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Syrie: l’aide internationale détournée par le régime révèle son infiltration des agences de l’ONU

(Rome, Paris, 10.03.2023). A commencer par la fille de Houssam Louka – le puissant chef du renseignement d’Assad sous le coup de sanctions internationales pour violations flagrantes des droits de l’homme – qui travaille pour une agence de l’ONU à Damas, et qui travaillait auparavant pour le Croissant-Rouge, le Financial Times a mené une enquête qui aurait conduit à des fréquentes incursions des dirigeants du régime pour imposer l’embauche de leurs proches et au dilemme auquel sont confrontés les fonctionnaires de l’ONU

Les régions sinistrées (frappées par les secousses sismiques) du nord de la Syrie, qui ne sont pas administrativement et militairement sous le contrôle du régime d’Assad ont d’abord vu l’aide internationale arriver au compte-gouttes en raison d’un prétendu endommagement du point de passage utilisé par les Nations unies pour aider les quatre millions de Syriens déportés de chez eux par le régime, souvent non loin de Damas, dans ce coin reculé de la non-Syrie, et ont dû attendre huit jours (huit jours pour ceux qui sont sous les décombres, c’est une éternité) avant que le régime ne donne son aval à la décision du secrétaire général de l’ONU d’utiliser, à la demande de la Syrie, les autres passages terrestres depuis la Turquie, autrefois utilisés par l’ONU, ensuite fermés en raison du veto russe. Car toute aide doit passer par la capitale, même celle destinée à des zones que l’administration centrale ne contrôle pas. Quelqu’un s’est demandé pourquoi ; lit-on dans le quotidien italien «Formiche».

Le Financial Times aborde la question dans cet article. La réponse qui semble émerger est pire que la question. En effet, comme il est précisé, le fait même que la fille de Houssam Louka – le puissant chef des renseignements généraux d’Assad soumis à des sanctions internationales par l’Europe, les États-Unis et la Grande-Bretagne pour les graves violations des droits de l’homme qu’il a commises dans son activité – travaille pour une agence de l’ONU à Damas, un faon, en charge de l’intervention rapide en cas de catastrophe naturelle ou de conflit armé, permet de s’en faire une idée. La jeune femme, âgée d’une vingtaine d’années, n’ayant rien fait de répréhensible, le journal et le porte-parole de l’ONU n’ont pas mentionné son nom. Mais il est toutefois apparu qu’elle avait auparavant travaillé pour le Croissant-Rouge. Ce dernier l’a confirmé, mais n’a cessé de préciser que la jeune femme, dans le cadre de son travail, n’était pas autorisée à avoir accès à données sensibles, à savoir l’identité des personnes assistées par le Croissant-Rouge. Le scrupule du Croissant-Rouge est appréciable, mais pourquoi mettre à l’intérieur de la maison une personne qu’il faut soigneusement empêcher d’avoir accès aux données sensibles, comme la fille d’un chef des renseignements syriens, sanctionné par la moitié du monde pour des violations des droits de l’homme, dont on sait qu’en Syrie, elles correspondent à des atrocités ?

Des sources citées par le Financial Times expliquent qu’il ne s’agit pas d’une exception, mais de ce qui semble être une règle : on parle d’interventions fréquentes des dirigeants du régime pour forcer l’embauche de leurs proches. Comme on le sait depuis longtemps, bien que l’on parle beaucoup des sanctions qui affligent la Syrie et réduisent les fournitures de secours, les Nations Unies versent plusieurs millions de dollars par an au « gouvernement légitime de Damas » pour le séjour de ses employés au luxueux Hôtel «Four Season» de Damas, propriété d’un homme d’affaires très proche du régime. On sait désormais, grâce au Financial Times, combien l’ONU a dépensé pour ces nuitées depuis 2014 : 81,6 millions de dollars. Ainsi, la décision américaine et européenne de soumettre le propriétaire de ce bel hôtel à des sanctions pour avoir financé le régime est moins surprenante. Même à cet égard, cependant, un élément nouveau émerge : les agences de l’ONU auraient demandé à pouvoir séjourner ailleurs, dans des structures moins coûteuses, disons, mais le régime n’a jamais donné cette autorisation. Là aussi, un autre élément apparaît ; le problème du taux de change entre le dollar et la livre syrienne qui a été imposé à l’ONU, mais cela n’est guère surprenant.

Pour le Financial Times, souligne encore le quotidien italien, émerge le dilemme auquel les responsables de l’ONU se sont trouvés confrontés : se rebeller et mettre en péril l’aide à la population syrienne épuisée, ou plutôt accepter ? D’où également l’imposition d’une collaboration avec des agences syriennes, officiellement humanitaires mais étroitement liées au régime. C’est le cas du Croissant-Rouge arabe syrien, dirigé par un proche du président, Khaled Hboubati, et du « Syria Trust for Development », fondé par la Première dame syrienne, Mme Asma Al-Assad. C’est dans ce contexte que l’accent est mis sur le Croissant-Rouge arabe syrien, (SARC), principal interface des agences onusiennes ayant un pouvoir considérable sur le travail des grandes ONG internationales. L’article du Financial Times indique : « Ses efforts d’aide (qui, comme tous les programmes d’aide en Syrie, doivent être approuvés par un comité gouvernemental avec la contribution de divers ministères et services de renseignement), ont reçu l’approbation supplémentaire de l’appareil de sécurité de l’État, ce qui suggère qu’il contribue à diriger les efforts d’aide. Les groupes d’aide affirment que l’obtention de ces autorisations constitue un obstacle important à leur travail ». Ainsi, on comprend pourquoi l’enquête du Financial Times a révélé que « près d’un quart des 100 principaux fournisseurs répertoriés comme bénéficiaires des fonds d’approvisionnement de l’ONU entre 2019 et 2021 sont des entreprises soumises à des sanctions des Etats-Unis, de l’Union européenne ou du Royaume-Uni, ou détenues par personnes sanctionnées, selon un rapport co-écrit par Karam Shaar, économiste politique au groupe de réflexion du Middle East Institute ».

Ainsi, aujourd’hui encore comme depuis des années, la question revient : la protection des droits de l’homme est-elle une condition préalable valable pour le secteur humanitaire de l’ONU ?

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