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Le Hezbollah dévore ses enfants. Sa prochaine victime pourrait être le gouvernement libanais. N’ayant plus d’amis et de soutiens, ses ennemis pourraient le dévorer

Roma. Mardi 3 mars 2020 (13h30 GMT) Le Hezbollah, né de la Révolution iranienne, s’est toujours revendiqué comme un mouvement révolutionnaire qui aide les opprimés. Au Liban, il doit sa progression à l’héritage de l’imam Moussa Sadr qui avait lancé le « Mouvement des opprimés » contre la féodalité des grandes familles chiites, dans les années 1970. Mais après sa disparition en Libye en août 1978 – que certains attribuent à Hafez Al-Assad et à l’Ayatollah Khomeiny, car Sadr était hostile à l’ingérence de la Syrie dans les affaires libanaises et au concept de Wilayat e-Faguih défendu par Khomeiny – c’est le Mouvement Amal qui a reçu l’héritage de Moussa Sadr, avant d’en être dépossédé par le Hezbollah, souvent par la force. Le Parti de Dieu qui prétend défendre les Chiites a dévoré les chiites d’Amal.

Pendant l’occupation israélienne du Sud-Liban, le Hezbollah a dévoré ses partenaires de la gauche libanaise pour avoir l’exclusivité de la résistance et bâtir une image de libérateur. Il a ensuite dévoré ses propres combattants et sa base populaire en provoquant la guerre de l’été 2006 avec Israël destinée à sauver le programme nucléaire iranien, déjà pointé du doigt par les Européens. Il a fait perdre au Liban plus de 1600 morts et fait subir des dégâts importants, estimés à plus de 15 milliards de dollars. A partir de 2011, il s’est engagé dans la protection du régime de Bachar Al-Assad et a participé au génocide syrien qui se poursuit. Ce faisant, plus de 1600 morts et 25000 blessés y ont été dévorés, selon l’opposition syrienne. Aujourd’hui, le Parti de Dieu et son parrain iranien sont dans une situation inextricable. Asphyxié par les sanctions internationales, l’Iran a coupé ses financements alors qu’il est lui-même soumis à des sanctions occidentales et arabes drastiques qui terrassent littéralement l’économie libanaise.

Les pertes du Hezbollah en Syrie le mettent sous la pression populaire, notamment au sein de la communauté chiite qui ne supporte plus d’assister impuissante au décompte macabre de ses enfants. Cette colère est d’autant plus palpable que les familles des victimes ne sont plus indemnisées faute de moyens. Les Chiites attribuent aussi au Hezbollah l’entière responsabilité de la propagation du Coronavirus qu’il a importé d’Iran. Car, pour des raisons politiques et stratégiques, il a refusé la suspension des vols réguliers avec la République islamique. Il dévore ainsi au-delà de ses propres enfants.

Parallèlement, le Parti refuse toute collaboration entre le gouvernement de Hassan Diab qu’il a lui-même mis sur pieds et les institutions financières internationales en vue d’éviter la banqueroute du Liban. Il redoute en effet les conditions du FMI et de la Banque mondiale qui lui seraient naturellement défavorables. Il en va du contrôle des frontières où le Parti s’adonne à tous les trafics, du contrôle du port et de l’aéroport de Beyrouth où il perçoit lui-même les droits de douanes, ou de la réorganisation des services publics, notamment l’électricité que le pays et ses partisans ne paient pas…

Ce faisant, le Hezbollah pousse le gouvernement qu’il a lui-même nommé à l’échec et à la démission. Autrement dit, il risque de le dévorer. Cerné de toutes parts et saigné en Syrie, le Hezbollah craint la chute du régime iranien sous l’effet conjugué des sanctions, de la contestation interne et du Coronavirus. Les Libanais redoutent une fuite en avant du Parti, qui pourrait se traduire à l’extérieur par une nouvelle guerre contre Israël, ou à l’intérieur par un nouveau coup de force contre l’Etat libanais vacillant. Après avoir dévoré ses partenaires et fait dévorer ses enfants, après avoir joué le rôle du mercenaire engagé sur tous les fronts (Irak, Syrie, Yémen et maintenant Turquie à Idlib), le Hezbollah n’a plus d’amis ni de soutiens. Il n’a plus que des ennemis qui cherchent à le dévorer.

Paolo S.

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