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Iran : Ali Khamenei, craignant un destin à la Kadhafi, envisagerait un exil en Biélorussie

(Rome, 03 janvier 2026). À 86 ans, le guide suprême iranien Ali Khamenei vit caché dans un bunker et envisagerait de fuir en Biélorussie pour éviter le sort de Kadhafi et de Saddam Hussein, alors que le pays est secoué par les plus grandes manifestations depuis 2022 et que les protestations populaires et les tensions internationales mettent son régime sous haute pression

Il ne veut pas mourir comme Kadhafi. C’est pourquoi il vit caché dans un bunker, espérant quitter le pays avant qu’il ne soit trop tard. C’est ainsi que des sources iraniennes décrivent Ali Khamenei. Agé de 86 ans, le guide suprême de la République islamique traverse peut-être la phase la plus sombre de son règne et cherche une porte de sortie, écrit Francesca Musacchio dans le quotidien italien «Il Tempo».

Les manifestations, arrivées à leur sixième jour, sont devenues les plus importantes depuis 2022, année où Mahsa Amini, âgée de 22 ans, a été tuée par la police des mœurs. Le climat est sans doute plus tendu, notamment en raison des déclarations du président américain. Khamenei ne veut pas être extrait de force de son bunker, humilié par la foule et exposé comme un symbole de l’effondrement. Il ne veut pas mourir comme Kadhafi ou Saddam Hussein, précisément. Ainsi, il aurait quitté le bunker du quartier de Lavizan, au nord-est de Téhéran, où il s’était réfugié pendant la guerre des douze jours avec Israël. Un lieu désormais trop exposé et donc peu sûr.

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Selon certaines sources, le Guide se trouverait actuellement à Fordow, dans un bunker proche de la base nucléaire bombardée par les États-Unis en juin dernier. Un lieu peut-être temporairement plus sûr, mais pas pour longtemps. D’où les rumeurs de contacts exploratoires avec Moscou, déjà initiés en juin dernier, pendant le conflit avec Israël. Mais la Russie, déjà occupée à gérer d’autres alliés en disgrâce, ne serait pas disposée à l’accueillir. Assad aurait saturé l’espace politique et logistique.

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Ainsi, selon ces mêmes rumeurs, Poutine aurait indiqué une destination alternative : la Biélorussie. Cette hypothèse ne sort pas de nulle part. Les relations entre Téhéran et Minsk se sont intensifiées en 2025. Loukachenko a été reçu à Téhéran, et le président Pezeshkian a effectué une visite à Minsk. Des accords de coopération militaire et économique ont été signés à l’abri des regards occidentaux. Deux pays isolés, liés à Moscou, unis par le besoin de protection mutuelle. Dans ce contexte, la Biélorussie est présentée comme un refuge potentiel pour les dirigeants sous pression. Aucune confirmation officielle n’a été faite, seulement des signaux.

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Parmi ces signaux, figure l’afflux de cargos militaires. Depuis octobre dernier, des avions de transport super-lourds «An-124 Ruslan» atterrissent régulièrement sur la base iranienne de Hamadān, en provenance d’Irkoutsk, un centre de production d’avions de chasse russes. Ces dernières semaines, le trafic aérien à destination et en provenance de Téhéran s’est intensifié. Le contenu de ces appareils reste inconnu. Mais au vu des manifestations qui secouent le régime depuis une semaine, la coopération militaire entre Moscou et Téhéran pourrait être entrée dans une nouvelle phase, impliquant le départ de personnalités clés du pays.

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Entre-temps, Khamenei aurait opté pour une stratégie d’attentisme. Il aurait laissé la gestion quotidienne au président Massoud Pezeshkian et aux forces de sécurité, évitant ainsi de s’exposer, tandis que la crise économique et sociale mine le système, dans l’espoir d’un rééquilibrage de la situation. Mais la place publique raconte une autre histoire : Le mécontentement s’est amplifié et la peur a changé le cadre des décisions de l’ayatollah lui-même.

Afin de calmer les esprits, Khamenei aurait également ordonné aux autorités iraniennes de faire preuve de compréhension envers les manifestants qui réclament de meilleures conditions économiques, tout en maintenant un contrôle et une poigne de fer dans les rues. «Ces manifestations, de nature purement économique et civique, expriment le désir du peuple d’améliorer ses conditions de vie», a déclaré le porte-parole de la police iranienne, Saïd Montazer al-mahdi, dans un communiqué diffusé par l’agence de presse ISNA. «Mais la police fait clairement la distinction entre les revendications légitimes des citoyens et les actions destructrices», a-t-il dit.

Ces paroles n’ont pas produit l’effet escompté et le climat de tension autour du Guide suprême est exacerbé. Au sein des plus hautes sphères du régime, on craint que des opérations menées par des agents extérieurs visant à éliminer Khamenei ne soient déjà en cours. Certaines sources laissent entendre que le Guide serait déjà mort ou capturé, et que l’information est tenue secrète afin de négocier la sortie en toute sécurité d’autres responsables ayant demandé l’asile. Mais la partie est ouverte, et les ayatollahs espèrent ne pas connaître le même sort que Kadhafi et Saddam.

«Derrière la peur personnelle du guide suprême se profile une inquiétude bien plus large : celle de voir s’effondrer l’édifice régional qu’il a patiemment tissé», précise un analyste régional. Du Yémen, où les Houthis poursuivent leur guerre contre l’Arabie saoudite et Israël, au Liban où le Hezbollah reste une pièce maîtresse de l’influence iranienne, toute la constellation de forces alliées à Téhéran repose sur l’autorité symbolique et politique du Guide suprême. Sa chute, sa fuite ou même son silence prolongé pourraient déclencher un effet domino, affaiblissant l’axe de résistance iranien au moment où il est le plus exposé. Pour Ali Khamenei, l’enjeu est non seulement de sauver sa vie, mais aussi d’éviter que sa peur ne devienne le signal du crépuscule de l’influence iranienne dans la région du Moyen-Orient.

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