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Iran-mobilisation : Pezeshkian mise sur l’usure du temps pour faire du malaise intérieur une résistance nationale

(Rome, 02 janvier 2026). Face à la hausse des prix et à la dépréciation du rial, les Iraniens manifestent dans les rues de Téhéran. Si l’État admet le mécontentement économique, il menace d’une «réponse décisive» dès que les protestations franchissent ses limites. Dans ce contexte, la direction iranienne tente de transformer la contestation intérieure en symbole de résistance nationale face aux pressions étrangères

Les propos du procureur général iranien Mohammad Movahedi-Azad clarifient la logique du pouvoir à Téhéran : les difficultés économiques sont reconnues, les manifestations sont autorisées, mais uniquement tant qu’elles restent confinées aux limites strictement définies par l’État. Au-delà de ce seuil, la réponse sera «décisive». Ce message, destiné davantage à l’opinion intérieure qu’à l’extérieur, en dit long sur la phase que traverse l’Iran, écrit Giuseppe Gagliano dans le portail italien «Notizie Geopolitiche».

Les manifestations de fin décembre, qui ont débuté parmi les commerçants du principal marché populaire de Téhéran avant de s’étendre à certains secteurs du monde universitaire, reflètent une tension structurelle : stagnation économique, inflation élevée, dévaluation du rial et aspirations sociales de plus en plus difficiles à endiguer. La perte de plus d’un tiers de la valeur de la monnaie nationale en un an, est non seulement un facteur macroéconomique, mais aussi un facteur psychologique qui érode quotidiennement le pacte tacite entre l’État et les citoyens. L’économie iranienne vie depuis des années sous les sanctions liées au dossier nucléaire, mais la situation actuelle combine pressions extérieures et inefficacités internes. La croissance est faible, l’accès aux devises étrangères est limité et la consommation est atone. Dans ce contexte, les protestations économiques ne sont pas une anomalie : elles constituent une soupape de sécurité naturelle. La décision des autorités de décréter soudainement un jour férié, en fermant les écoles et les banques sous prétexte d’économies d’énergie, témoigne d’une volonté d’apaiser les tensions sans les reconnaître formellement.

Le risque pour Téhéran n’est pas une explosion immédiate, mais une détérioration lente. Chaque épisode de contestation, bien que limitée, et pourtant grave si l’on considère les sept victimes des affrontements, alimente une perception de fragilité que le système cherche à compenser par un contrôle administratif et une rhétorique sécuritaire.

D’un point de vue sécuritaire, le message du procureur général relève d’une classique opération de dissuasion préventive. Les revendications économiques se voient reconnaître une légitimée afin d’étouffer la mobilisation politique, tout en réaffirmant que toute tentative de «récupération» sera réprimée. Le souvenir des manifestations de 2019 et, surtout, de 2022 après la mort de Mahsa Amini reste central dans l’appareil décisionnel : la répression fut alors brutale, faisant des centaines de victimes, mais elle a préservé la stabilité du système.

Les manifestations actuelles sont moins importantes et géographiquement plus limitées que celles des années précédentes, mais c’est précisément pour cette raison que les dirigeants cherchent à intervenir avant que des réseaux et des symboles capables d’unifier le mécontentement ne se créent.

A l’évidence, au niveau gouvernemental, après des années de sanctions et d’hostilité, les déclarations du président américain Donald Trump, selon lesquelles «si des manifestants sont tués, nous serons prêts à intervenir», ne pèsent guère.

Le contexte international offre en revanche à Téhéran un cadre narratif propice. Les prises de positions du Mossad et du département d’État américain en faveur des manifestants sont immédiatement intégrées au récit de la «guerre totale» contre l’Iran évoquée par le président Massoud Pezeshkian. C’est une stratégie éprouvée : transformer les troubles internes en une preuve de résilience nationale face aux ingérences extérieures.

Sur le plan géopolitique, cette rhétorique renforce la cohésion des élites et justifie des mesures de sécurité exceptionnelles. Mais elle a un coût : elle complique tout assouplissement des sanctions et durcit les canaux diplomatiques avec l’Occident.

L’Iran n’est pas au bord d’un nouveau soulèvement national, mais il n’est pas non plus dans une période de calme. La stabilité actuelle est conditionnelle : elle dépend de la capacité de l’État à maîtriser l’inflation, à garantir un revenu minimum et à empêcher que des protestations sectorielles ne se transforment en une mobilisation politique plus large. La «réponse décisive» évoquée par le procureur général est, en fin de compte, un aveu implicite de cette fragilité.

Téhéran mise sur le contrôle et sur le temps. Mais le temps, dans une économie sous pression et dans un contexte régional instable, n’est pas une ressource illimitée.

Pour conclure, un analyste nous confie que Téhéran «navigue entre stabilité fragile et tensions croissantes». «Si le gouvernement parie sur le contrôle et le facteur temps pour contenir les protestations, la pression économique persistante et l’instabilité régionale rendent cet équilibre précaire», précise-t-il.

Chaque manifestation, bien que limitée, rappelle que la solidité du système dépend moins de sa force apparente que de sa capacité à gérer un mécontentement qui pourrait, à terme, se transformer en mobilisation politique plus large.

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