(Rome, 04 janvier 2025). Le raid américain contre Maduro marque un tournant dans la crise vénézuélienne et dans l’ordre mondial. Tandis que Washington agit, l’Europe reste engluée dans des discours sur le droit international. Le défi consiste désormais à assumer un rôle concret dans la défense de la légalité et de la liberté, de surmonter l’impuissance diplomatique et de construire un front uni contre les autocraties
Le raid américain visant à arrêter Nicolás Maduro, président de facto mais non de jure du Venezuela, accusé de trafic de drogue et de terrorisme international, marque potentiellement la fin d’une longue et tumultueuse période de l’histoire vénézuélienne, écrit Raffaele Bonanni dans son décryptage dans le portail italien «Formiche.net». Sous la bannière du chavisme, en l’espace de quelques décennies, un pays doté d’une solide tradition économique a été littéralement dévasté, transformé en une dictature oppressive, soutenue par un appareil militaire hyper-privilégié et un vaste sous- prolétariat assisté, réduit à un instrument de consensus.
Maduro a poursuivi et aggravé l’œuvre entreprise par Hugo Chávez, le militaire qui, en 1999, réécrivit la Constitution, ouvrant la voie à un pouvoir personnel sans limites, dépourvu de contre-pouvoirs. Si les accusations (relayées avec vigueur par l’administration Trump) concernant son implication directe dans le trafic de drogue régional sont prouvées devant la justice américaine, apparaît l’un des cas les plus graves de criminalisation d’État sur le continent américain, d’autant plus que les États-Unis figurent parmi les pays les plus durement touchés par ce trafic.
Maduro porte également la responsabilité du coup de force électoral de juillet 2024 : une élection présidentielle perdue, mais dont la victoire lui a été attribuée par une commission électorale qu’il contrôlait lui-même. Les partisans du véritable vainqueur, le libéral Edmundo González Urrutia, ont produit des certifications du vote électronique attestant leur victoire. La réaction du régime a été féroce : arrestations, tortures, menaces et une répression qui a duré des mois. González a été contraint à l’exil en Espagne, tandis que María Corina Machado a continué d’incarner la résistance démocratique dans le pays.
Les démocraties occidentales ont appelé au rétablissement de la légalité constitutionnelle ; la Chine, la Russie, l’Iran et la Corée du Nord, en revanche, ont ouvertement soutenu le régime. Aujourd’hui, à Caracas, espoir et tension coexistent, tandis que l’inquiétude internationale grandit face à une opération que les partisans de Maduro considèrent comme une violation du droit international.
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Il s’agit d’un problème sérieux, qui ne peut être éludé. Mais il est tout aussi évident que le droit international, tel que nous l’avons connu, est depuis longtemps bafoué. Les accords sont systématiquement violés, l’ONU est paralysée par les vétos et privée de toute efficacité. Depuis que la Russie et la Chine ont formé un front d’autocraties revendiquant un «nouvel ordre mondial», évoquant de façon inquiétante les lexiques du XXe siècle, la légalité internationale est devenue sélective.
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De l’agression russe contre la Géorgie, la Crimée, jusqu’à l’Ukraine, en passant par un Moyen-Orient déstabilisé par des milices soutenues par l’Iran, la Chine et la Russie, l’impunité est devenue la norme. Face à ce tableau, l’Europe continue d’invoquer un droit international qu’elle n’est plus capable de défendre, se réfugiant dans une rhétorique hypocrite et inefficace.
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Il est demandé aux États-Unis de confirmer leur rôle de pilier de la légalité mondiale, sans pour autant se replier sur une doctrine néo-monroïste, désormais anachronique. Le véritable défi de ce moment historique est de bâtir un front véritablement uni entre ceux qui partagent une vision de la liberté, en assumant pleinement le poids et la responsabilité qui en découlent. À commencer par l’Europe.
«Ce coup de force américain relance le débat sur la crise vénézuélienne et sur l’état du droit international», affirme un analyste européen. «Alors que les États-Unis passent à l’action, l’Europe apparaît prisonnière d’une posture déclarative et hésitante. Face à la montée des autocraties et à l’érosion de la légalité mondiale, l’enjeu est désormais de transformer les principes proclamés en responsabilités politiques concrètes», ajoute notre source.
La question centrale reste celle du rôle que l’Europe entend jouer. Fragmentée, hésitante, trop souvent paralysée par ses divisions internes, elle ne peut plus se contenter d’invoquer des pensées abstraites sans se doter des moyens politiques et stratégiques pour les défendre.
Europe : le retour à un noyau dur, une idée taboue mais cartésienne
Pourquoi l’Europe à 27 est structurellement incapable d’agir sur le plan stratégique ? S’interrogent les experts. Sur les sujets régaliens (défense, politique étrangère, sécurité, projections de force) l’actuelle UE est conçue pour la règle de l’unanimité ; des intérêts nationaux divergents ; des cultures stratégiques incompatibles ; et l’absence de chaîne de commandement politico-militaire claire. Elle réagit, mais ne prend jamais l’initiative. Elle commente le droit international, pendant que d’autres le redéfinissent par la force. L’idée d’un noyau restreint de grandes puissances européennes n’est ni nouvelle ni antidémocratique.
Selon les analystes, un noyau Allemagne–France–Italie–Royaume-Uni présenterait plusieurs avantages : une masse démographique, économique et militaire ; des capacités industrielles et militaires réelles ; et surtout une crédibilité internationale immédiate. Un tel noyau pourrait décider vite, assumer le coût politique de l’action, et entraîner les autres États volontaires.
Pour résumer, la seule voie crédible passe par la constitution d’un noyau dur de pays susmentionnés, appelés à assumer ensemble le coût et la responsabilité de l’action. Et pour conclure, sans ce recentrage, l’Europe restera un acteur secondaire, condamnée à commenter les crises plutôt qu’à les façonner.