser tout soutien militaire ou financier à toute partie». Entre ambitions sécessionnistes, recomposition des alliances et pressions régionales, le conflit yéménite entre dans une nouvelle phase de fragmentation

L’Etat du Sud sera-t-il la prochaine entité à contribuer à la fragmentation du Yémen ? Après des semaines de tensions, de raids saoudiens sur leurs positions et le retrait officiel de leurs protecteurs émiratis, les rebelles du Conseil de transition du Sud (CTS), passées à l’offensive dans une grande partie du pays, ont opté pour une rupture ferme.

Mohammed Abdel-Malik, chef du mouvement, qui dispose de bastions dans le gouvernorat de Hadramaout et qui a rompu le front uni du camp anti-Houthi début décembre, et qui est fréquemment la cible de frappes aériennes saoudiennes, a proclamé que le CTS entamerait d’ici 2028 le processus de création d’un nouvel État, une réplique substantielle du Yémen du Sud tel qu’il a existé de 1967 à 1990. Cette année-là, il entend demander l’indépendance par référendum, écrit Andrea Muratore dans le portail italien «Inside Over».

Cette proclamation intervient alors que l’avancée du Conseil de transition du Sud (CTS) subit un sérieux revers sur le terrain. L’offensive dans les gouvernorats de Hadramaout et d’al-Mahra a été freinée par d’intenses frappes aériennes saoudiennes qui, depuis vendredi, ont causé la mort d’au moins 80 combattants du CTS. L’armée yéménite a contre-attaqué, tirant parti de sa maîtrise totale de l’espace aérien.

L’Arabie Saoudite a prévenu qu’il «n’hésitera pas à prendre toutes les mesures pour neutraliser» la menace et appelé les Emirats à retirer leurs forces du Yémen «dans les 24 heures» et à «cesser tout soutien militaire ou financier à toute partie», écrit dans «Les Echos», Antoine Basbous politologue, associé chez Forward Global et directeur de l’Observatoire des pays arabes.

C’est dorénavant chose faite. «Les Emirats ont parié et perdu. Riyad a fait preuve de détermination et joint les actes à la parole».
L’Arabie saoudite disposait de trois avantages considérables dans ce bras de fer : «le fait d’héberger le président yéménite Rachad Al-Alimi, la proximité géographique lui permettant de mener des frappes aériennes, et le soutien de la quasi-totalité des pays arabes et du Golfe», ajoute Antoine Basbous.

Al-Moukalla, le port bombardé la semaine dernière par l’Arabie saoudite pour interrompre le transport naval émirati à destination de CTS, est aux mains du Bouclier de la Patrie, unité d’élite de l’armée yéménite. Aden, deuxième ville du Yémen et principal port du pays, reste encore sous le contrôle des rebelles, contre lesquels Riyad exerce une extrême fermeté.

Rachad Al-Alimi, le président du Yémen, internationalement reconnu, a rejeté la scission du CTS, le front opposé aux rebelles houthis, mais a accepté la proposition politique saoudienne qui, tandis que Riyad bombardait les rebelles, a émergé sous la forme de l’offre d’un futur cycle de pourparlers destiné à décider de l’avenir du Yémen.

«Face au soutien indéfectible de l’Arabie saoudite au gouvernement internationalement reconnu, le CTS se trouvait face à un dilemme : poursuivre le combat jusqu’au bout ou se rendre à Riyad pour des pourparlers», note la chaine Al-Jazeera, soulignant ainsi que les manœuvres politiques des rebelles servent à accroître leur pouvoir de négociation.

Ce n’est pas un hasard si le CTS cherche avant tout à s’entendre avec ses adversaires théoriques, les Houthis, une force fondée sur un islam politique chiite (alors que les rebelles sont laïcs et militaristes), dans la perspective d’une possible future partition du Yémen. A ce jour, sa position militaire semble plus précaire que ces dernières semaines, mais dans la perspective d’une confrontation diplomatique, l’éventualité d’une scission pour l’indépendance a émergé, ce qui pourrait engendrer des alliés paradoxalement rivaux de part et d’autre.

Les Houthis et le CTS annoncent-ils un retour au Yémen d’avant 1990 ? C’est une option sur la table. Mais l’Arabie saoudite semble avoir d’autres projets. Reste à savoir si, sous couvert de la sécession du Yémen envisagée par le CTS, les Émirats arabes unis souhaiteront revenir par la fenêtre, ravivant les tensions d’un conflit de plus en plus complexe après des années durant lesquelles il semblait assoupi.

Dans ce contexte déjà instable, l’émergence d’une nouvelle donne géopolitique extra-régionale (notamment au Venezuela) pourrait agir comme un facteur de perturbation supplémentaire, susceptible de rebattre les cartes bien au-delà du seul théâtre yéménite, disent certains analystes.

En affectant les équilibres énergétiques, les lignes d’alliance et les priorités stratégiques des grandes puissances, ces recompositions pourraient fragiliser l’architecture régionale héritée du XXᵉ siècle. À terme, c’est l’ensemble des projets de redécoupage, formels ou informels, du Moyen-Orient qui pourrait être remis en question, jusqu’aux fondements mêmes de l’ordre issu des accords Sykes-Picot, déjà largement érodés mais jamais totalement caducs.

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